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22 mars 2007

Pardon

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07:22 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (19)

20 mars 2007

La dévoration du vide

L’angoisse

Je ressens toujours une angoisse lorsque, entrant chez des gens, je remarque l’absence abyssale de livres. Bien souvent d’ailleurs, la place sur les étagères est occupée par des DVD ou CD. C’est ce qui m’est arrivé ce weekend, ma copine et moi étions invitées chez nos voisins, parents de deux enfants de cinq et deux ans.

L’ameublement est minimal, les murs nus : jusque là, je trouvais cela au premier regard surprenant mais compréhensible. Et puis la petite visite de l’appartement se déroule, le salon comprend une table basse (aucune revue ou journal) et un canapé placé devant un écran plat pendu au mur entouré de grandes enceintes avec sur la droite une immense tour de DVD : je remarque l’absence de photos, tableaux et cadres sur les murs. Nous continuons la visite, cuisine moderne, salle de bain moderne aussi. Enfin, nous découvrons les chambres : un grand lit et un bureau avec ordinateur dernier cri. Pas de table de nuit, pas de livres… Les chambres d’enfants sont grandes, les caisses sont remplies de jouets, les housses de couettes, les rideaux ont les motifs de SpiderMan ou Dora l’exploratrice. Je suis frappée par le peu de livres pour enfants : c’est à ce moment que monte l’angoisse.

Le vide, le néant m’effraie : bien plus lorsqu’il s’agit des livres. J’avais l’impression d’être chez des « morts ». Je comprends, j’admets que certaines personnes ne lisent jamais ou très peu. Une maison dans laquelle aucune lecture n’est possible est un cimetière, tout du moins, c’est ainsi que je la vois. Le livre est synonyme de vie, de liberté : même si on ne les ouvre pas, les livres sont nécessaires dans une maison, c'est pour moi ce qui en fait un lieu de vie. Je n'aime pas la Mort.

Je ne sais quoi en penser, finalement.
 
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18 mars 2007

Détails

La politique et la poésie (II)
 
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La pensée de Maistre, Rivarol et Louis de Bonald ont influencé la vision de l’histoire de Michelet, Augustin Thierry, Guizot, Gobineau, Maurras, Lamennais, (Lamartine) mais qu’en est-il de la pensée sociale et de l’héritage des Lumières ?

A la fin du XVIIIème, Condorcet, dans l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain est convaincu que le progrès de la science aboutit au bonheur de l’esprit : une belle utopie. Sébastien Mercier, lui, publie le premier roman d’anticipation français, L’An 2440, qui prend un caractère prophétique également.

Dans le domaine scientifique, Auguste Comte en 1830 et Frédéric Le Play en 1855 jettent les bases de la sociologie et des sciences sociales en général sans se priver de jouer les prophètes au passage. Les sciences deviennent les religions de l’avenir : il s’agit d’éduquer la masse d’ouvriers et la libérer du sentiment religieux catholique. Ces philanthropes, souvent socialistes, laïcs, utopistes, communistes prétendent transformer les mentalités et viser la dictature du prolétariat afin de faire de la solidarité sociale la nouvelle religion. C’est Leroux en 1840 avec De l’humanité, son principe, son avenir, c’est Villermé la même année avec Tableau physique et moral des ouvriers, c’est Proudhon en 1851 avec L’Idée générale de révolution au XIXème siècle et Marx-Engels avec Le Manifeste du Parti communiste en 1848 : la pensée « humanitaire » et idéaliste se répand.

C’est une époque étrange de l’histoire littéraire du siècle : Fourier en 1835 fait paraître La Fausse Industrie, dans lequel il affirme que la morale se libère dans l’assouvissement des passions et critique allègrement ce qu’il pense être fausses et contre-morales régissant la société : il invente la morisophie (science des mœurs). En littérature, les Romantiques ne sont pas spécialement des acharnés de la défense du peuple, ce qui rend donc possible la naissance du roman social et des romans « populistes » entre 1840 et 1870 avec Hector Malot, Sand, Féval et Vallès. Ce mélange de sciences et de pensées sociales nourriront Zola.

Toutefois, à la fin d’un XIXème foisonnant, se croisent plusieurs courants réactionnaires.
Edouard Schuré en 1889 dans son ouvrage Les Grands Initiés critique la Science et prône le retour au règne de l’Esprit : cette forme de « réaction » est plutôt philosophique.
Bloy, électron libre, réactionnaire catholique, incarne la pensée religieuse et critique le Bourgeois et la pensée agnostique et l’athéisme répandus comme une traînée de poudre dans la population. Il se développe également un courant réactionnaire régionaliste comme par exemple le Félibrige, en Provence, de Frédéric Mistral : en effet, le patrimoine culturel et identitaire de certaines régions se trouve menacé par l’avancée uniformisante d’un pays aux pouvoirs centralisés. Enfin, il naît une contre-révolution, réaction nationaliste soutenue par Maurras et alimentée par un groupe très actif et noyau dur de l’Action Française.
 
Lisons Maurras : « Le nationalisme réagit contre l’égoïsme du vieux parti républicain, en même temps qu’il réagit contre l’indifférence de ce parti aux grands intérêts nationaux. Un nationaliste conscient de son rôle admet pour règle de méthode qu’un bon citoyen subordonne ses sentiments, ses intérêts et ses systèmes au bien de la patrie. Il sait que la patrie est la dernière condition de son bien-être et du bien-être de ses concitoyens. Tout avantage personnel qui se solde par une perte pour la patrie lui paraît un avantage trompeur et faux. Et tout problème politique qui n’est point résolu par rapport aux intérêts généraux de la patrie lui semble un problème incomplètement résolu. Le nationalisme impose donc aux questions diverses qui sont agitées devant lui un commmun dénominateur, qui n’est autre que l’intérêt de la nation. Comme pour ce Romain dont parlait Bossuet, l’amour de la patrie passe en lui toute chose. »
 
Maurras sympathisera dans les années trente avec un régime fasciste !
 
…/… à suivre.

16 mars 2007

L'ampoule poétique de la Réaction

La politique et la poésie (I)

Il n’est pas grossier d’associer ces deux concepts : certains poètes expriment leurs idées dans leurs écrits : de Staël, Baudelaire, de Musset, Hugo, Flaubert, Tardieu, etc.
J’imagine que des thèses ont dû être écrites sur le sujet : rappelons-nous que le dix-neuvième siècle est le siècle de grands bouleversements politiques, la nation française se cherche après la Révolution, la Terreur et l’Empire. Les révolutions industrielles et la condition des ouvriers vont enfanter le socialisme et toutes sortes d’idées « humanitaires ». C’est aussi le siècle des Réactionnaires, des Royalistes, des Ultras, des anarchistes, des Légitimistes, etc., un siècle d’instabilités politique et sociale…

Les écrivains observent, et parmi eux des poètes, et si tous portent un regard critique sur le monde de leurs contemporains, certains n’hésitent pas à l’exprimer dans certains de leurs textes. L’influence de Louis de Bonald et de Joseph de Maistre —voire de Chateaubriand— n’est pas absente de l’œuvre baudelairienne.
Alfred de Musset publie en 1850 Poésies nouvelles : le poème intitulé « Dupont et Durand », à l’intérieur duquel il moque deux écrivaillons animés de grands sentiments pour le bien de l’humanité, est un texte extrêmement satirique et terriblement actuel (Musset était-il un voyant ?). Voici un passage : Dupont dit à Durand :


« L’univers, mon ami, sera bouleversé,
On ne verra plus rien qui ressemble au passé ;
Les riches seront gueux et les nobles infâmes ;
Nos maux seront des biens, les hommes seront femmes,
Et les femmes seront tout ce qu’elles voudront.
Les plus vieux ennemis se réconcilieront,
Le Russe avec le Turc, l’Anglais avec la France,
La foi religieuse avec l’indifférence,
Et le drame moderne avec le sens commun.
De rois, de députés, de ministres, pas un
De magistrats, néant ; de lois, pas davantage.
J’abolis la famille et romps le mariage ;
Voilà. Quant aux enfants, en feront qui pourront.
Ceux qui voudront trouver leurs pères chercheront.
Du reste, on ne verra, mon cher, dans les campagnes,
Ni forêts, ni clochers, ni vallons, ni montagnes
Chansons que tout cela ! Nous les supprimerons,
Nous les démolirons, comblerons, brûlerons.
Ce ne seront partout que houilles et bitumes,
Trottoirs, masures, champs plantés de bons légumes,
Carottes, fèves, pois, et qui veut peut jeûner,
Mais nul n’aura du moins le droit de bien dîner.
Sur deux rayons de fer un chemin magnifique
De Paris à Pékin ceindra ma république.
Là, cent peuples divers, confondant leur jargon,
Feront une Babel d’un colossal wagon.
Là, de sa roue en feu le coche humanitaire
Usera jusqu’aux os les muscles de la terre.
Du haut de ce vaisseau les hommes stupéfaits
Ne verront qu’une mer de choux et de navets.
Le monde sera propre et net comme une écuelle ;
L’humanitairerie en fera sa gamelle,
Et le globe rasé, sans barbe ni cheveux,
Comme un grand potiron roulera dans les cieux.
Quel projet, mon ami ! quelle chose admirable !
A d’aussi vastes plans rien est-il comparable ?
Je les avais écrits dans mes moments perdus.
Croirais-tu bien, Durand, qu’on ne les a pas lus ?
Que veux-tu ! notre siècle est sans yeux, sans oreilles
Offrez-lui des trésors, montrez-lui des merveilles
Pour aller à la Bourse, il vous tourne le dos.
Ceux-là nous font des lois, et ceux-ci des canaux ;
On aime le plaisir,l’argent, la bonne chère ;
On voit des fainéants qui labourent la terre ;
L’homme de notre temps ne veut pas s’éclairer,
Et j’ai perdu l’espoir de le régénérer.
»

 .../... à suivre ce soir ou demain.

15 mars 2007

Sombres abîmes

Je me frotte jusqu’au sang à ton silence et ton indifférence, my love, depuis quelques jours. De nouveau, après une semaine paisible, tu retrouves tes défauts abominables, les pires que je te connaisse, qui s’accentuent pour ma douleur involontaire. J’ai en aversion cette odieuse manie, la tienne, de provoquer  la répétition de ce que j’abhorre.

Nous nous éloignons. Je ne veux pourtant pas t’exécrer.

L'aquilon du désespoir

Je me sens diminuée, affaiblie, fatiguée, épuisée, abattue.

14 mars 2007

Une honteuse blessure

« La tolérance ? Il y a des maisons pour cela ! »

Paul Claudel

Les mots sont suspects.

Mon ire a désigné sa cause dans la faillite de la langue. Je veux parler de cette grande langue française défendue et illustrée par les rigolos de La Pléiade, par Montaigne, Maurice Scève, Bossuet, Racine, Diderot, Montesquieu, Lamartine, Vigny, Bloy, Apollinaire, Proust, etc. Les siècles précédents ont été féconds et riches de littérature sans cesse renouvelée, imaginative, puissante et rayonnante. Au point même que, ne l’oublions pas, la langue française fut considérée pendant quelques siècles à travers l’Europe comme une langue supérieure, élégante et intarissable. Dans certaines cours, y compris dans des pays ennemis de la France, le français était la langue officieuse, parfois officielle, tout du moins une langue nécessaire à qui voulait être ou paraître un bel esprit. Rayonnante, irradiante, cette belle langue tant admirée et nourrie de latin et de grec fut celle qui engendrait une grande et majestueuse littérature. Elle devînt la langue de la diplomatie internationale : non pas innocemment mais bien parce qu’elle offre un champ inépuisable de possibilités et de nuances.

Il est effrayant aujourd’hui de constater à quel point le français évolue, je tenterais même « s’appauvrit ». Dans mon précédent billet, je parlais du respect, je tentais de le ramener à une définition précise. Mal m’en prit ! Qui fait la différence entre « respect » et « tolérance » aujourd’hui ? J’ai pu remarquer que souvent les deux allaient ensemble, comme un couple impérissable et foudroyant. Je vais tenter une interprétation toute personnelle, qui m’attirera des foudres d’injures mais tant pis, je me dois d’être intolérante concernant la défense et l’illustration de la langue française.

Orwell démontre très bien dans ce livre (ma deuxième bible) 1984 (édité en 1948 après les périodes totalitaires et sanglantes de Staline, Mussolini et Hitler !) comment la langue se pervertit et se transforme au point d’empêcher la masse de penser et de sentir : les idées s’expriment par des mots, sans les mots, vous n’avez pas d’idées ; sans idées, vous n’avez aucun moyen de réfléchir et de juger ; sans jugement, vous êtes incapables de vous révolter : vous êtes alors mûr pour vivre sans problème dans une pure dictature muselant sans l’usage de violence toutes les oppositions, toutes les révoltes : il n’y a donc aucune liberté d’expression.

Ce livre ne fut pas écrit au hasard. Orwell avait certainement lu Victor Klemperer : un universitaire linguiste allemand, âgé d’une cinquantaine d’année sous la montée du nazisme. D’origine juive, il ne peut prétendre à continuer d’enseigner (il est interdit de séjour dans les bibliothèques également) : il prend donc la décision de tenir des carnets intimes dans lesquels il note, relève, analyse, constate, dissèque tous les mots ou expressions pervertis par la propagande nazie. Les sous-fifres hitlériens manipulent la langue et les mots qui la constituent, en créent de nouveaux, afin de faciliter les esprits dans l’acception des pires horreurs : le peuple allemand ne doit pas se révolter. Cette nouvelle langue, Klemperer l’appelle la L.T.I ( la Lingua Tertii Imperii c’est-à-dire, la Langue du Troisième Reich), nouvelle langue au service de l’horrible violence nazie. Plus précisément, le fameux linguiste, fin connaisseur de la littérature française, remarque que les mots ne désignent plus ce qu’ils devraient désigner ; un mot renvoie à une autre réalité. Ainsi, le pouvoir odieux peut mieux s’infiltrer dans les esprits et manipuler à la source les idées : toute possibilité de lutte, d’insurrection est tuée dans l’œuf, le peuple est soumis. Cette idée n’était pas nouvelle puisqu’avant Hitler, Staline avait déjà eu l’idée.

Il est frappant de remarquer chez nos contemporains combien la langue semble se pervertir également. J’en ai fait la démonstration avec le mot « respect » ; il semble que le même phénomène s’instaure avec d’autres mots ressassés à longueur de journées et en particulier le mot tolérance. Ces mots nouveaux, désignant d’autres réalités qu’il ne faudrait ne relèvent pas d’une simple évolution de la langue propre à toutes les langues, je parle d’une accélération précise depuis à peine une décennie, véhiculée par la publicité en premier chef mais aussi par les politiques et surtout ces horribles media toujours disposés à vendre de la publicité. « Tolérance » désigne ce que l’on admet alors que l’on aurait le pouvoir et le droit de l’empêcher. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais m’offusquer lorsque l’on me crache ce mot à la figure alors que j’ai quand même le droit de réfléchir et de m’opposer à une idée ou un concept ou une situation. Je n'ai absolument pas à avaler tout cru sans m'interroger n'importe quelle idiotie que l'on voudrait me faire avaler : je refuse que l'on m'empêche de penser.

Je ne sais plus qui disait que la tolérance était une charité de l’intelligence…

 

à suivre : la pauvreté de la littérature contemporaine ? 

11 mars 2007

La quérulence des saltimbanques

Nous ne parlons pas la même langue.

« Nous avons vu que ce monstrueux amas de chimères n’est pas sorti tel qu’il est de la tête des hommes; il s’est formé par degrés : l’ignorance grossière en a été la base. »

Fontenelle

J’ignorais l’autre versant du respect. Il existe –j’en ai eu la preuve hier- une infrangible dictature de la langue des pauvres qui veulent nous imposer le respect à longueur de journées. Combien de fois pouvons-nous entendre ou lire ce mot en une seule journée ? Ce mot est désincarné à force de répétitions bégayantes et dénuées d’intérêt. Cette battologie effrayante et inesthétique me pousse à l’énervement. Que peut produire un mot asséné continuellement par tous et pour tous comme des coups de marteaux sonores et sans intérêt constructif ? Nous pouvons légitimement nous interroger : le respect est-il la nouvelle religion ?

Hier soir, je n’ai pas regardé la télévision mais je l’ai entendue gerber ses inepties fatigantes avant de m’isoler définitivement au lit avec un livre généreux. Il s’agissait de fêter les « Victoires de la musique » (j’ai déjà beaucoup de mal à accepter cet étrange concept consistant à faire avaler un peu plus de Bêtise à des cerveaux disponibles, la bouche béante et baveuse.) sur une chaîne du service public : quel service rend l’Etat ? Réciter le respect comme un verset biblique ?

En une demi-heure, j’ai entendu le mot respect une bonne vingtaine de fois, chaque participant ravi d’en user et d’y mettre sa petite touche. Nous étions visiblement entre gens bien-pensant, et persuadés d’être dans la subversion bienfaitrice et pourtant mortifère. A force de vouloir nous imposer le respect, n’est-ce pas le résultat inverse qui sera obtenu : un mépris arrogant ? Le respect ressassé me semble plutôt synonyme d’admiration forcée dans la bouche de ces monstres imbéciles (ne dit-on pas forcer le respect ?). Un porte-respect est une arme qui justement tient en respect un personnage dont l’on voudrait se défendre !
 
Chacun des saltimbanques et troubadours hurlant dans le poste hier soir avait l’air de cultiver une insolente insurrection très convenue, très convenable : il est de bon ton aujourd’hui d’être un insurgé ou un résistant (notez une fois de plus la désincarnation de ce dernier mot lancé à tout-va pour signer un acte de soi-disant bravoure avec soixante-ans de retard…) Bref ! J’en étais dépitée et je déteste que l’on m’impose quoi que ce soit à part peut-être les règles fondatrices d’une urbanité distinguée et nécessaire qui m’inscrit dans l’humanité délicate. Mais au fait, le respect, qu’est-ce ?

Il y a le respect que l’on éprouve naturellement et le respect qu’un tyran impose à un soumis. Le respect synonyme d’hommages et d’égards polis que l’on présente à une personne que nous trouvons digne de considération. Dans ce cas, le respect répond à une conviction personnelle, un choix intime, une volonté libre : je suis et reste libre de juger qui ou quoi suscite mon respect. Nous abordons dans cette définition un versant du sens de respect qui est nettement plus productif et efficace : le respect est une force agissante et positive.

Il y a l’autre aspect de respect, le respect passif et obligatoire : le respect imposé, le respect de la force, le respect conformiste. Le respect serait alors une flatterie nécessaire et inévitable. N’avons-nous jamais entendu parler de ces jeunes qui brandissent du respect perpétuellement et en font un synonyme de soumission à la loi du plus fort, la loi de la jungle ? C’est ce respect que j’ai entendu hier soir et qui me révolte. Celui qui force la vénération, la révérence qui deviendrait subitement un dû. Je pourrais résumer les propos des clowns grotesques d’hier par « Respecte-moi ou crains-moi ». Le respect devrait être tout d’un coup le sentiment au monde le mieux partagé. Je n’ai pas le droit de griffer une pensée au nom du sacro-saint respect, règle religieuse à laquelle je dois me plier sans réfléchir. Je m’émancipe.

Je choisis alors l’irrespect.

08 mars 2007

Paraclet jouissif

Verbigération perpétuelle vs poésie lyrique

Antonin Artaud ne trouvant plus dans la langue les mots pouvant exprimer son état en inventa d’autres souvent proches de l’onomatopée obscure. Dans ces glossolalies transperce le cri d’un homme fragmenté. A chaque cri répond une particule de son corps. Ce personnage étrange au langage amaurotique m’a fascinée entre 16 et 17 ans : j’avais toujours dans ma poche ce recueil L’ombilic des limbes suivi du Pèse-nerfs (Gallimard, Poésie, nrf) que je connaissais presque par cœur. La lecture de Van Gogh suicidé de la société me déchira, son Héliogabale tout autant. Je sentais comme un prolongement de sa pensée en mon être. Dans le malaise adolescent, j’avais trouvé en Artaud la formulation de mes émotions, de mes pensées : je m’identifiais à tel point que j’étais capable de réciter des pages entières sur feuille pendant les longues heures de cours de sciences en Terminale. La découverte d’Artaud me poussa à mener l’enquête sur les Surréalistes, sur Breton (je voulais savoir pourquoi Breton et Artaud s’étaient brouillés), sur Aragon, Desnos et toute la clique… Ce fut une période bouillonnante de recherches pointues, de lectures effrénées, d’interrogations palpitantes. Je dévorais tous les articles, tous les livres qui citaient de près ou de loin le nom d’Artaud.

Aujourd’hui, ma culture littéraire est un peu plus élargie (mais reste très modeste) et me permet de frotter son œuvre à d’autres productions. Je suis déçue, cette passion adolescente pour Artaud et sa poésie s’est évaporée. Seuls me restent en mémoire certains de ses textes, certains passages. Je suis incapable aujourd’hui d’écouter « Pour en finir avec le jugement de Dieu » sans repousser loin de moi l’appareil électrique de reproduction sonore ( !). Et mine de rien, c’est une grande partie de l’œuvre surréaliste qui me dégoûte aujourd’hui. (J’utilise bien le verbe « dégoûter » !).

Le seul écrivain qui me reste, un descendant perdu sans doute mais original, c’est Olivier Larronde, une sorte de fils spirituel de Jean Cocteau. (J’avais lu son nom quelque part dans une biographie de Cocteau).
Ce grand garçon, poète, mort jeune, un Rimbaud fulgurant, manipulait une langue classique, pure et nette : un phénomène déroutant dans les années 50/60 qui n’avait rien à voir avec toute la poésie que j’avais pu lire avant (peut-être Maurice Scève…).

Rien voilà l’ordre, anagramme de son nom, est un recueil de poèmes éparpillés paru à titre posthume en 1984. Ce jeune homme eut une vie incroyable. Il osa à 17 ans harceler Jean Cocteau pendant des mois afin qu’il donne son avis sur les poèmes du jeune Olivier. Jean Cocteau intrigué et sans doute lassé finit par céder. Une véritable chance que l’audace de cet adolescent car Cocteau fut ébloui et décida d’aider Olivier Larronde à la publication de son premier recueil Les Barricades Mystérieuses en 1946 chez Gallimard. Dans le sillage de Cocteau, Larronde va rencontrer de nombreux personnages littéraires importants de l’époque dont Barbezat, patron de la maison d’édition Arbalète qui deviendra un ami très proche et lui fera rencontrer Jean Genet avec lequel il nouera une profonde amitié.

Né en 1927 et mort en 1965, Larronde fut capable d’écrire des vers magnifiques : « Je voudrais faire l’amour à la mer comme un fleuve » ou encore « Ton silence est un cristal je le brise » et aussi « Je suis plein de papier dans ma cage de verre./ Les oiseaux ont des gants vides, ce sont les miens. ». Très lyrique, il pouvait aussi s’amuser : « A rat qui rit/ Souris qui pleure ».
 
Lisons et relisons Olivier Larronde.

07 mars 2007

Vêpres abouliques

Mes imperfections

Je lutte contre une inquisition bien-pensante qui craint encore pour l’humanité dans une grande volonté bienveillante : l’homosexualité est un problème, elle n’engendre pas, c’est l’anormalité. Cette Terre sur laquelle il y a bien trop de monde (population multipliée par six en un siècle !), nous devrions nous réjouir pour elle de l’homosexualité stérile qui préserve d’un avenir incertain des enfants innocents.

Il y a encore peu de temps être homosexuel (notez bien la composition du mot : homo : semblable et sexuel : le sexe est sale !) c’était être bon pour la camisole en hôpital psychiatrique. Comme si les homos ne passaient leur temps qu’à penser au sexe : c’est débile et je préfère encore le mot inverti, bien plus joli, vieilli, rare et très proustien, délicieusement.

L’autre imperfection détestable est la cigarette : « je fume au nez des dieux, de fines cigarettes ». Vous imaginez le profond désespoir qui m’envahit ce 1er février 2007 : obligée d’aller sur le trottoir pour céder à la tentation savoureuse : j’étais si bien dans ma salle de prof fumeur ! Il est très mauvais genre de fumer en général, bien plus pour une femme, en particulier. Je n'ai pas envie de vivre dans un monde aseptisé : je hais.

 Au nombre de mes faiblesses, j’oublie la plus importante, la meilleure : ma solitude et ce goût frénétique pour le silence...

06 mars 2007

Contemporaine oaristys

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Que choisir ? 

L'avenir maléolent

Roulez jeunesse !

Le pourrissement n’est jamais loin, il guette à peine tapi dans l’ombre dès que la centration s’estompe. L’épée de Damoclès dévorante peut s’abattre d’un instant à l’autre. Elle est là, derrière notre propre épaule, au-dessus de notre tête, l’estoc résolu chatouillant le cœur déjà dilacéré. Il m’est impossible à ce moment d’émerger de ces sordides profondeurs. Dans cet ahurissement bathyal, je rampe vers l’irradiation salvatrice, fuyant la dévoration inquiétante et suréminente. La tristesse mélancolique se dresse.

J’entends un De Profundis latent dans ces moments de dépression, cet état de faiblesse et d’impuissance, je sens l’aspect monolithique de ce cerveau et de tout ce qu’il contient. De plus, le cœur paraît avoir été plongé dans l’azote liquide le cristallisant instantanément et crevant la mécanique, figeant toute volonté d’entraînement. Je suis descendue dans un globe colossal : l’absence de tout frémissement. Plus de plissements, plus de mouvements, plus rien ne règne dans ce vide imposant. Je suis dans une solitude absolutrice et pénible.

Je hais cette situation dans laquelle j’échappe à moi-même. Je n’envisage plus rien, je me sens usée à l’instant précis de l’acmé de cette damnation. Aujourd’hui, je sens bien qu’à l’ère du tout zapping, le bonheur est un impératif, peu importe qu’il soit vide de sens, il n’est pas permis de se laisser aller et l’exaltation hédoniste est la règle absolue. La faiblesse fait de nous un vulgaire gravat.

 Quiconque cède à la tentation de l’examen intérieur est un paradoxe incarné dans cette période de jouissances enchaînées et continuelles. Il suffit de bien regarder les couvertures et les grands titres de certains magazines féminins ou spécialisés dans la psychologie : « Les secrets du bonheur », « comment être heureux », « être toujours en forme », « être toujours zen ». Je hais et je m’énerve ! J’aime glisser parfois dans cette putréfaction passagère faisant de moi un être humain absolument faible, faillible et irrégulier.

Je ne peux pas être toujours heureuse et je m’en sens ravie, je m'éloigne un peu plus de la superficialité généralisée. Cette distinction réfractaire à l’ambiance générale fait de moi un monstre. Un jour, dans cet état que je cultivais certainement, je fis à une personne qui demandait de mes (bonnes) nouvelles, une description de mon état avec une petite touche évidente de romantisme excessif. Cette personne s’empressa de téléphoner à un psychiatre pour comprendre ce qui pouvait bien m’occuper ainsi ! Cette anecdote véridique me permit de réaliser que dans ce monde cochon, nos contemporains ont fait un tabou de toutes les formes de perturbation. Il est interdit de n’être pas heureux sinon c’est la cure psy !

Cette camisole hermétique m’énerve. Relisons Laforgue et ses délicieuses complaintes...

10:45 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (6)

04 mars 2007

L'attrition parfaite

L’altruisme morbide en général et en particulier.

L’altruisme morbide désigne une pathologie psychiatrique qui interdit à une personne de penser, de ressentir, de vivre par elle-même : elle dépend en effet d’une autre personne, souvent son conjoint ou sa conjointe, elle vit à travers cette autre personne et ne peut s’imaginer seule, assumant pleinement son autonomie. Cette maladie procède effectivement d’un effacement total de la personnalité au profit d’une dépendance complète de l’autre. Cette personne autre est volontairement sacrifiée sur l’autel de la disposition. C’est une simple hystérie, une névrose. A éviter.

Le dictionnaire courant nous explique que l’altruisme est une tendance à s’intéresser à la vie des autres, de manière bienveillante. Altruisme vient du latin alter, qui également donne en français moderne autre, autrui, alternatif, alterité, etc. Tout ce qui fait différence à soi-même, (est autre celui qui n'est pas moi) le second élément dans une énumération, autrui, tout ce qui n’est pas nous-même ou qui n’appartient pas à notre intériorité, notre communauté, etc, est autre ou à autrui. La philanthropie est souvent donnée en guise de synonyme, les nuances proposées insistent sur la générosité et l’extrême bienfaisance du philanthrope oeuvrant sans attente de retour pour le seul bien de l’humanité. Son antonyme direct est égoïsme (ou égotisme ou égocentrisme) qui rappelle que certaines personnes, à certains moments ne sont intéressées que par leurs propres intérêts, parfois au mépris d’autrui. A éviter.

Où en venir ? A Sartre et son « l’enfer c’est les autres » ? Non, l’altruisme n’est pas un humanisme. A Freud et la psychanalyse? Non : nous refusons l’arnaque de ces regrattiers décérébrés… Autrui influe sur nous, nous influons sur autrui. En se confrontant à autrui, j’aiguise ma propre opinion et devine et éprouve mes limites de tolérance. J’ai appris beaucoup d’autrui, j’ai appris à parler, à écouter, à partager, à deviner aussi parfois… Autrui m’enrichit, m’écoute, me parle, me devine aussi parfois…

C’est très bien tout ça mais la solitude m’appelle : mettons autrui de côté et cette désagréable maniaquerie qui veut le désigner avec une majuscule incongrue et ronflante : l'Autre

Trois engueulades nous ont emportées aujourd’hui, my love… C’est trop pour rien. Tu m'écorches.

Fière et sans reproche !

La culture de la mort.
 Nemini tamen nihil satis est.
 
Effrayant ! Il y a encore un siècle, n’importe quel étudiant présentant une thèse le faisait en latin : aujourd’hui écrire une simple citation latine sur un blog minable laisse accroire que vous êtes élitiste ! Est-ce une honte impardonnable de faire part de connaissances de toute façon obsolètes (obsolètes : j’espère que ce mot n’est pas trop compliqué, toutefois, je ne vois pas pourquoi j’utiliserais un mot différent si celui-ci désigne parfaitement ma pensée. Passons…) ?

J’ai fait du grec et du latin dès la quatrième et mes parents ne me l’ont absolument pas imposé : c’était une évidence, un choix naturel. J’ai grandi dans les livres, je n’avais pas le droit de regarder la télévision (lorsque mes parents ont décidé d’en acheter une) et encore moins des débilités. Très vite, j’ai appris qu’il fallait lire, se distinguer dans le bon sens. J’écoutais les conversations des grands, de mon père, mes oncles, mon grand-père… La culture, la connaissance : c’est la vraie liberté. Je ne manie pas non plus la férule, je n’ai jamais autant haï les pédants aux relents cyniques de mauvais aloi qu’à la Sorbonne. Toutefois, j’aime la faune curieuse et je méprise l’esprit corporatiste s’accrochant à ses pauvres petits idéaux avec un acharnement touchant.

Qui disait que les enseignants ne peuvent avoir que des bienfaits posthumes ? Bon sang, niveler par le bas c’est ôter tout dynamisme à n’importe quelle société.

Je n’aime pas la culture de la mort.

Abondance verbale et pauvreté des termes dans notre époque me font pleurer. Et je rejette l’intellectualisme. Ah ! L’esprit ne doit pas tuer l’âme, j’aime l’enthousiasme de mon métier, je le garde et il me préserve en échange du pessimisme sans limite de mes contemporains.

Où est passé le goût de l’effort ? Noyé certainement dans de sombres considérations sceptiques et douteuses pleines de venin. Tout cela est guindé et superficiel. Nous devons avant tout, enseignants, préparer les jeunes gens à devenir des femmes et des hommes capables de penser.

Je ne me sens pas en dehors de l’existence moderne parce qu’il n’y a plus d’esprit d’entr’aide et qu’elle tue un peu plus l’humanité... C'est pire ! J’ai connu les incertitudes douloureuses, les relâchements obscurs lors des longues et pénibles préparations d’examen, je me sentais sans force et là, le travail et l’effort dans leur pudeur m’ont permis de gagner. N’est-ce pas cela que je dois transmettre ? Le renouvellement dans l’effort et dans une certaine joie du travail accompli ?
Je n’aime pas les mandarins aux allures étriquées qui sont malheureux de vivre et débitent des monstruosités sur l’enseignement comme de vieux marchands sur une vieille marchandise. Certains révoltés soixante-huitards ont fait vaciller toutes les convictions fondatrices, aujourd’hui il n’en reste que la mort.


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03 mars 2007

Orogenèse de l'extase

La culture de l’ennui

L’ennui est un heureux bienfait : on ne le répètera jamais assez.

Je ne conçois pas l’ennui comme la mélancolie ou un mal du siècle, mais peut-être comme un manque d’énergie momentané disposant à des langueurs sublimes et des rêveries utiles et inutiles, uniques et semblables : ce n’est pas rien, ce n’est pas indéfini…
L’ennui se cultive. Quand je m’ennuie effectivement, je ne me dis pas que je m’ennuie, je ne l’éprouve pas. Pourtant, je sens sur mes épaules le poids de toute chose à l’entour, le moindre craquement du parquet me semble un grondement orageux dans ce silence prodigue de l’ennui, cette perpétuelle confrontation de mon intime et d’un agréable et indifférent désespoir sans objet. J’accepte de me laisser aller à la nostalgie.

Pendant cette ère d’ennui, rien n’est hostile, je passe des heures à ouvrir des livres au hasard et je peux relire dix fois un seul et même passage. Je me laisse envahir et les mots, l’image de ces pages s’imprègnent en moi très paisiblement. Et si l’ennui était tout simplement une paix intime submergeant le reste en moi (« comme une mer ») ? Une réelle liberté domine mon indétermination, fixe et calme.

Est-ce que je m’ennuie lorsque mon travail est terminé et que d’autres loisirs qui s’offrent ne captivent aucune de mes envies ? Je veux rester immobile dans ce vieux fauteuil rouge devant la bibliothèque débordante et piocher dans l’abondance. Je vagabonde sans direction précise dans un vague mouvement de plaisir. Je n’ai pas de contrainte ni de but dans cet instant inexpressif et sans contour.

J’observe mon propre ennui comme un refus de toute aliénation. Le vide n’a aucun motif à cet instant, il n’existe pas, l’agitation enfiévrée s’estompe. Je prends possession de moi dans une immobilité indolente et doucereuse.

Le long ennui souverain m’émancipe.

 

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02 mars 2007

L'agent crachoir

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Carte postale Bergeret, Nancy
 
"C'est par humanité, passants, que je m'expose
A braver tout microbe et la tuberculose,
Aussi ne crachez plus jamais sur le trottoir,
Voici mon récipient, je suis l'agent crachoir.

20:47 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (3)

Le chapelet de la déliquescence

Fui, non sum, non curo.

Le plaisir avant toute chose.

Je distingue deux sortes de plaisirs : le plaisir enthousiasmant du travail, de la bonne société, et le plaisir funeste de la culture du  « moi-je » et du « tout est permis ».
A l’école, il faut favoriser l’expression personnelle de chaque élève et lui permettre de s’affirmer ; en contrepartie il sera judicieux de ne pas trop user des punitions et encore moins d’essayer d’appeler le spectre d’une quelconconque forme d’autorité.
Le plaisir est une culture, la seule qui intéresse les foules, le nouvel horizon indépassable véhiculé et prôné par l’école, au détriment de la connaissance et du savoir. Les marchands de plaisir ne manquent pas. La maison le démontre.

L’enfant se lève, il pleure, il gémit, il exige et est très soigneusement installé dans le canapé, entre un oreiller et une couette. La télévision s’allume immédiatement et vomit déjà ses images horribles et son bruit heurtant qui violent ma paix et mettent un terme à toute volonté de politesse. Deux minutes plus tard, l’enfant allongé est servi d’un petit déjeuner, à base de céréales ultra sucrées dont la publicité martèle ses bienfaits aux heures des dessins animés monstrueux pour enfants décapités. Ce premier et modeste repas de la journée doit être goûté, apprécié et à bonne température. Si maladroitement vous ne satisfaites pas les goûts de l’enfant, le crime est commis et les pleurs commencent : la journée commence mal. Plus tard, une fois que l’enfant est resté suffisamment longtemps devant l’écran géant, il referme la bouche et semble donner un signe de vie : il pousse un cri ou se lève. Je tente une question qui me vaut une volée de gémissements désagréables irritant ma maigre patience : je contiens l’énervement. La mère arrive et me demande de m’écarter : l’enfant obtient très bien ce qu’il voulait. L’enfant ne veut pas aller au bain, il préfère s’amuser : « d’accord, mais cinq minutes ! » : j’enrage !

Une heure après, je lance un « Au bain ! » stérile : l’enfant ne veut pas, je m’énerve, je l’attrape, les cris et les pleurs doublent de volume ! La mère arrive de nouveau et m’accuse de « violence » : l’enfant comédien a mal au bras !
Si l’enfant veut bien sortir du bain et s’habiller sans histoire, il se montre et exprime son envie de voir un dessin animé… Tentons de le rendre intelligent : « prends des crayons, des feuilles et tes mains et dessine ! ». Inutile : cela ennuie l’enfant qui préfère jouer à se maquiller, se coiffer et trouve ennuyeux de dessiner. La mère arrive : qu’ai-je fait ? il ne faut pas contraindre un enfant, il ne faut pas le traumatiser.

Cette mère d’enfant unique prétend qu’un enfant ne doit jamais s’ennuyer.

Je m’incline, je cède, je pars : cet enfant n’est pas le mien et aucun rapport d’autorité ne peut légitimement s’installer et l’autorité est un mot horrible ! On me dit fasciste.

Et cette culture morbide du plaisir égoïste commence déjà dans la famille, dès l’enfance.

01 mars 2007

Perfide inconstance

Les carnassiers en marche

L’ordre moral, le pour et le contre, les dits incontestables des commentateurs publics et des sociologues avertis, les compassions déplacées et troublantes : je hais !

Lorsque j’observe ma nudité dans le miroir, je détermine ce corps comme une masse de chair abstruse et simplement, j’y constate un cerveau un peu plus développé que les singes. Si mon corps lutte contre les microbes, mon cerveau se nourrit pour survivre, très modestement. Je ne prétends pas être un être supérieur doué de génie et capable de changer le cours de l’humanité certes, toutefois, l’envie me prend d’anéantir les idioties débilitantes servies du matin au soir dans la rue, dans les journaux, dans les chaumières que je visite, chez les gens qui m’entourent. Je me révolte sauvagement. Je veux vivre loin.

Je me rappelle mes cours de philosophie dans lesquels on disait que le bonheur est le but ultime de chaque société… Je me sens loin du bonheur, j’ai plus de passivité que de désirs, plus de craintes que de bonheur : j’étais plus romanesque durant mes cinq et six ans. Aujourd’hui, le dégoût de la vie peut venir sournoisement et éloigner l’envie de toute société ; l’ambition est moindre et le repli s’affirme.
 
Relisons Sénancour : « Depuis ce moment je ne prétends plus employer ma vie, je cherche seulement à la remplir : je ne veux plus en jouir, mais seulement la tolérer : je n’exige point qu’elle soit vertueuse, mais qu’elle ne soit jamais coupable. » (Oberman, Lettre IV)
 
Je n’ai plus d’espérance pour ce monde. A quoi sert-il de naître ?

19:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)