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08 décembre 2013

Silence.

crâne,cigarette,van gogh, post-impressionisme

Taceo.

10:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)

19 décembre 2008

Danger !

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Quand la police censure deux photographes de l'AFP

L'intersyndicale et la société des journalistes (SDJ) de l'Agence France presse ont publié mercredi des communiqués pour protester après que deux de ses  journalistes ont été empêchés de travailler, mardi, par des CRS et des policiers. Les deux photographes suivaient une manifestation lycéenne de faible ampleur dans le centre de Lyon. "Dès le début, raconte Jean-Philippe Ksiazek, des gradés nous ont dit qu'on ne pouvait pas faire de photos cette fois, que c'était interdit. J'ai montré une carte de presse et une policière a pris toute mon identité, très longuement, puis elle m'a dit de me tenir à l'écart car c'était interdit de photographier, pour des questions de droit à l'image des policiers"...

La cinquantaine de lycéens se trouvant place Bellecour a ensuite été chargée par les CRS. "J'ai alors fait mon métier", poursuit le photographe. Mais un policier lui aurait fait une clef de bras pour le conduire à une voiture. Le deuxième photographe, Frédéric Dufour, également salarié de l'AFP, s'est retrouvé dans le même temps bloqué contre un mur, une matraque sous le cou. "Ils m'ont demandé mon appareil, continue Jean-Philippe Ksiazek. J'ai bien sûr refusé. Ils me l'ont arraché et ont effacé les photos et la disquette".

Pour l'intersyndicale (CFDT, CGC, FO, SAJ-Unsa, SNJ, CGT et Sud) de l'AFP, il s'agit d'un "acte de censure intolérable dans une démocratie" et d'une "atteinte grave à notre mission et au droit à l'information pour tous les citoyens". (...) Le comportement des policiers, juge-t-elle, "n'est que le reflet d'une volonté, au plus haut niveau, d'étouffer les mouvements sociaux et leur retransmission dans les médias". L'intersyndicale appelle la direction de l'AFP à "déposer une plainte contre ces agissements qui portent atteinte à la liberté de travailler".

Dans un communiqué séparé, la SDJ "s'inquiète de ces énièmes entraves à la liberté de la presse, à un moment où s'accumulent les pressions de responsables politiques de tous bords envers les journalistes".

Olivier BERTRAND

 

http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2008/12/quand-la-police.html

24 octobre 2007

N'être qu'un mort...

Ah ! ce bruit affreux de la vie !   
Et que dormir serait meilleur   
Dans la terre où le caillou crie   
Sous la bêche du fossoyeur !  

Le soleil a toute ma haine ;   
Je suis rassasié de voir    
Sa lumière quotidienne   
Se rire de mon désespoir.  

Ah ! pouvoir donc enfin m'étendre   
Dans le seul lit où l'on soit seul,   
Et dans l'ombre attentive entendre   
Les vers découdre mon linceul !  

Et, quand en moi l'être qui pense   
Sera dissous lui-même, alors,   
Au coeur de l'éternel silence   
N'être qu'un mort entre les morts !  

   

 Charles GUÉRIN, L'homme intérieur

25 septembre 2007

Toujours là

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Le Triomphe de la mort, G. Borlone (détail)
 
Les années passent, les niveaux baissent mais tout va très bien ! 

08:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

11 mars 2007

La quérulence des saltimbanques

Nous ne parlons pas la même langue.

« Nous avons vu que ce monstrueux amas de chimères n’est pas sorti tel qu’il est de la tête des hommes; il s’est formé par degrés : l’ignorance grossière en a été la base. »

Fontenelle

J’ignorais l’autre versant du respect. Il existe –j’en ai eu la preuve hier- une infrangible dictature de la langue des pauvres qui veulent nous imposer le respect à longueur de journées. Combien de fois pouvons-nous entendre ou lire ce mot en une seule journée ? Ce mot est désincarné à force de répétitions bégayantes et dénuées d’intérêt. Cette battologie effrayante et inesthétique me pousse à l’énervement. Que peut produire un mot asséné continuellement par tous et pour tous comme des coups de marteaux sonores et sans intérêt constructif ? Nous pouvons légitimement nous interroger : le respect est-il la nouvelle religion ?

Hier soir, je n’ai pas regardé la télévision mais je l’ai entendue gerber ses inepties fatigantes avant de m’isoler définitivement au lit avec un livre généreux. Il s’agissait de fêter les « Victoires de la musique » (j’ai déjà beaucoup de mal à accepter cet étrange concept consistant à faire avaler un peu plus de Bêtise à des cerveaux disponibles, la bouche béante et baveuse.) sur une chaîne du service public : quel service rend l’Etat ? Réciter le respect comme un verset biblique ?

En une demi-heure, j’ai entendu le mot respect une bonne vingtaine de fois, chaque participant ravi d’en user et d’y mettre sa petite touche. Nous étions visiblement entre gens bien-pensant, et persuadés d’être dans la subversion bienfaitrice et pourtant mortifère. A force de vouloir nous imposer le respect, n’est-ce pas le résultat inverse qui sera obtenu : un mépris arrogant ? Le respect ressassé me semble plutôt synonyme d’admiration forcée dans la bouche de ces monstres imbéciles (ne dit-on pas forcer le respect ?). Un porte-respect est une arme qui justement tient en respect un personnage dont l’on voudrait se défendre !
 
Chacun des saltimbanques et troubadours hurlant dans le poste hier soir avait l’air de cultiver une insolente insurrection très convenue, très convenable : il est de bon ton aujourd’hui d’être un insurgé ou un résistant (notez une fois de plus la désincarnation de ce dernier mot lancé à tout-va pour signer un acte de soi-disant bravoure avec soixante-ans de retard…) Bref ! J’en étais dépitée et je déteste que l’on m’impose quoi que ce soit à part peut-être les règles fondatrices d’une urbanité distinguée et nécessaire qui m’inscrit dans l’humanité délicate. Mais au fait, le respect, qu’est-ce ?

Il y a le respect que l’on éprouve naturellement et le respect qu’un tyran impose à un soumis. Le respect synonyme d’hommages et d’égards polis que l’on présente à une personne que nous trouvons digne de considération. Dans ce cas, le respect répond à une conviction personnelle, un choix intime, une volonté libre : je suis et reste libre de juger qui ou quoi suscite mon respect. Nous abordons dans cette définition un versant du sens de respect qui est nettement plus productif et efficace : le respect est une force agissante et positive.

Il y a l’autre aspect de respect, le respect passif et obligatoire : le respect imposé, le respect de la force, le respect conformiste. Le respect serait alors une flatterie nécessaire et inévitable. N’avons-nous jamais entendu parler de ces jeunes qui brandissent du respect perpétuellement et en font un synonyme de soumission à la loi du plus fort, la loi de la jungle ? C’est ce respect que j’ai entendu hier soir et qui me révolte. Celui qui force la vénération, la révérence qui deviendrait subitement un dû. Je pourrais résumer les propos des clowns grotesques d’hier par « Respecte-moi ou crains-moi ». Le respect devrait être tout d’un coup le sentiment au monde le mieux partagé. Je n’ai pas le droit de griffer une pensée au nom du sacro-saint respect, règle religieuse à laquelle je dois me plier sans réfléchir. Je m’émancipe.

Je choisis alors l’irrespect.

04 mars 2007

Fière et sans reproche !

La culture de la mort.
 Nemini tamen nihil satis est.
 
Effrayant ! Il y a encore un siècle, n’importe quel étudiant présentant une thèse le faisait en latin : aujourd’hui écrire une simple citation latine sur un blog minable laisse accroire que vous êtes élitiste ! Est-ce une honte impardonnable de faire part de connaissances de toute façon obsolètes (obsolètes : j’espère que ce mot n’est pas trop compliqué, toutefois, je ne vois pas pourquoi j’utiliserais un mot différent si celui-ci désigne parfaitement ma pensée. Passons…) ?

J’ai fait du grec et du latin dès la quatrième et mes parents ne me l’ont absolument pas imposé : c’était une évidence, un choix naturel. J’ai grandi dans les livres, je n’avais pas le droit de regarder la télévision (lorsque mes parents ont décidé d’en acheter une) et encore moins des débilités. Très vite, j’ai appris qu’il fallait lire, se distinguer dans le bon sens. J’écoutais les conversations des grands, de mon père, mes oncles, mon grand-père… La culture, la connaissance : c’est la vraie liberté. Je ne manie pas non plus la férule, je n’ai jamais autant haï les pédants aux relents cyniques de mauvais aloi qu’à la Sorbonne. Toutefois, j’aime la faune curieuse et je méprise l’esprit corporatiste s’accrochant à ses pauvres petits idéaux avec un acharnement touchant.

Qui disait que les enseignants ne peuvent avoir que des bienfaits posthumes ? Bon sang, niveler par le bas c’est ôter tout dynamisme à n’importe quelle société.

Je n’aime pas la culture de la mort.

Abondance verbale et pauvreté des termes dans notre époque me font pleurer. Et je rejette l’intellectualisme. Ah ! L’esprit ne doit pas tuer l’âme, j’aime l’enthousiasme de mon métier, je le garde et il me préserve en échange du pessimisme sans limite de mes contemporains.

Où est passé le goût de l’effort ? Noyé certainement dans de sombres considérations sceptiques et douteuses pleines de venin. Tout cela est guindé et superficiel. Nous devons avant tout, enseignants, préparer les jeunes gens à devenir des femmes et des hommes capables de penser.

Je ne me sens pas en dehors de l’existence moderne parce qu’il n’y a plus d’esprit d’entr’aide et qu’elle tue un peu plus l’humanité... C'est pire ! J’ai connu les incertitudes douloureuses, les relâchements obscurs lors des longues et pénibles préparations d’examen, je me sentais sans force et là, le travail et l’effort dans leur pudeur m’ont permis de gagner. N’est-ce pas cela que je dois transmettre ? Le renouvellement dans l’effort et dans une certaine joie du travail accompli ?
Je n’aime pas les mandarins aux allures étriquées qui sont malheureux de vivre et débitent des monstruosités sur l’enseignement comme de vieux marchands sur une vieille marchandise. Certains révoltés soixante-huitards ont fait vaciller toutes les convictions fondatrices, aujourd’hui il n’en reste que la mort.


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08:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

01 mars 2007

Perfide inconstance

Les carnassiers en marche

L’ordre moral, le pour et le contre, les dits incontestables des commentateurs publics et des sociologues avertis, les compassions déplacées et troublantes : je hais !

Lorsque j’observe ma nudité dans le miroir, je détermine ce corps comme une masse de chair abstruse et simplement, j’y constate un cerveau un peu plus développé que les singes. Si mon corps lutte contre les microbes, mon cerveau se nourrit pour survivre, très modestement. Je ne prétends pas être un être supérieur doué de génie et capable de changer le cours de l’humanité certes, toutefois, l’envie me prend d’anéantir les idioties débilitantes servies du matin au soir dans la rue, dans les journaux, dans les chaumières que je visite, chez les gens qui m’entourent. Je me révolte sauvagement. Je veux vivre loin.

Je me rappelle mes cours de philosophie dans lesquels on disait que le bonheur est le but ultime de chaque société… Je me sens loin du bonheur, j’ai plus de passivité que de désirs, plus de craintes que de bonheur : j’étais plus romanesque durant mes cinq et six ans. Aujourd’hui, le dégoût de la vie peut venir sournoisement et éloigner l’envie de toute société ; l’ambition est moindre et le repli s’affirme.
 
Relisons Sénancour : « Depuis ce moment je ne prétends plus employer ma vie, je cherche seulement à la remplir : je ne veux plus en jouir, mais seulement la tolérer : je n’exige point qu’elle soit vertueuse, mais qu’elle ne soit jamais coupable. » (Oberman, Lettre IV)
 
Je n’ai plus d’espérance pour ce monde. A quoi sert-il de naître ?

19:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

25 février 2007

Distinction honorifique

Les vacances

Hier, à 16h30 a retenti la sonnerie espérée et émancipatrice. Les enfants ont hurlé et j’ai levé les bras au ciel. Enfin, les vacances et leur vacuité, le repos et ses rêveries, les flâneries et les mains dans les poches vont m’apporter les paisibles joies enfantines de l’ennui. J’ai été gâtée (comme les fruits ?) vendredi. Il paraît que certains élèves m’ont vue pleurer mardi dernier et la nouvelle s’est répandue parmi les quatrièmes et certainement dans le reste du collège. J’avais pris des mesures sévères que Dracon n’aurait pas mésestimées afin d'avoir la paix : j’ai décidé d’exclure les deux larrons de mardi des trois heures de cours que j’ai avec cette classe le vendredi. La punition la plus ingrate et ennuyeuse que j’ai trouvée en petit cadeau empoisonné consistait à recopier les pages de leçon de grammaire du livre (chapitre sur les subordonnées)… pendant trois heures ! Ni la C.P.E ni les collègues ne se sont opposés et beaucoup ont même été à me soutenir. J’ai été très contente du petit scenario que j’avais concocté depuis la veille : j’entrais dans la classe à neuf heures trente après le cours de maths, dans un silence pratiquement religieux, les élèves avaient tous les yeux grand ouverts et attendaient que j’arrive au bureau. Je sentais mon visage complètement fermé et évitais soigneusement de croiser le regard de mes deux cowboys de pacotille. J’attendis le silence total et fis l’appel, je lançai le fameux : « Bonjour ! Asseyez-vous ! ». Et à ce moment précis, quelqu’un frappe à la porte, le surveillant (un vrai dur qui prépare l’iufm !) entre, les élèves sont très étonnés, et il appelle les deux crapauds : « … Prenez un stylo et le livre de grammaire ! Vous venez avec moi… » Il n’y a même pas eu de « pourquoi ? » ou de « qu’est-ce que j’ai fait ? ». Ils sont sortis, un des deux s’est retourné vers moi avec son petit sourire narquois qui ne m’a pas ébranlée dans ma détermination. L’autre, que j’ai pourtant poussé à travailler et toujours voulu motiver et sur lequel je me suis particulièrement penchée avait l’air sincèrement désolé. Je l’ai compris plus tard lorsqu’il est venu me dire au revoir dans la cour à la fin de la journée : je n’ai pu m’empêcher de faire un large sourire, sincère : je me sentais juste.

Et voilà ! Le soulagement et le petit plaisir mesquin que j’ai ressentis à cet instant m’ont redonné du courage. Le cours a pu commencer et la classe, impressionnée, n’a posé aucun problème d’agitation. L’autre classe, idem mais un élève seulement a été exclu : un petit tyran pénible et qui a mauvais fond, même sa classe a du mal à le supporter (il a été exclu une journée prévue à la rentrée). Cette autre classe m’avait réservé une petite surprise très émouvante. En entrant une classe chaque élève avait le sourire et je sentais que quelque chose se complotait. En effet, après l’appel, un élève vient vers moi avec un petit cadeau : surprenant ! Puis un autre avec un bouquet de roses jaunes (se faire pardonner) vient vers moi. Encore une autre avec une carte, et enfin une dernière avec une lettre. J’étais très étonnée mais contente. Tous m’avaient écrit un petit mot qui en substance dit : « vous êtes dure avec nous, nous sommes durs avec vous mais vous nous apprenez plein de choses et on vous adore… ». Le petit cadeau était en fait un « diplôme de la meilleure prof » sous verre fait par un jeune sympathique et très fier de lui… J’ai été touchée comme jamais et je ne m’y attendais pas du tout ; j’étais persuadée d’avoir une réputation de « peau de vache » indigeste…Que dire de plus ?

« Au fond, ils ne sont pas si méchants ! » me dit ma collègue prof d’histoire...

 

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22 février 2007

Prof de français

Livraison fervide
 
« Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » (Beaumarchais). Et ce n’est pas tout encore. Il y a tant de choix, de décisions à prendre, difficiles toujours. Si j’écris là, c’est afin de me reposer de mes sentiments et de mes émotions. Jusqu’à l’année dernière j’utilisais encore des petits agenda avec une page par jour (c’est un excellent exercice : peu importe l’intensité de la journée, le nombre de lignes est limité.) J’en ai une pile poussérieuse que je ne déplace jamais : j’attends.
Je m’aperçois que la décision d’enseigner est venue tard ; je voulais devenir « artiste » ou « médecin » (la tendance familiale). Mon grand-père, peu avant de mourir, me conseillait fortement de devenir institutrice comme l’une de mes tantes et ma grand-tante. Je me souviens parfaitement de ma réaction à cet instant : un haussement d’épaules intérieur : jamais de la vie et pour rien au monde j’exercerai un métier pareil.
Et puis à la fac (je ne voulais pas faire prépa : mon côté un peu fainéant ne me disposant pas à la masse de travail exigée dans ces classes), je me suis vite aperçue que les Lettres Classiques n’offrent pas de vastes horizons. La lumière me guidait vers l’édition, la publicité ou la pige. J’ai tenté les trois mondes et j’ai détesté la faune désepérée et intrigante qu’on  y rencontre. Je n’ai guère le goût des contraintes et encore moins celui des muselières.
J’avais besoin de ces courtes expériences ataxiques après toutes les interrogations désordonnées qui m’ont hantée. Naturellement, je me suis retournée vers les uniques connaissances que je savais à peu près maîtriser: la lecture solitaire et la grammaire parfois inattendue mais toujours géniale. J’ai eu envie de partager, de transmettre ma passion, mon émerveillement, et toutes les émotions que j’eus à chaque nouvelle découverte ! On se souvient toujours d’un ou d’une professeur qui a su nous inoculer l’intérêt, nous transfuser l’envie d’approfondir un sujet et la curiosité pour tel ou tel domaine de connaissances. J’avais l’impression d’avoir fait « mes humanités » et qu’à présent, en retour, je devais en transmettre avec la meilleure ardeur toutes les ressources, ou plutôt le plus grand nombre possible. Répandre l'instruction comme une semence bénéfique.
 
La première fois que je suis entrée dans une salle de classe avec les trente monstres derrière moi qui frétillaient et murmuraient dans mon dos, j’étais malade, littéralement. Je fis l’appel en tremblant : j’étais impressionnée. Il fallut commencer le cours (un remplacement de congé maternité), j’avais le cerveau vidé : le néant cosmique. Et puis, de l’estrade, je les ai regardés, j’ai vu leurs regards, leur attente, j’ai compris ce que je devais faire, j’ai respiré un grand coup et j’ai foncé. Tout est venu très naturellement. J’avais raffolé de ces deux heures de cours, dévoré leurs questions, je me complaisais dans les explications, les éclaircissements et les digressions. J'ai depuis l'amour de la préparation des cours, des lectures, du suivi des élèves, de l'enrichissement permanent qu'offre ce métier.

Il n’y a plus que cela qui m’intéresse aujourd’hui. Je veux enseigner… le plus longtemps possible.

20 février 2007

Le règne de la gravéolence

La prof a craqué

J’ai très souvent entendu parler du « sacerdoce » du métier d’enseignant : le dévouement que ce « ministère » exige en est la raison. Ajourd’hui, j’ai craqué, j’ai pleuré. Le temps est long et les enfants sont survoltés. Deux élèves, auxquels j’avais rendu leurs copies (un zéro et un un sur vingt !), ont décidé de me le faire payer. Prévoyant la dernière heure de la journée plus détendue, je pensais relâcher un peu la pression et faire des exercices de vocabulaire sur l’étymologie latine, les suffixes et les préfixes. Le cours réclamant moins d’attention de la part des élèves, je tolérais un vague fond sonore de chuchotements et de rires, le provoquant parfois moi-même… Ces deux-là n’ont jamais travaillé, ne réfléchissent pas et s’agitent à la moindre perturbation. L’un des deux, retourné, discutant, jouant avec des ciseaux, et prévenu plusieurs fois, se mit à faire trop de bruit. Je lui demande donc de bien vouloir sortir cinq minutes dans le couloir. Il sort, vexé. Deux minutes après, je le fais rentrer. Il se tient correctement cinq minutes puis recommence à bavarder bruyamment et à lancer une règle en métal qui résonne et m’interrompt. Je m’agace et lui prends son carnet, mets un mot et le punis : il faut recopier vingt fois le chapitre sur le comportement du règlement intérieur. Là, il marmonne dans sa barbe, je fais semblant de ne pas entendre, il traîne dans l’allée, met un temps fou à sortir. Je commence à bouillir, je vais vers lui et lui demande avec fermeté de se presser. Il part en claquant la porte et en hurlant un « fait chier » insolent. Je passe et je continue le cours.
Le second, qui est son copain, à l’autre extrémité de la classe, se tient comme un veau, la tête posée dans sa main, la moitié du tronc sur son bureau ; visiblement, sa sale note et sa position ne l’empêchent pas de parler avec ses camarades. Je m’agace, lui demande de se tenir correctement et de cesser de parler. Il fait mine de se redresser et se tait cinq minutes. Le temps de noter au tableau quelques mots, je l’entends bouger sa chaise. Je me retourne : il était debout sur sa chaise en train de faire rire ses petits copains. Le même film se reproduit : carnet de liaison, mot, punition et il sort. Péniblement, la sonnerie salvatrice résonne, et les deux zouaves rentrent. Le premier me montre sa punition, m’explique qu’il n’a pu recopier que sept fois le chapitre, je lui demande de terminer cette punition pour vendredi, que c’est la moindre des choses, qu’il faut savoir se tenir convenablement en classe, qu’il faut respecter les adultes et en particulier le professeur, etc. Il se vexe, m’arrache sa feuille des mains et la froisse pour la jeter sous mes yeux à la poubelle. Je ne veux pas me démonter et lui réplique qu’il faudra donc tout recommencer pour vendredi, que c’est dommage. « J’m’en fous, je ne le ferai pas. J’en ai marre… » Je fais l’erreur de relever cette phrase malheureuse qui aurait dû rester sans réponse et lui crie que je demanderai deux heures de colle : « donnez-moi votre carnet de liaison ! ». Trop tard, il prend son sac et s’en va, la foule des élèves m’empêche de passer. Il hurle : « vivement vendredi !».
Je n’oublie pas le second et veux voir sa punition. Il prend son air le plus débile possible et m’interroge : il ne savait pas qu’il devait faire une punition, il était resté dans le couloir, il n’est pas allé au bureau de la C.P.E faire sa punition, blablabla… Je demande donc de faire sa punition pour vendredi. Et là, il me regarde, demande pourquoi et crie à l’injustice et répète en criant : « je n’ai rien fait, je n’ai rien fait, je n’ai rien fait… ». Je le questionne pour savoir s’il se sent bien et me regarde avec un sourire narquois d’une insolence éhontée, à tel point que j’ai senti pour la première fois de ma courte carrière une impression physique très étrange. J’avais envie de le frapper. Je me voyais en train de lui taper la tête contre son bureau. Et pendant que j’imaginais cela, il continuait ses petits sourires narquois… Je capitule, j’arrache son carnet et je sors pour aller en salle des profs.

Je prends une chaise sur laquelle je m’écroule et je fonds en larmes.  C’est la première fois que je pleure, la première fois que ce métier me fait pleurer.
Je parle à une sympathique prof de français qui me soutient et me réconforte : je suis certainement fatiguée, je ne suis donc plus capable de prendre le recul nécessaire, j’ai besoin de repos... Je me calme et décide de rentrer.
 
En attendant le train sur le quai, un élève de cette classe, un troisième larron, foireux et mesquin, vient sur le quai d’en face me provoquer en faisant de larges sourires et me faire des petits signes de la main. Je soutiens son regard...
 
Vivement vendredi, 16h30.

 

19 février 2007

Foirade érubescente

Une journée terminée.

Une de plus, bientôt la fin : encore quelques heures de cours, quelques copies à corriger et le rythme se brisera pour quelques jours. Quelques de jours de répit mérités, je reprendrai ensuite mon cartable plein à craquer, et tous les matins j’irai à l’école.
Le week-end pluvieux m’a presque permis d’oublier mes crapoussins : je m’imaginais déjà en vacances.
Je n’ai rien fait de particulier aujourd’hui. Le niveau de grammaire est vraiment faible : cela me rend imbécile et affolée.

Ils ignorent pour la plupart les fonctions grammaticales et les confondent avec les natures, ils ne savent pas faire une analyse logique simple du genre sujet-verbe-complément d’objet-complément circonstanciel. Une nette majorité des élèves n’ont absolument pas acquis les réflexes d’accord. Même si l’orthographe se fixe normalement à la fin de l’adolescence, beaucoup des jeunes qui arrivent sur la marché du travail ont et auront une orthographe amputée, à vie !  Exemples de phrases lues dans des rédactions d’élèves qui ont un niveau moyen : « il regrettai », « ils se battères », « il finirai ses etude de droit ». Tous ces exemples sont vrais : j’ai les copies sous les yeux et aucun de leurs auteurs n'est dyslexique ni étranger. C’est une classe de quatrième considérée comme « bonne » dans l’établissement. Tous ces élèves passeront en troisième, ils obtiendront leur brevet malgré des lacunes profondes et une absence totale de réflexes orthographiques, en ignorant les règles de grammaire les plus basiques.

D’où vient le problème ? La dyslexie n’explique pas tout : je pense que cela vient du primaire, car tous les profs de français en collège que je connais sont aussi affligés que moi. Il y a un moment dans l’enseignement de la grammaire et de l’orthographe dans les classes de primaire où la vigilance des instituteurs doit diminuer. Visiblement, l’exigence n’est plus la même et la médiocrité est considérée comme excellence. On prépare une génération cadavérique, en putréfaction et privée de la vue, ignorant sa propre détresse. Tous ces jeunes sont des décapités qui vivront dans un monde stérilisé, et ils ne le sauront même pas. Les âmes seront myopes et les esprits liquides iront s’abreuver aux mamelles de la Bêtise.

Ce soir, j’ai la rage de voir que nous privons toute une jeunesse des moyens de s’exprimer, de la même manière qu’on muselle un chien misérable.

20:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5)

18 février 2007

Pituiteux et empyréens


Si j’écrivais ces mots au tableau ou si je les plaçais dans une phrase en cours, il y aurait toujours une majorité d’élèves pour demander : « c’est français M’dame ? ».
Oui, c’est français ! « …et je trouve que cela vous désigne parfaitement ! ». Tout comme la conjugaison du passé simple ou celle du subjonctif imparfait, comme l’adverbe continûment (préférable à continuellement), etc. sont français !
Tous les jours, j’ai le droit à des mines allongées d’étonnement et d’interrogation. Quelques-uns notent sur le coin d’une feuille ce qu’ils apprennent lorsque je fais des petites digressions, les autres s’en contrefichent et ne comprennent toujours pas l’intérêt d’étudier les règles d’accord du participe passé ou de l’organisation d’un commentaire composé. J’ai beau leur répéter qu’une langue correctement exploitée et utilisée facilite largement l’organisation de ses propres idées et opinions et rend aisée leur formulation. Connaître sa langue c’est aussi comprendre ce qui se cache derrière et pouvoir en manier toutes les subtilités. Les cours de français, c’est aussi de la culture générale, c’est enrichir ses connaissances et être capable de suivre une discussion lors de dîners mondains, par exemple. C’est aussi essayer d’avoir le goût de la lecture, et acquérir cette fameuse « curiosité universelle » dont parlait Diderot. Bref, les cours de français, c’est se donner les moyens de réfléchir sur tout et rien, sur ce qui nous entoure et ce que nous propose le monde. Les cours de français sont utiles pour aiguiser son jugement.

Je me demande pourquoi ils refusent d’apprendre et préfèrent ingérer les déjections télévisuelles et d’internet ? En fait, je pense que je garde mes souvenirs de bonne élève, curieuse et lectrice. J’enseigne en me projetant à leur place : j’étais passionnée et toujours agréablement surprise d’apprendre… et aussi en privé catho.
Je ne peux évidemment pas demander à toute une classe de trente ados d’être disciplinés, attentifs, bien élevés, travailleurs, curieux, intelligents, sachant s’exprimer dans une langue correcte, contents de venir en cours, ayant toujours des notes aux alentours des dix-huit… Non ! C’est impossible : et puis, ce que je m’ennuierais si j’avais une telle classe ! Non, surtout que rien ne change et que je me résolve à la nullité d’une minorité à la traîne, la médiocrité de la majorité et l’intérêt d’une petite élite formée de deux ou trois élèves par classe !

Oui, la médiocrité est la nouvelle culture, elle est portée au rang de la réussite. Il suffiit pour cela de corriger des épreuves de français au brevet des collèges ou au baccalauréat pour s’apercevoir qu’il ne faut pas être exigeant et les maintenir dans un certain confort.

Lorsque les générations qui arrivent ne sauront plus s’exprimer, elles n’auront plus les moyens de penser, et certainement pas les moyens d’accepter ou refuser le monde qu’on leur propose…

10:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

17 février 2007

Les invertébrés à l'école

J’ai une journée représentative de ces derniers mois, hier.

Je m’étais couchée tôt, le réveil réglé à 5h30. Je bouquine dans le lit en attendant ma copine. Nous venions juste d’avoir une grande discussion sur la qualité de notre vie de couple : ça se délite. Elle ne fait plus attention et je la soupçonne de me mentir… Je réussis à m’endormir après une éternité. Je suis réveillée par ma copine qui vient au lit vers minuit. Je réussis à m’endormir. Je suis réveillée à 3h30 par la petite fille qui vient dans le lit. Impossible de retrouver le sommeil. Donc, je me lève. Je suis épuisée.

La journée de cours fut pénible : les élèves sont agités, énervés et les vacances n’arrivent que vendredi prochain. J’ai même donné deux heures de colle : ça doit être la deuxième fois que je le fais en deux ans. J’ai fait un cours de rappel à mes deux quatrièmes sur les natures et les fonctions et j’ai eu raison : combien confondent encore ces deux notions ? Plus évaluation sur les subordonnées que j’ai corrigée : il y a une moitié qui bosse et qui comprend, et l’autre moitié qui mélange tout et ne travaille pas, et ne travaillera pas de toute manière. J’avais même préparé une question de par cœur pour qu’ils obtiennent des points facilement, mais non rien ! Ce sont des larves et ça m’énerve ! Encore dix-huit heures de cours.


En fumant une clope sur le trottoir à la récré, hier, je parlais avec une prof d’histoire qui me ramène chez moi de temps en temps. Je lui parle de cette histoire du grand rabbin de Lyon qui prétend que les homosexuels ont des problèmes génétiques : je lui demande ce qu’elle en pense. Sa réponse fut aussi courte que précise : « Je crois qu’il a raison ! »…

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15 février 2007

L'abomination de la désolation

Aujourd’hui, c’est mon jour de repos. Pas une heure de cours. Pas de réveil à cinq heures du matin, pas besoin de se presser pour prendre le train (qui est supprimé une fois sur deux ou en retard une fois sur trois…), inutile de s’égosiller devant une classe de trente élèves qui gesticulent, s’agitent, chuchotent, ricanent, papotent, s’énervent, ne comprennent rien. J’ai quatre paquets de rédactions à corriger : j’ai dû en corriger une dizaine sur un paquet.
Je souffre quand je vois que ces enfants n’ont pas les réflexes d’accord, ne savent pas conjuguer au présent le verbe chanter (je ne parlerai pas du passé simple), n’ont pas l’idée d’aller ouvrir un dictionnaire pour vérifier une orthographe, ne savent pas du tout présenter une copie proprement.
Depuis presque trois semaines, je fais travailler mes classes de quatrième sur les subordonnées : rien ne se passe à part peut-être un ou deux élèves qui réfléchissent un minimum et ont retenu qu’une relative est introduite par un pronom relatif, une complétive par une conjonction : s’ils retiennent « de subordination » c’est le bout du monde ! Comment est-il possible de ne pas entendre et retenir ce que je répète dix fois par cours et ce que je m’épuise à écrire au tableau ? J’ai préparé une évaluation d’une heure pour demain : je m’inquiète. Auront-ils travaillé ?
Je les aime bien ces petits. Quand je les regarde évoluer entre eux, quand ils me disent « Bonjour Madame » (oui, j’ai du râler plusieurs fois pour qu’ils me disent bonjour lorsque je rentre dans leur salle !), lorsqu’une main se lève pour dire « je n’ai pas compris », lorsqu’ils viennent inlassablement négocier une note, grapiller un demi-point, lorsqu’ils crient à l’injustice de se voir prendre leur carnet de liaison, etc. , je les aime. Je ne peux pas m’empêcher de me revoir à leur âge, à la différence que je garde des souvenirs d’assez bonne élève ayant des facilités. Je me souviens des crises de rire avec mes voisines en classe, à rire comme une folle derrière mon livre ou mon classeur. Tant de bons souvenirs que je ne leur en veux pas. Mais le prof’, c’est l’image de l’autorité, le référent, un peu le parent, parfois le confident involontaire (j’ai compris que certains sujets de rédaction étaient à éviter…)Demain, j’ai trois heures de cours avec une même classe et deux avec une autre. C’est la journée la plus difficile peut-être de ma semaine. Surtout les deux dernières heures, de 14h30 à 16h30 : les enfants sont fatigués et les vacances n’arrivent que vendredi prochain.
Ma copine devient de plus en plus distante : j’ai peur. Elle non plus alors, je n’arrive pas à l’intéresser ?
Je n’en peux plus non plus.

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