Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11 juillet 2007

Soleil noir

dc684b5cb4a88af80917763427a78a4b.jpg

 

Baudelaire a toujours été une lecture rassurante pour moi.

12:05 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Littérature

06 avril 2007

L'ineptie consiste à vouloir conclure

1850. Flaubert écrit à Louis Bouilhet de Damas :

« J’ai lu à Jérusalem un livre socialiste (Essai de philosophie positive, par Auguste Comte). Il m’a été prêté par un catholique enragé, qui a voulu à toute force me le faire lire afin que je visse combien, etc. J’en ai feuilleté quelques pages : c’est assommant de bêtise. Je ne m’étais du reste pas trompé. Il y a là dedans des mines de comique immenses, des Californies de grotesque. Il y a peut-être autre chose aussi. Ça se peut. Une des premières études auxquelles je me livrerai à mon retour sera certainement celle de toutes ces déplorables utopies qui agitent notre société et menacent de la couvrir de ruines. Pourquoi ne pas s’arranger de l’objectif qui nous est soumis ? Il en vaut un autre. À prendre les choses impartialement, il y en a eu peu de plus fertiles. L’ineptie consiste à vouloir conclure. Nous nous disons : mais notre base n’est pas fixe ; qui aura raison des deux ? Je vois un passé en ruines et un avenir en germe ; l’un est trop vieux, l’autre est trop jeune. Tout est brouillé. Mais c’est ne pas comprendre le crépuscule, c’est ne vouloir que midi ou minuit. Que nous importe la mine qu’aura demain ? Nous voyons celle que porte aujourd’hui. Elle grimace bougrement et par là rentre mieux dans le romantisme.
(…)    Oui, la bêtise consiste à vouloir conclure. Nous sommes un fil et nous voulons savoir la trame. Cela revient à ces éternelles discussions sur la décadence de l’art. Maintenant on passe son temps à se dire : nous sommes complètement finis, nous voilà arrivés au dernier terme, etc., etc. Quel est l’esprit un peu fort qui ait conclu, à commencer par Homère ? Contentons-nous du tableau ; c’est aussi bon. »

Et quelques jours plus tard d’Athènes :
«La loi sur la correspondance des particuliers par voie électrique m’a étrangement frappé. C’est pour moi le signe le plus clair d’une débâcle imminente. Voilà que par suite du progrès, comme on dit, tout gouvernement devient impossible. Cela est d’un haut grotesque que de voir ainsi la loi se torturer comme elle peut et se casser les reins à force de fatigue, à vouloir retenir l’immense nouveau qui déborde de partout. Le temps approche où toute nationalité va disparaître. La "patrie" sera alors un archéologisme comme la "tribu". Le mariage lui-même me semble vigoureusement attaqué par toutes les lois que l’on fait contre l’adultère. On le réduit à la proportion d’un délit. »
 
 
Flaubert et de Musset ont partagé le lit d'une maîtresse commune : Louise Colet. Dans un style différent, ils se rejoignent et semblent se marrer de ces fameux "désirs d'avenir" qui ont pourri le XIXème siècle. Le pire est que ça continue au XXIème !
 

22 mars 2007

Pardon

medium_grunewald.jpg

07:22 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (19)

18 mars 2007

Détails

La politique et la poésie (II)
 
medium_triomphe_inconnu2.2.jpg


La pensée de Maistre, Rivarol et Louis de Bonald ont influencé la vision de l’histoire de Michelet, Augustin Thierry, Guizot, Gobineau, Maurras, Lamennais, (Lamartine) mais qu’en est-il de la pensée sociale et de l’héritage des Lumières ?

A la fin du XVIIIème, Condorcet, dans l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain est convaincu que le progrès de la science aboutit au bonheur de l’esprit : une belle utopie. Sébastien Mercier, lui, publie le premier roman d’anticipation français, L’An 2440, qui prend un caractère prophétique également.

Dans le domaine scientifique, Auguste Comte en 1830 et Frédéric Le Play en 1855 jettent les bases de la sociologie et des sciences sociales en général sans se priver de jouer les prophètes au passage. Les sciences deviennent les religions de l’avenir : il s’agit d’éduquer la masse d’ouvriers et la libérer du sentiment religieux catholique. Ces philanthropes, souvent socialistes, laïcs, utopistes, communistes prétendent transformer les mentalités et viser la dictature du prolétariat afin de faire de la solidarité sociale la nouvelle religion. C’est Leroux en 1840 avec De l’humanité, son principe, son avenir, c’est Villermé la même année avec Tableau physique et moral des ouvriers, c’est Proudhon en 1851 avec L’Idée générale de révolution au XIXème siècle et Marx-Engels avec Le Manifeste du Parti communiste en 1848 : la pensée « humanitaire » et idéaliste se répand.

C’est une époque étrange de l’histoire littéraire du siècle : Fourier en 1835 fait paraître La Fausse Industrie, dans lequel il affirme que la morale se libère dans l’assouvissement des passions et critique allègrement ce qu’il pense être fausses et contre-morales régissant la société : il invente la morisophie (science des mœurs). En littérature, les Romantiques ne sont pas spécialement des acharnés de la défense du peuple, ce qui rend donc possible la naissance du roman social et des romans « populistes » entre 1840 et 1870 avec Hector Malot, Sand, Féval et Vallès. Ce mélange de sciences et de pensées sociales nourriront Zola.

Toutefois, à la fin d’un XIXème foisonnant, se croisent plusieurs courants réactionnaires.
Edouard Schuré en 1889 dans son ouvrage Les Grands Initiés critique la Science et prône le retour au règne de l’Esprit : cette forme de « réaction » est plutôt philosophique.
Bloy, électron libre, réactionnaire catholique, incarne la pensée religieuse et critique le Bourgeois et la pensée agnostique et l’athéisme répandus comme une traînée de poudre dans la population. Il se développe également un courant réactionnaire régionaliste comme par exemple le Félibrige, en Provence, de Frédéric Mistral : en effet, le patrimoine culturel et identitaire de certaines régions se trouve menacé par l’avancée uniformisante d’un pays aux pouvoirs centralisés. Enfin, il naît une contre-révolution, réaction nationaliste soutenue par Maurras et alimentée par un groupe très actif et noyau dur de l’Action Française.
 
Lisons Maurras : « Le nationalisme réagit contre l’égoïsme du vieux parti républicain, en même temps qu’il réagit contre l’indifférence de ce parti aux grands intérêts nationaux. Un nationaliste conscient de son rôle admet pour règle de méthode qu’un bon citoyen subordonne ses sentiments, ses intérêts et ses systèmes au bien de la patrie. Il sait que la patrie est la dernière condition de son bien-être et du bien-être de ses concitoyens. Tout avantage personnel qui se solde par une perte pour la patrie lui paraît un avantage trompeur et faux. Et tout problème politique qui n’est point résolu par rapport aux intérêts généraux de la patrie lui semble un problème incomplètement résolu. Le nationalisme impose donc aux questions diverses qui sont agitées devant lui un commmun dénominateur, qui n’est autre que l’intérêt de la nation. Comme pour ce Romain dont parlait Bossuet, l’amour de la patrie passe en lui toute chose. »
 
Maurras sympathisera dans les années trente avec un régime fasciste !
 
…/… à suivre.

16 mars 2007

L'ampoule poétique de la Réaction

La politique et la poésie (I)

Il n’est pas grossier d’associer ces deux concepts : certains poètes expriment leurs idées dans leurs écrits : de Staël, Baudelaire, de Musset, Hugo, Flaubert, Tardieu, etc.
J’imagine que des thèses ont dû être écrites sur le sujet : rappelons-nous que le dix-neuvième siècle est le siècle de grands bouleversements politiques, la nation française se cherche après la Révolution, la Terreur et l’Empire. Les révolutions industrielles et la condition des ouvriers vont enfanter le socialisme et toutes sortes d’idées « humanitaires ». C’est aussi le siècle des Réactionnaires, des Royalistes, des Ultras, des anarchistes, des Légitimistes, etc., un siècle d’instabilités politique et sociale…

Les écrivains observent, et parmi eux des poètes, et si tous portent un regard critique sur le monde de leurs contemporains, certains n’hésitent pas à l’exprimer dans certains de leurs textes. L’influence de Louis de Bonald et de Joseph de Maistre —voire de Chateaubriand— n’est pas absente de l’œuvre baudelairienne.
Alfred de Musset publie en 1850 Poésies nouvelles : le poème intitulé « Dupont et Durand », à l’intérieur duquel il moque deux écrivaillons animés de grands sentiments pour le bien de l’humanité, est un texte extrêmement satirique et terriblement actuel (Musset était-il un voyant ?). Voici un passage : Dupont dit à Durand :


« L’univers, mon ami, sera bouleversé,
On ne verra plus rien qui ressemble au passé ;
Les riches seront gueux et les nobles infâmes ;
Nos maux seront des biens, les hommes seront femmes,
Et les femmes seront tout ce qu’elles voudront.
Les plus vieux ennemis se réconcilieront,
Le Russe avec le Turc, l’Anglais avec la France,
La foi religieuse avec l’indifférence,
Et le drame moderne avec le sens commun.
De rois, de députés, de ministres, pas un
De magistrats, néant ; de lois, pas davantage.
J’abolis la famille et romps le mariage ;
Voilà. Quant aux enfants, en feront qui pourront.
Ceux qui voudront trouver leurs pères chercheront.
Du reste, on ne verra, mon cher, dans les campagnes,
Ni forêts, ni clochers, ni vallons, ni montagnes
Chansons que tout cela ! Nous les supprimerons,
Nous les démolirons, comblerons, brûlerons.
Ce ne seront partout que houilles et bitumes,
Trottoirs, masures, champs plantés de bons légumes,
Carottes, fèves, pois, et qui veut peut jeûner,
Mais nul n’aura du moins le droit de bien dîner.
Sur deux rayons de fer un chemin magnifique
De Paris à Pékin ceindra ma république.
Là, cent peuples divers, confondant leur jargon,
Feront une Babel d’un colossal wagon.
Là, de sa roue en feu le coche humanitaire
Usera jusqu’aux os les muscles de la terre.
Du haut de ce vaisseau les hommes stupéfaits
Ne verront qu’une mer de choux et de navets.
Le monde sera propre et net comme une écuelle ;
L’humanitairerie en fera sa gamelle,
Et le globe rasé, sans barbe ni cheveux,
Comme un grand potiron roulera dans les cieux.
Quel projet, mon ami ! quelle chose admirable !
A d’aussi vastes plans rien est-il comparable ?
Je les avais écrits dans mes moments perdus.
Croirais-tu bien, Durand, qu’on ne les a pas lus ?
Que veux-tu ! notre siècle est sans yeux, sans oreilles
Offrez-lui des trésors, montrez-lui des merveilles
Pour aller à la Bourse, il vous tourne le dos.
Ceux-là nous font des lois, et ceux-ci des canaux ;
On aime le plaisir,l’argent, la bonne chère ;
On voit des fainéants qui labourent la terre ;
L’homme de notre temps ne veut pas s’éclairer,
Et j’ai perdu l’espoir de le régénérer.
»

 .../... à suivre ce soir ou demain.

14 mars 2007

Une honteuse blessure

« La tolérance ? Il y a des maisons pour cela ! »

Paul Claudel

Les mots sont suspects.

Mon ire a désigné sa cause dans la faillite de la langue. Je veux parler de cette grande langue française défendue et illustrée par les rigolos de La Pléiade, par Montaigne, Maurice Scève, Bossuet, Racine, Diderot, Montesquieu, Lamartine, Vigny, Bloy, Apollinaire, Proust, etc. Les siècles précédents ont été féconds et riches de littérature sans cesse renouvelée, imaginative, puissante et rayonnante. Au point même que, ne l’oublions pas, la langue française fut considérée pendant quelques siècles à travers l’Europe comme une langue supérieure, élégante et intarissable. Dans certaines cours, y compris dans des pays ennemis de la France, le français était la langue officieuse, parfois officielle, tout du moins une langue nécessaire à qui voulait être ou paraître un bel esprit. Rayonnante, irradiante, cette belle langue tant admirée et nourrie de latin et de grec fut celle qui engendrait une grande et majestueuse littérature. Elle devînt la langue de la diplomatie internationale : non pas innocemment mais bien parce qu’elle offre un champ inépuisable de possibilités et de nuances.

Il est effrayant aujourd’hui de constater à quel point le français évolue, je tenterais même « s’appauvrit ». Dans mon précédent billet, je parlais du respect, je tentais de le ramener à une définition précise. Mal m’en prit ! Qui fait la différence entre « respect » et « tolérance » aujourd’hui ? J’ai pu remarquer que souvent les deux allaient ensemble, comme un couple impérissable et foudroyant. Je vais tenter une interprétation toute personnelle, qui m’attirera des foudres d’injures mais tant pis, je me dois d’être intolérante concernant la défense et l’illustration de la langue française.

Orwell démontre très bien dans ce livre (ma deuxième bible) 1984 (édité en 1948 après les périodes totalitaires et sanglantes de Staline, Mussolini et Hitler !) comment la langue se pervertit et se transforme au point d’empêcher la masse de penser et de sentir : les idées s’expriment par des mots, sans les mots, vous n’avez pas d’idées ; sans idées, vous n’avez aucun moyen de réfléchir et de juger ; sans jugement, vous êtes incapables de vous révolter : vous êtes alors mûr pour vivre sans problème dans une pure dictature muselant sans l’usage de violence toutes les oppositions, toutes les révoltes : il n’y a donc aucune liberté d’expression.

Ce livre ne fut pas écrit au hasard. Orwell avait certainement lu Victor Klemperer : un universitaire linguiste allemand, âgé d’une cinquantaine d’année sous la montée du nazisme. D’origine juive, il ne peut prétendre à continuer d’enseigner (il est interdit de séjour dans les bibliothèques également) : il prend donc la décision de tenir des carnets intimes dans lesquels il note, relève, analyse, constate, dissèque tous les mots ou expressions pervertis par la propagande nazie. Les sous-fifres hitlériens manipulent la langue et les mots qui la constituent, en créent de nouveaux, afin de faciliter les esprits dans l’acception des pires horreurs : le peuple allemand ne doit pas se révolter. Cette nouvelle langue, Klemperer l’appelle la L.T.I ( la Lingua Tertii Imperii c’est-à-dire, la Langue du Troisième Reich), nouvelle langue au service de l’horrible violence nazie. Plus précisément, le fameux linguiste, fin connaisseur de la littérature française, remarque que les mots ne désignent plus ce qu’ils devraient désigner ; un mot renvoie à une autre réalité. Ainsi, le pouvoir odieux peut mieux s’infiltrer dans les esprits et manipuler à la source les idées : toute possibilité de lutte, d’insurrection est tuée dans l’œuf, le peuple est soumis. Cette idée n’était pas nouvelle puisqu’avant Hitler, Staline avait déjà eu l’idée.

Il est frappant de remarquer chez nos contemporains combien la langue semble se pervertir également. J’en ai fait la démonstration avec le mot « respect » ; il semble que le même phénomène s’instaure avec d’autres mots ressassés à longueur de journées et en particulier le mot tolérance. Ces mots nouveaux, désignant d’autres réalités qu’il ne faudrait ne relèvent pas d’une simple évolution de la langue propre à toutes les langues, je parle d’une accélération précise depuis à peine une décennie, véhiculée par la publicité en premier chef mais aussi par les politiques et surtout ces horribles media toujours disposés à vendre de la publicité. « Tolérance » désigne ce que l’on admet alors que l’on aurait le pouvoir et le droit de l’empêcher. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais m’offusquer lorsque l’on me crache ce mot à la figure alors que j’ai quand même le droit de réfléchir et de m’opposer à une idée ou un concept ou une situation. Je n'ai absolument pas à avaler tout cru sans m'interroger n'importe quelle idiotie que l'on voudrait me faire avaler : je refuse que l'on m'empêche de penser.

Je ne sais plus qui disait que la tolérance était une charité de l’intelligence…

 

à suivre : la pauvreté de la littérature contemporaine ? 

08 mars 2007

Paraclet jouissif

Verbigération perpétuelle vs poésie lyrique

Antonin Artaud ne trouvant plus dans la langue les mots pouvant exprimer son état en inventa d’autres souvent proches de l’onomatopée obscure. Dans ces glossolalies transperce le cri d’un homme fragmenté. A chaque cri répond une particule de son corps. Ce personnage étrange au langage amaurotique m’a fascinée entre 16 et 17 ans : j’avais toujours dans ma poche ce recueil L’ombilic des limbes suivi du Pèse-nerfs (Gallimard, Poésie, nrf) que je connaissais presque par cœur. La lecture de Van Gogh suicidé de la société me déchira, son Héliogabale tout autant. Je sentais comme un prolongement de sa pensée en mon être. Dans le malaise adolescent, j’avais trouvé en Artaud la formulation de mes émotions, de mes pensées : je m’identifiais à tel point que j’étais capable de réciter des pages entières sur feuille pendant les longues heures de cours de sciences en Terminale. La découverte d’Artaud me poussa à mener l’enquête sur les Surréalistes, sur Breton (je voulais savoir pourquoi Breton et Artaud s’étaient brouillés), sur Aragon, Desnos et toute la clique… Ce fut une période bouillonnante de recherches pointues, de lectures effrénées, d’interrogations palpitantes. Je dévorais tous les articles, tous les livres qui citaient de près ou de loin le nom d’Artaud.

Aujourd’hui, ma culture littéraire est un peu plus élargie (mais reste très modeste) et me permet de frotter son œuvre à d’autres productions. Je suis déçue, cette passion adolescente pour Artaud et sa poésie s’est évaporée. Seuls me restent en mémoire certains de ses textes, certains passages. Je suis incapable aujourd’hui d’écouter « Pour en finir avec le jugement de Dieu » sans repousser loin de moi l’appareil électrique de reproduction sonore ( !). Et mine de rien, c’est une grande partie de l’œuvre surréaliste qui me dégoûte aujourd’hui. (J’utilise bien le verbe « dégoûter » !).

Le seul écrivain qui me reste, un descendant perdu sans doute mais original, c’est Olivier Larronde, une sorte de fils spirituel de Jean Cocteau. (J’avais lu son nom quelque part dans une biographie de Cocteau).
Ce grand garçon, poète, mort jeune, un Rimbaud fulgurant, manipulait une langue classique, pure et nette : un phénomène déroutant dans les années 50/60 qui n’avait rien à voir avec toute la poésie que j’avais pu lire avant (peut-être Maurice Scève…).

Rien voilà l’ordre, anagramme de son nom, est un recueil de poèmes éparpillés paru à titre posthume en 1984. Ce jeune homme eut une vie incroyable. Il osa à 17 ans harceler Jean Cocteau pendant des mois afin qu’il donne son avis sur les poèmes du jeune Olivier. Jean Cocteau intrigué et sans doute lassé finit par céder. Une véritable chance que l’audace de cet adolescent car Cocteau fut ébloui et décida d’aider Olivier Larronde à la publication de son premier recueil Les Barricades Mystérieuses en 1946 chez Gallimard. Dans le sillage de Cocteau, Larronde va rencontrer de nombreux personnages littéraires importants de l’époque dont Barbezat, patron de la maison d’édition Arbalète qui deviendra un ami très proche et lui fera rencontrer Jean Genet avec lequel il nouera une profonde amitié.

Né en 1927 et mort en 1965, Larronde fut capable d’écrire des vers magnifiques : « Je voudrais faire l’amour à la mer comme un fleuve » ou encore « Ton silence est un cristal je le brise » et aussi « Je suis plein de papier dans ma cage de verre./ Les oiseaux ont des gants vides, ce sont les miens. ». Très lyrique, il pouvait aussi s’amuser : « A rat qui rit/ Souris qui pleure ».
 
Lisons et relisons Olivier Larronde.

06 mars 2007

Contemporaine oaristys

medium_meurtregood.jpg
Que choisir ? 

L'avenir maléolent

Roulez jeunesse !

Le pourrissement n’est jamais loin, il guette à peine tapi dans l’ombre dès que la centration s’estompe. L’épée de Damoclès dévorante peut s’abattre d’un instant à l’autre. Elle est là, derrière notre propre épaule, au-dessus de notre tête, l’estoc résolu chatouillant le cœur déjà dilacéré. Il m’est impossible à ce moment d’émerger de ces sordides profondeurs. Dans cet ahurissement bathyal, je rampe vers l’irradiation salvatrice, fuyant la dévoration inquiétante et suréminente. La tristesse mélancolique se dresse.

J’entends un De Profundis latent dans ces moments de dépression, cet état de faiblesse et d’impuissance, je sens l’aspect monolithique de ce cerveau et de tout ce qu’il contient. De plus, le cœur paraît avoir été plongé dans l’azote liquide le cristallisant instantanément et crevant la mécanique, figeant toute volonté d’entraînement. Je suis descendue dans un globe colossal : l’absence de tout frémissement. Plus de plissements, plus de mouvements, plus rien ne règne dans ce vide imposant. Je suis dans une solitude absolutrice et pénible.

Je hais cette situation dans laquelle j’échappe à moi-même. Je n’envisage plus rien, je me sens usée à l’instant précis de l’acmé de cette damnation. Aujourd’hui, je sens bien qu’à l’ère du tout zapping, le bonheur est un impératif, peu importe qu’il soit vide de sens, il n’est pas permis de se laisser aller et l’exaltation hédoniste est la règle absolue. La faiblesse fait de nous un vulgaire gravat.

 Quiconque cède à la tentation de l’examen intérieur est un paradoxe incarné dans cette période de jouissances enchaînées et continuelles. Il suffit de bien regarder les couvertures et les grands titres de certains magazines féminins ou spécialisés dans la psychologie : « Les secrets du bonheur », « comment être heureux », « être toujours en forme », « être toujours zen ». Je hais et je m’énerve ! J’aime glisser parfois dans cette putréfaction passagère faisant de moi un être humain absolument faible, faillible et irrégulier.

Je ne peux pas être toujours heureuse et je m’en sens ravie, je m'éloigne un peu plus de la superficialité généralisée. Cette distinction réfractaire à l’ambiance générale fait de moi un monstre. Un jour, dans cet état que je cultivais certainement, je fis à une personne qui demandait de mes (bonnes) nouvelles, une description de mon état avec une petite touche évidente de romantisme excessif. Cette personne s’empressa de téléphoner à un psychiatre pour comprendre ce qui pouvait bien m’occuper ainsi ! Cette anecdote véridique me permit de réaliser que dans ce monde cochon, nos contemporains ont fait un tabou de toutes les formes de perturbation. Il est interdit de n’être pas heureux sinon c’est la cure psy !

Cette camisole hermétique m’énerve. Relisons Laforgue et ses délicieuses complaintes...

10:45 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (6)

03 mars 2007

Orogenèse de l'extase

La culture de l’ennui

L’ennui est un heureux bienfait : on ne le répètera jamais assez.

Je ne conçois pas l’ennui comme la mélancolie ou un mal du siècle, mais peut-être comme un manque d’énergie momentané disposant à des langueurs sublimes et des rêveries utiles et inutiles, uniques et semblables : ce n’est pas rien, ce n’est pas indéfini…
L’ennui se cultive. Quand je m’ennuie effectivement, je ne me dis pas que je m’ennuie, je ne l’éprouve pas. Pourtant, je sens sur mes épaules le poids de toute chose à l’entour, le moindre craquement du parquet me semble un grondement orageux dans ce silence prodigue de l’ennui, cette perpétuelle confrontation de mon intime et d’un agréable et indifférent désespoir sans objet. J’accepte de me laisser aller à la nostalgie.

Pendant cette ère d’ennui, rien n’est hostile, je passe des heures à ouvrir des livres au hasard et je peux relire dix fois un seul et même passage. Je me laisse envahir et les mots, l’image de ces pages s’imprègnent en moi très paisiblement. Et si l’ennui était tout simplement une paix intime submergeant le reste en moi (« comme une mer ») ? Une réelle liberté domine mon indétermination, fixe et calme.

Est-ce que je m’ennuie lorsque mon travail est terminé et que d’autres loisirs qui s’offrent ne captivent aucune de mes envies ? Je veux rester immobile dans ce vieux fauteuil rouge devant la bibliothèque débordante et piocher dans l’abondance. Je vagabonde sans direction précise dans un vague mouvement de plaisir. Je n’ai pas de contrainte ni de but dans cet instant inexpressif et sans contour.

J’observe mon propre ennui comme un refus de toute aliénation. Le vide n’a aucun motif à cet instant, il n’existe pas, l’agitation enfiévrée s’estompe. Je prends possession de moi dans une immobilité indolente et doucereuse.

Le long ennui souverain m’émancipe.

 

medium_philoctetes.jpg

 

11:35 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (8)

02 mars 2007

L'agent crachoir

medium_crachoir.jpg
Carte postale Bergeret, Nancy
 
"C'est par humanité, passants, que je m'expose
A braver tout microbe et la tuberculose,
Aussi ne crachez plus jamais sur le trottoir,
Voici mon récipient, je suis l'agent crachoir.

20:47 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (3)

28 février 2007

Epouvantable illation

Ad augusta per angusta

Je n’aime pas les euphémismes : ils sont laids et déformants. L’euphémisme, c’est un voile inutile destiné à ménager les sensibilités névralgiques de jeunes filles trop fragiles et qui s’effarouchent pour un poil de cul jusqu’à en faire des perruques ! Non décidément, l’euphémisme est tiède : je lui préfère mille fois l’exagération tragique, l’hyperbole généreuse et même l’hypotypose fulminante. L’euphémisme est un accessoire ridicule qui permet d’abaisser des sommets grandioses à la nullité d’une plaine désespérante et triste à y mourir.
Il s’agit d’une figure de pensée qui transfuse une réalité jugée difficile et heurtante vers une autre plus lénifiante en la désignant de manière trompeuse et réconfortante. L’euphémisme est un doux bercement pour agneaux et agnelles apeurés du loup trop vilain et rôdant dangereusement. L’euphémisme est un calmant pour névrosés et autres attardés endormis et coquettement accommodés du monde qu’on leur donne à ingurgiter et auquel on a très soigneusement ôté sa saveur piquante.
Il est très intéressant de relever le nombre d’euphémismes au cours d’une soirée mondaine et de les disséquer : ils se logent partout et plus personne ne semble affligé du symbole d’abrutissement qu’ils véhiculent. L’euphémisme est devenu une image d’urbanité incontournable que l’on s’approprie facilement et devient un us aussi courant que n’importe quel autre. Il faut voir l’air important que prennent les gens lorsqu’ils placent un de ces monstres dans leur phrase qui tout d’un coup devient majestueuse comme un cérémonial qu’on exécute avec un soin débordant. Mais l’euphémisme est traître et se dépense sans problème car il y en a toujours de nouveaux qui apparaissent quand certains sont trop éculés : l’on doit s’efforcer d’être neuf, tout de même, sinon c’est la faute de goût et signe de pauvreté langagière : et en soirée, c’est le ridicule assuré. Tâchons d’être pris au sérieux.
Ne dit-on pas : « sans emploi » pour chômeur ? « hôtesse de caisse » pour caissière ? « élève qui doit intensifier ses efforts » pour gros nul qui n’en fout pas une ? « élève bavard » pour p’tit con qui fout le merdier en cours ?  L’euphémisme est le révélateur des mythologies travaillées, sculptées à la mesure de la Bêtise et insidieusement établies dans ce monde. Il est hallucinant de remarquer la perversité d’appareil qui se cache derrière cet usage systématique de cette technique vieille comme Aristote.
 
Comment allons-nous saisir la réalité si l’on décapite les journaux quotidiens de leurs euphémismes ? N’est-il pas plus croustillant de désigner les choses dans leur cruauté ? N’est-il pas plus malin de dénoncer la douleur d’une réalité en plaçant les gens devant sa trivialité et son inhumanité plutôt qu’en les encourageant à croire que « tout va bien, madame la marquise » ? Comment prendre conscience de la gravité d’une situation (dans notre difficile monde actuel et cochon) si l’on use de ces tournures malsaines et s’use dans une grande maniaquerie collective à se voiler la face !
L’euphémisme, s’il était inoffensif, peu m’importerait (et encore !) son maniement excessif. Malheureusement, il est synonyme d’une culture morbide et constitue une autre puissance qui règle au pas la masse de veaux qui nous entoure et dont malheureusement nous faisons partie.
(Alors, à partir de demain je décrète une grève de quarante-huit heures reconductible de l’emploi de l’euphémisme ! Je dis stop à l’euphémisme qui cherche à nous étrangler et faire de nous des robots ! Pauvres de nous !)
 
Voilà un cri vespéral parmi tant d’autres…

22:50 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (5)

27 février 2007

La poétique de l'injure

Les podagres acéphales

L’injure c’est l’injustice et l’outrage gratuit. Mille fois plus blessante qu’une gifle, l’injure n’est pas l’insulte car cette dernière est une arme irrespectueuse et méprisante. Dans leur catégorie, l’injure altière est plus hautaine que l’insulte qui se met en lettres et n’instruit pas, malheureusement. L’insulte se crie et se répète, l’injure est plus froide et s’assène magistralement. L’insulte se crache et échange des coups tandis que l’injure viole et ôte le droit de l’esquive. J’en tiens pour preuve que l’injure se profère.
Je distingue l’injure noble et l’insulte sans nuance car ni l’une ni l’autre n’ont la même forme ni la même intériorité. Ce n’est pas la même pénibilité, ça ne s’accueille pas identiquement. En discours, les injures deviennent invectives et ne masquent plus l’énervement.
Je suis une énervée et j’ai souvent l’injure à la bouche : je tranche et domine. J’adore condamner et je me délecte de la contradiction. Souvent, j’affectionne les opposants minoritaires et les radicaux de tout poil : Léon Bloy est un iconoclaste dont je devrais suivre l’exemple. Toutefois, je ne supporte pas les idées étroites et j’estime qu’avoir de larges vues offre une certaine tendance à la discussion riche, parfois emportée et vive. Mais je m’égare. L’important est toujours de bannir cette imbécile ignorance qui de nos jours alimente les idées les plus sottes. Cela malheureusement ne suffit plus : même une prof d’histoire peut être homophobe et antisémite ! Il y a des interprétations de tel ou tel fait historique qu’on déforme et distend à sa guise, selon l’idée qu’on veut défendre, sans « virilité intellectuelle ».
Ce qui me choque encore c’est ce retour étrange des « collectifs » qui m’évoquent toujours ces malheureuses « fermes collectives » aux pires heures de la Russie. Dès que j’entends ce mot idiot, l’injure point au fond de ma gorge et elle n’est pas vulgaire. Je ne pense pas choquer les âmes sensibles en disant que je rejette la doxa dominante. Il me semble d’ailleurs que Bloy défendait l’idée qu’il n’y a pas d’égalité naturelle et qu’on ne pouvait donc en faire un « principe égalitaire » fondateur, et que la fameuse fraternité républicaine n’est que de la philanthropie pour énergumènes attardés. Ses mots sont plus durs dans mon souvenir trop flou mais l’idée est là.

Les descriptions des médiocres dans les œuvres de Bloy sont toujours très significatives comme par exemple ce passage à propos d’un écrivaillon nommé Dulaurier, vous remarquerez comme moi ce parfum d'actualité : « Il faut penser à l’incroyable anémie des âmes modernes dans les classes dites élevées—les seules âmes qui intéressent Dulaurier et dont il ambitionne le suffrage—, pour bien comprendre l’eucharistique succès de cet évangéliste du Rien. » (Le Désespéré, Première partie). Et ça continue trois pages plus loin, toujours à propos de Dulaurier et l'un de ses compères : « C'est peut-être l'effet le moins aperçu d'une dégringolade française de quinze années, d'avoir produit ces dominateurs, inconnus des antérieures décadences, qui règnent sur nous sans y prétendre et sans même s'en apercevoir. C'est la surhumaine oligarchie des Inconscients et le Droit Divin de la Médiocrité absolue. (…) Ils ne sont, nécessairement, ni des eunuques, ni des méchants, ni des fanatiques, ni des hypocrites, ni des imbéciles affolés. Ils ne sont ni des égoïstes avec assurance, ni des lâches avec précision. Ils n'ont pas même l'énergie du scepticisme. Ils ne sont absolument rien. »

Finalement, c’est l’injure aristocratique. Savoureuse !

23:10 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (3)

21 février 2007

La Naissance de Vénus

medium_Duval_La_Naissance_de_Venus.2.jpg
  
La Naissance de Vénus
par Eugène Amaury-Duval 

19:55 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (4)