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06 avril 2007

L'ineptie consiste à vouloir conclure

1850. Flaubert écrit à Louis Bouilhet de Damas :

« J’ai lu à Jérusalem un livre socialiste (Essai de philosophie positive, par Auguste Comte). Il m’a été prêté par un catholique enragé, qui a voulu à toute force me le faire lire afin que je visse combien, etc. J’en ai feuilleté quelques pages : c’est assommant de bêtise. Je ne m’étais du reste pas trompé. Il y a là dedans des mines de comique immenses, des Californies de grotesque. Il y a peut-être autre chose aussi. Ça se peut. Une des premières études auxquelles je me livrerai à mon retour sera certainement celle de toutes ces déplorables utopies qui agitent notre société et menacent de la couvrir de ruines. Pourquoi ne pas s’arranger de l’objectif qui nous est soumis ? Il en vaut un autre. À prendre les choses impartialement, il y en a eu peu de plus fertiles. L’ineptie consiste à vouloir conclure. Nous nous disons : mais notre base n’est pas fixe ; qui aura raison des deux ? Je vois un passé en ruines et un avenir en germe ; l’un est trop vieux, l’autre est trop jeune. Tout est brouillé. Mais c’est ne pas comprendre le crépuscule, c’est ne vouloir que midi ou minuit. Que nous importe la mine qu’aura demain ? Nous voyons celle que porte aujourd’hui. Elle grimace bougrement et par là rentre mieux dans le romantisme.
(…)    Oui, la bêtise consiste à vouloir conclure. Nous sommes un fil et nous voulons savoir la trame. Cela revient à ces éternelles discussions sur la décadence de l’art. Maintenant on passe son temps à se dire : nous sommes complètement finis, nous voilà arrivés au dernier terme, etc., etc. Quel est l’esprit un peu fort qui ait conclu, à commencer par Homère ? Contentons-nous du tableau ; c’est aussi bon. »

Et quelques jours plus tard d’Athènes :
«La loi sur la correspondance des particuliers par voie électrique m’a étrangement frappé. C’est pour moi le signe le plus clair d’une débâcle imminente. Voilà que par suite du progrès, comme on dit, tout gouvernement devient impossible. Cela est d’un haut grotesque que de voir ainsi la loi se torturer comme elle peut et se casser les reins à force de fatigue, à vouloir retenir l’immense nouveau qui déborde de partout. Le temps approche où toute nationalité va disparaître. La "patrie" sera alors un archéologisme comme la "tribu". Le mariage lui-même me semble vigoureusement attaqué par toutes les lois que l’on fait contre l’adultère. On le réduit à la proportion d’un délit. »
 
 
Flaubert et de Musset ont partagé le lit d'une maîtresse commune : Louise Colet. Dans un style différent, ils se rejoignent et semblent se marrer de ces fameux "désirs d'avenir" qui ont pourri le XIXème siècle. Le pire est que ça continue au XXIème !
 

Commentaires

des Californies de grotesque...

Écrit par : ashab | 06 avril 2007

Oui : c'est délicieux.

Écrit par : Boulon | 06 avril 2007

hum....

Écrit par : ashab | 07 avril 2007

Content de ton retour. Texte interessant, plaisant même, mais je ne vois pas où tu veux en venir Boulon.
J'espère que tu vas bien.

Écrit par : L.Myster | 07 avril 2007

un petit effort L. Myster, toi qui visionne Murneau dans les îles...

Écrit par : ashab | 07 avril 2007

Que voulez, je me tropicalise...

Écrit par : L.Myster | 07 avril 2007

Beau texte, j'adore Flaubert !
C'est un visionnaire. Je pense qu'en effet, les termes de patrie, nation etc etc... n'ont plus aucun sens de nos jours. Il y a encore quelques soubresauts, mais ça va finir par s'éteindre...
(cependant, je ne comprends pas le choix des "tags" : "politique", passe encore ; "journal intime", je ne vois pas ; "blabla de fille", c'est vraiment se fouttre de la gueule du monde ! est-ce qu'on est à ce point nécessiteux de lecteurs, ou même juste de passage sur son blog ??? Etrange...)

Écrit par : Cassandre | 10 avril 2007

Tu nous fais pas le coup de partir sans conclure hein Boulon?...

Écrit par : L.Myster | 11 avril 2007

Parfois, je me fais bernique, et je m'accroche, je m'accroche...

Écrit par : L.Myster | 14 avril 2007

Un passé en ruines et un avenir en germe : mais c'est bien sûr!
Aujourd'hui ou demain ou peut-être bientôt
En tout cas plus tôt qu'on ne le pense....
Encore une histoire de temps...

Écrit par : Rosa | 15 avril 2007

Boulon tu cultives le silence et le mystère...
Pourquoi ?

Écrit par : Rosa | 16 avril 2007

Et ben moi, tu vas peut-être trouver ça ridicule, pas grave, mais tu me manques.

Écrit par : L.Myster | 22 avril 2007

A moi aussi tu me manques... Ici et sur les autre blogs...
Faut-il te dire adieu ?

Écrit par : Rosa | 23 avril 2007

Cela fait une éternité que je n'étais pas passée par là...

Pas facile donc de (re)prendre les choses en cours, surtout par rapport aux coms' qui précèdent...

A bientôt j'espère

Écrit par : fleurdemars | 08 mai 2007

Elle a crevée, la boulon-boulet...
Bah oui, son Sarko a zigouillé les lettres classiques !
Zou, terminé. Inutile, dépassé, sans intérêt. Pas rentable, pas cac quanrantisable.
Ceux qui veulent étudier zont qu'à le faire sur leur temps de loisir avé le macramé.
Bah la boulon-boulet, l'a pas survécu. L'a dans le cul.
Ca sert au moins à ça le sarkosisme. A faire taire les vieilles lesbiennes toute réac et bien bien aigrie.
Et hop ! Johnny à la culture !

Écrit par : Déboulonnable | 15 mai 2007

Elle a crevé
pour le reste, je lui laisse le stylo rouge...

Écrit par : debouboubou | 15 mai 2007

Petit passage, petit essai, au cas où... Tu vas bien?

Écrit par : L.Myster | 13 juin 2007

Un membre de ma famille est à l'hôpital, la fin d'une vie s'annonce.

Écrit par : Boulon | 13 juin 2007

Boulon tu nous manques...
Nous espérons te retrouver un jour

Écrit par : Rosa | 18 juin 2007

Les commentaires sont fermés.