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16 mars 2007

L'ampoule poétique de la Réaction

La politique et la poésie (I)

Il n’est pas grossier d’associer ces deux concepts : certains poètes expriment leurs idées dans leurs écrits : de Staël, Baudelaire, de Musset, Hugo, Flaubert, Tardieu, etc.
J’imagine que des thèses ont dû être écrites sur le sujet : rappelons-nous que le dix-neuvième siècle est le siècle de grands bouleversements politiques, la nation française se cherche après la Révolution, la Terreur et l’Empire. Les révolutions industrielles et la condition des ouvriers vont enfanter le socialisme et toutes sortes d’idées « humanitaires ». C’est aussi le siècle des Réactionnaires, des Royalistes, des Ultras, des anarchistes, des Légitimistes, etc., un siècle d’instabilités politique et sociale…

Les écrivains observent, et parmi eux des poètes, et si tous portent un regard critique sur le monde de leurs contemporains, certains n’hésitent pas à l’exprimer dans certains de leurs textes. L’influence de Louis de Bonald et de Joseph de Maistre —voire de Chateaubriand— n’est pas absente de l’œuvre baudelairienne.
Alfred de Musset publie en 1850 Poésies nouvelles : le poème intitulé « Dupont et Durand », à l’intérieur duquel il moque deux écrivaillons animés de grands sentiments pour le bien de l’humanité, est un texte extrêmement satirique et terriblement actuel (Musset était-il un voyant ?). Voici un passage : Dupont dit à Durand :


« L’univers, mon ami, sera bouleversé,
On ne verra plus rien qui ressemble au passé ;
Les riches seront gueux et les nobles infâmes ;
Nos maux seront des biens, les hommes seront femmes,
Et les femmes seront tout ce qu’elles voudront.
Les plus vieux ennemis se réconcilieront,
Le Russe avec le Turc, l’Anglais avec la France,
La foi religieuse avec l’indifférence,
Et le drame moderne avec le sens commun.
De rois, de députés, de ministres, pas un
De magistrats, néant ; de lois, pas davantage.
J’abolis la famille et romps le mariage ;
Voilà. Quant aux enfants, en feront qui pourront.
Ceux qui voudront trouver leurs pères chercheront.
Du reste, on ne verra, mon cher, dans les campagnes,
Ni forêts, ni clochers, ni vallons, ni montagnes
Chansons que tout cela ! Nous les supprimerons,
Nous les démolirons, comblerons, brûlerons.
Ce ne seront partout que houilles et bitumes,
Trottoirs, masures, champs plantés de bons légumes,
Carottes, fèves, pois, et qui veut peut jeûner,
Mais nul n’aura du moins le droit de bien dîner.
Sur deux rayons de fer un chemin magnifique
De Paris à Pékin ceindra ma république.
Là, cent peuples divers, confondant leur jargon,
Feront une Babel d’un colossal wagon.
Là, de sa roue en feu le coche humanitaire
Usera jusqu’aux os les muscles de la terre.
Du haut de ce vaisseau les hommes stupéfaits
Ne verront qu’une mer de choux et de navets.
Le monde sera propre et net comme une écuelle ;
L’humanitairerie en fera sa gamelle,
Et le globe rasé, sans barbe ni cheveux,
Comme un grand potiron roulera dans les cieux.
Quel projet, mon ami ! quelle chose admirable !
A d’aussi vastes plans rien est-il comparable ?
Je les avais écrits dans mes moments perdus.
Croirais-tu bien, Durand, qu’on ne les a pas lus ?
Que veux-tu ! notre siècle est sans yeux, sans oreilles
Offrez-lui des trésors, montrez-lui des merveilles
Pour aller à la Bourse, il vous tourne le dos.
Ceux-là nous font des lois, et ceux-ci des canaux ;
On aime le plaisir,l’argent, la bonne chère ;
On voit des fainéants qui labourent la terre ;
L’homme de notre temps ne veut pas s’éclairer,
Et j’ai perdu l’espoir de le régénérer.
»

 .../... à suivre ce soir ou demain.

Commentaires

magnifique ! la suite...

Écrit par : ashab | 16 mars 2007

Ce texte pétri d'ironie démonte bien les faux prophètes aux réformes nauséabondes... Je le trouve extrêmement moderne.

Écrit par : Boulon | 16 mars 2007

c'est surtout si visionnaire... Moins fort mais assez intéressant, je vous invite à jeter un oeil à un livre sortie cette année "Rapide essai de théologie automoble", une curiosité qui fait sens... ça a l'air d'aller mieux ?!...

Écrit par : ashab | 16 mars 2007

j'oublie tout le temps... en reference au tableau que vous avez mis... Avez-vous vu le livre "les femmes qui lisent sont dangereuses" paru l'année passée, beau livre de tableau de femme en train de lire...

Écrit par : ashab | 16 mars 2007

Finalement, à quoi servent toutes ces réformes dont on nous abreuve (surtout dans l'EN d'ailleurs!), si c'est pour constater que le monde ne change pas?...

Écrit par : L.Myster | 17 mars 2007

C'est visionnaire et pessimiste...
J'essaie d'appliquer cette formule que j'ai lu quelque part et dont j'ai oublié l'auteur :
il faut être pessimiste dans la pensée mais optimiste dans l'action....
Quant aux réformes de l'EN.... Hélas !

Écrit par : Rosa | 18 mars 2007

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Écrit par : Tim | 08 juillet 2013

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