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20 mars 2007

La dévoration du vide

L’angoisse

Je ressens toujours une angoisse lorsque, entrant chez des gens, je remarque l’absence abyssale de livres. Bien souvent d’ailleurs, la place sur les étagères est occupée par des DVD ou CD. C’est ce qui m’est arrivé ce weekend, ma copine et moi étions invitées chez nos voisins, parents de deux enfants de cinq et deux ans.

L’ameublement est minimal, les murs nus : jusque là, je trouvais cela au premier regard surprenant mais compréhensible. Et puis la petite visite de l’appartement se déroule, le salon comprend une table basse (aucune revue ou journal) et un canapé placé devant un écran plat pendu au mur entouré de grandes enceintes avec sur la droite une immense tour de DVD : je remarque l’absence de photos, tableaux et cadres sur les murs. Nous continuons la visite, cuisine moderne, salle de bain moderne aussi. Enfin, nous découvrons les chambres : un grand lit et un bureau avec ordinateur dernier cri. Pas de table de nuit, pas de livres… Les chambres d’enfants sont grandes, les caisses sont remplies de jouets, les housses de couettes, les rideaux ont les motifs de SpiderMan ou Dora l’exploratrice. Je suis frappée par le peu de livres pour enfants : c’est à ce moment que monte l’angoisse.

Le vide, le néant m’effraie : bien plus lorsqu’il s’agit des livres. J’avais l’impression d’être chez des « morts ». Je comprends, j’admets que certaines personnes ne lisent jamais ou très peu. Une maison dans laquelle aucune lecture n’est possible est un cimetière, tout du moins, c’est ainsi que je la vois. Le livre est synonyme de vie, de liberté : même si on ne les ouvre pas, les livres sont nécessaires dans une maison, c'est pour moi ce qui en fait un lieu de vie. Je n'aime pas la Mort.

Je ne sais quoi en penser, finalement.
 
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15 mars 2007

Sombres abîmes

Je me frotte jusqu’au sang à ton silence et ton indifférence, my love, depuis quelques jours. De nouveau, après une semaine paisible, tu retrouves tes défauts abominables, les pires que je te connaisse, qui s’accentuent pour ma douleur involontaire. J’ai en aversion cette odieuse manie, la tienne, de provoquer  la répétition de ce que j’abhorre.

Nous nous éloignons. Je ne veux pourtant pas t’exécrer.

L'aquilon du désespoir

Je me sens diminuée, affaiblie, fatiguée, épuisée, abattue.

07 mars 2007

Vêpres abouliques

Mes imperfections

Je lutte contre une inquisition bien-pensante qui craint encore pour l’humanité dans une grande volonté bienveillante : l’homosexualité est un problème, elle n’engendre pas, c’est l’anormalité. Cette Terre sur laquelle il y a bien trop de monde (population multipliée par six en un siècle !), nous devrions nous réjouir pour elle de l’homosexualité stérile qui préserve d’un avenir incertain des enfants innocents.

Il y a encore peu de temps être homosexuel (notez bien la composition du mot : homo : semblable et sexuel : le sexe est sale !) c’était être bon pour la camisole en hôpital psychiatrique. Comme si les homos ne passaient leur temps qu’à penser au sexe : c’est débile et je préfère encore le mot inverti, bien plus joli, vieilli, rare et très proustien, délicieusement.

L’autre imperfection détestable est la cigarette : « je fume au nez des dieux, de fines cigarettes ». Vous imaginez le profond désespoir qui m’envahit ce 1er février 2007 : obligée d’aller sur le trottoir pour céder à la tentation savoureuse : j’étais si bien dans ma salle de prof fumeur ! Il est très mauvais genre de fumer en général, bien plus pour une femme, en particulier. Je n'ai pas envie de vivre dans un monde aseptisé : je hais.

 Au nombre de mes faiblesses, j’oublie la plus importante, la meilleure : ma solitude et ce goût frénétique pour le silence...

04 mars 2007

L'attrition parfaite

L’altruisme morbide en général et en particulier.

L’altruisme morbide désigne une pathologie psychiatrique qui interdit à une personne de penser, de ressentir, de vivre par elle-même : elle dépend en effet d’une autre personne, souvent son conjoint ou sa conjointe, elle vit à travers cette autre personne et ne peut s’imaginer seule, assumant pleinement son autonomie. Cette maladie procède effectivement d’un effacement total de la personnalité au profit d’une dépendance complète de l’autre. Cette personne autre est volontairement sacrifiée sur l’autel de la disposition. C’est une simple hystérie, une névrose. A éviter.

Le dictionnaire courant nous explique que l’altruisme est une tendance à s’intéresser à la vie des autres, de manière bienveillante. Altruisme vient du latin alter, qui également donne en français moderne autre, autrui, alternatif, alterité, etc. Tout ce qui fait différence à soi-même, (est autre celui qui n'est pas moi) le second élément dans une énumération, autrui, tout ce qui n’est pas nous-même ou qui n’appartient pas à notre intériorité, notre communauté, etc, est autre ou à autrui. La philanthropie est souvent donnée en guise de synonyme, les nuances proposées insistent sur la générosité et l’extrême bienfaisance du philanthrope oeuvrant sans attente de retour pour le seul bien de l’humanité. Son antonyme direct est égoïsme (ou égotisme ou égocentrisme) qui rappelle que certaines personnes, à certains moments ne sont intéressées que par leurs propres intérêts, parfois au mépris d’autrui. A éviter.

Où en venir ? A Sartre et son « l’enfer c’est les autres » ? Non, l’altruisme n’est pas un humanisme. A Freud et la psychanalyse? Non : nous refusons l’arnaque de ces regrattiers décérébrés… Autrui influe sur nous, nous influons sur autrui. En se confrontant à autrui, j’aiguise ma propre opinion et devine et éprouve mes limites de tolérance. J’ai appris beaucoup d’autrui, j’ai appris à parler, à écouter, à partager, à deviner aussi parfois… Autrui m’enrichit, m’écoute, me parle, me devine aussi parfois…

C’est très bien tout ça mais la solitude m’appelle : mettons autrui de côté et cette désagréable maniaquerie qui veut le désigner avec une majuscule incongrue et ronflante : l'Autre

Trois engueulades nous ont emportées aujourd’hui, my love… C’est trop pour rien. Tu m'écorches.

02 mars 2007

Le chapelet de la déliquescence

Fui, non sum, non curo.

Le plaisir avant toute chose.

Je distingue deux sortes de plaisirs : le plaisir enthousiasmant du travail, de la bonne société, et le plaisir funeste de la culture du  « moi-je » et du « tout est permis ».
A l’école, il faut favoriser l’expression personnelle de chaque élève et lui permettre de s’affirmer ; en contrepartie il sera judicieux de ne pas trop user des punitions et encore moins d’essayer d’appeler le spectre d’une quelconconque forme d’autorité.
Le plaisir est une culture, la seule qui intéresse les foules, le nouvel horizon indépassable véhiculé et prôné par l’école, au détriment de la connaissance et du savoir. Les marchands de plaisir ne manquent pas. La maison le démontre.

L’enfant se lève, il pleure, il gémit, il exige et est très soigneusement installé dans le canapé, entre un oreiller et une couette. La télévision s’allume immédiatement et vomit déjà ses images horribles et son bruit heurtant qui violent ma paix et mettent un terme à toute volonté de politesse. Deux minutes plus tard, l’enfant allongé est servi d’un petit déjeuner, à base de céréales ultra sucrées dont la publicité martèle ses bienfaits aux heures des dessins animés monstrueux pour enfants décapités. Ce premier et modeste repas de la journée doit être goûté, apprécié et à bonne température. Si maladroitement vous ne satisfaites pas les goûts de l’enfant, le crime est commis et les pleurs commencent : la journée commence mal. Plus tard, une fois que l’enfant est resté suffisamment longtemps devant l’écran géant, il referme la bouche et semble donner un signe de vie : il pousse un cri ou se lève. Je tente une question qui me vaut une volée de gémissements désagréables irritant ma maigre patience : je contiens l’énervement. La mère arrive et me demande de m’écarter : l’enfant obtient très bien ce qu’il voulait. L’enfant ne veut pas aller au bain, il préfère s’amuser : « d’accord, mais cinq minutes ! » : j’enrage !

Une heure après, je lance un « Au bain ! » stérile : l’enfant ne veut pas, je m’énerve, je l’attrape, les cris et les pleurs doublent de volume ! La mère arrive de nouveau et m’accuse de « violence » : l’enfant comédien a mal au bras !
Si l’enfant veut bien sortir du bain et s’habiller sans histoire, il se montre et exprime son envie de voir un dessin animé… Tentons de le rendre intelligent : « prends des crayons, des feuilles et tes mains et dessine ! ». Inutile : cela ennuie l’enfant qui préfère jouer à se maquiller, se coiffer et trouve ennuyeux de dessiner. La mère arrive : qu’ai-je fait ? il ne faut pas contraindre un enfant, il ne faut pas le traumatiser.

Cette mère d’enfant unique prétend qu’un enfant ne doit jamais s’ennuyer.

Je m’incline, je cède, je pars : cet enfant n’est pas le mien et aucun rapport d’autorité ne peut légitimement s’installer et l’autorité est un mot horrible ! On me dit fasciste.

Et cette culture morbide du plaisir égoïste commence déjà dans la famille, dès l’enfance.

26 février 2007

Mon obduration infantile

Tu passes et te répands dans mes jours.

J’ai donné le meilleur de moi, et je voulais encore m’améliorer. Tu as su plier mes volontés à tes plaisirs mutins et tendre vers toi mon ardeur désirante. Ah ! My love, comment en sommes-nous arrivées à tant de déchirements de fournaise ? Les sentiments purs se sont-ils dissipés dans le flot des jours fétides ? Près de toi, tu me manques.

Je hais ces éruptions volcaniques chez moi que tu me sembles provoquer, toujours sans ferveur.

Ces trois jours avec toi ont montré nos limites et nos tolérances. Tu fus étonnée, comme je le fus, pourtant, de cet étrange cercle, favorable et préservé, dans lequel nous nous retrouvons, dénudées et mendiantes. Le plaisir généreux de ce moment intense nous unit : « on est soudées toi et moi… » me dis-tu. Et pourquoi alors cette indifférence ? ces barrières que tu refuses d’abaisser ? Tu me parles de l’enfant qui ne me parle pas, tu me demandes encore des efforts inhumains. Je ne peux pas exaucer ton désir et je m'endurcis.

Ce soir tu dis que tu as les boules.

Putain mais je t’aime !

21 février 2007

Turpitudes macroscopiques

Tu m’as appelée ce matin pour me dire : « je voulais juste t’embrasser, t’entendre, te dire bonjour et te dire que je t’aime. »
C’est trop rare pour n’être pas émue… mais si tu savais ce qui se désagrège en moi depuis quelques mois, peut-être le ferais-tu plus souvent. Tu prendrais ce téléphone breneux et me parlerais de tes impressions légères, tes volontés futiles ou dogmatiques, tu m’appellerais à toi et je ne t’opposerais aucune résistance, j’accueillerais tes oukases comme des compliments parfaits, et déposerais à tes genoux toute mon admiration.
 
Il faut dire que tu ne me demandes même plus ces derniers jours comment se passent mes journées, si tout se passe bien avec mes élèves. Tu ignores ce qui s’est passé hier, et l’épuisement m’empêchait de te parler. J’ai adoré tes bras fugitifs et j’en avais besoin. Je m’enferme un peu plus et je m’irrite pour des détails : j’en fais des folies. Je deviens autiste et tu ne me fais pas de cadeaux dans ces moments-là. Tu dis que ce n’est pas la « bonne méthode » avec toi. Tout à l’heure, tu n’as même pas décollé de ton bureau, tu n’as pas remarqué que j’étais malade et épuisée. Peu importent les discussions que nous avons eues : tu replonges et je m’éloigne. Combien de temps allons-nous encore tenir ? Je n’ai plus de voix, mes bronches sont brûlées et ma gorge enflammée me fait mal. J’en perds le goût de toi et petit à petit, notre miracle se fatigue, les gestes n’entourent plus rien et la banalité devient ironique, insolente. Beauté flamboyante ou magma acide, je ne nous vois plus. Anacréon est parti.
 
Je me sens nue et désertée.
 
Ce soir, my love, plus que jamais, j’ai envie d’une vraie solitude, et ce n’est pas toi qui me l’imposeras.

14 février 2007

Prof. Homo.

Prof.
Homo.

Je suis prof de français, latin et grec quand cette option est encore proposée aux élèves.
Je suis encore débutante dans le métier après deux ans d’enseignement, et je peux dire que j’en apprends tous les jours.
Je peux dire aussi que j’ai parfois du mal, souvent du mal, tous les cours du mal. C’est toujours le même souci : les enfants ne travaillent pas, ils refusent de réfléchir, c’est tout juste s’ils acceptent l’autorité.
En plus de cela, ma vie personnelle est telle qu’elle ne peut pas me permettre de respirer.
Je suis homosexuelle (ce que je déteste ce mot !). Ca fait longtemps que je suis homo. Et j’ai du mal aussi, parce qu’il est difficile de concilier sa vie privée et sa vie professionnelle sereinement. J’ai fait le choix de mes opinions et j’ai choisi d’enseigner dans les établissements privés catholiques. Même dans une salle des profs, l’homophobie est latente et parfois surgissante. Dans les salles de classe, c’est parfois pire.
Ma copine a choisi de ne pas vivre avec moi et préfère vivre seule avec sa fille, son ex vient dormir de temps en temps quand je ne suis pas là et je ne supporte pas.
Prof et homo.
Homo ou prof ?
Je ne sais plus trop qui je suis mais je sais que la vie privée ne doit pas mordre sur ma vie professionnelle. Toutefois, les vases communiquent et je n’y peux rien.