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11 mars 2007

La quérulence des saltimbanques

Nous ne parlons pas la même langue.

« Nous avons vu que ce monstrueux amas de chimères n’est pas sorti tel qu’il est de la tête des hommes; il s’est formé par degrés : l’ignorance grossière en a été la base. »

Fontenelle

J’ignorais l’autre versant du respect. Il existe –j’en ai eu la preuve hier- une infrangible dictature de la langue des pauvres qui veulent nous imposer le respect à longueur de journées. Combien de fois pouvons-nous entendre ou lire ce mot en une seule journée ? Ce mot est désincarné à force de répétitions bégayantes et dénuées d’intérêt. Cette battologie effrayante et inesthétique me pousse à l’énervement. Que peut produire un mot asséné continuellement par tous et pour tous comme des coups de marteaux sonores et sans intérêt constructif ? Nous pouvons légitimement nous interroger : le respect est-il la nouvelle religion ?

Hier soir, je n’ai pas regardé la télévision mais je l’ai entendue gerber ses inepties fatigantes avant de m’isoler définitivement au lit avec un livre généreux. Il s’agissait de fêter les « Victoires de la musique » (j’ai déjà beaucoup de mal à accepter cet étrange concept consistant à faire avaler un peu plus de Bêtise à des cerveaux disponibles, la bouche béante et baveuse.) sur une chaîne du service public : quel service rend l’Etat ? Réciter le respect comme un verset biblique ?

En une demi-heure, j’ai entendu le mot respect une bonne vingtaine de fois, chaque participant ravi d’en user et d’y mettre sa petite touche. Nous étions visiblement entre gens bien-pensant, et persuadés d’être dans la subversion bienfaitrice et pourtant mortifère. A force de vouloir nous imposer le respect, n’est-ce pas le résultat inverse qui sera obtenu : un mépris arrogant ? Le respect ressassé me semble plutôt synonyme d’admiration forcée dans la bouche de ces monstres imbéciles (ne dit-on pas forcer le respect ?). Un porte-respect est une arme qui justement tient en respect un personnage dont l’on voudrait se défendre !
 
Chacun des saltimbanques et troubadours hurlant dans le poste hier soir avait l’air de cultiver une insolente insurrection très convenue, très convenable : il est de bon ton aujourd’hui d’être un insurgé ou un résistant (notez une fois de plus la désincarnation de ce dernier mot lancé à tout-va pour signer un acte de soi-disant bravoure avec soixante-ans de retard…) Bref ! J’en étais dépitée et je déteste que l’on m’impose quoi que ce soit à part peut-être les règles fondatrices d’une urbanité distinguée et nécessaire qui m’inscrit dans l’humanité délicate. Mais au fait, le respect, qu’est-ce ?

Il y a le respect que l’on éprouve naturellement et le respect qu’un tyran impose à un soumis. Le respect synonyme d’hommages et d’égards polis que l’on présente à une personne que nous trouvons digne de considération. Dans ce cas, le respect répond à une conviction personnelle, un choix intime, une volonté libre : je suis et reste libre de juger qui ou quoi suscite mon respect. Nous abordons dans cette définition un versant du sens de respect qui est nettement plus productif et efficace : le respect est une force agissante et positive.

Il y a l’autre aspect de respect, le respect passif et obligatoire : le respect imposé, le respect de la force, le respect conformiste. Le respect serait alors une flatterie nécessaire et inévitable. N’avons-nous jamais entendu parler de ces jeunes qui brandissent du respect perpétuellement et en font un synonyme de soumission à la loi du plus fort, la loi de la jungle ? C’est ce respect que j’ai entendu hier soir et qui me révolte. Celui qui force la vénération, la révérence qui deviendrait subitement un dû. Je pourrais résumer les propos des clowns grotesques d’hier par « Respecte-moi ou crains-moi ». Le respect devrait être tout d’un coup le sentiment au monde le mieux partagé. Je n’ai pas le droit de griffer une pensée au nom du sacro-saint respect, règle religieuse à laquelle je dois me plier sans réfléchir. Je m’émancipe.

Je choisis alors l’irrespect.

Commentaires

Pas vu évidemment cette émission, mais je crois que ton article en fait un bon résumé. Aah, m'asseoir sur un canapé, à tes côtés, et regarder Les Victoires de la musique, je me serais pas ennuyé!

Écrit par : L.Myster | 11 mars 2007

Ouep ! On aurait ri comme des baleines ou pleuré comme des crocodiles... Au choix !

Toutefois, en relisant ce billet de mauvaise humeur, j'ai une petite conclusion à ajouter : tout d'abord, je rappelle que G. Orwell dans 1984 explique très bien comment un pouvoir oligarchique peut empêcher la masse de penser, en éliminant un peu plus les mots précis, et en créant des mots dénués de toute nuance : "respect" répond exactement à cette démonstration d'Orwell. Nos contemporains vident de sens et effacent les nuances de notre belle langue petit à petit et bientôt nous serons incapables de contredire, de nous opposer à quoi que ce soit !

Enfin, il existe deux antonymes de respect : non-respect et irrespect ; le premier renvoie à une absence de tout respect, de toute conformité à une règle, l'autre signifie plutôt le manque de respect...

Écrit par : Boulon | 11 mars 2007

Mes respects Boulon.

Écrit par : L.Myster | 11 mars 2007

Mes respects Boulon.

Écrit par : L.Myster | 11 mars 2007

En découvrant votre écriture élégante et savante, je suis impressionnée par votre compliment ... encore merci . Je vais vous lire avec intérêt .

Écrit par : "liseuse" de certains blogs | 11 mars 2007

Moi je préfère l'irrévérence : ça me paraît encore plus fort...
D'accord avec toi pour dire que c'est la seule attitude possible face aux encensoirs médiatiques...
Quant aux Victoires de la musique, en entendant à la radio les noms des chanteurs nominés mon mari m'a dit : "c'est plus de notre âge ma chérie!"

Écrit par : Rosa | 11 mars 2007

Liseuse ? Pourquoi pas lectrice ?

Écrit par : Boulon | 11 mars 2007

il paraît que je manque de respect à mon employeur et que je suis insolente simplement parceque je dis les choses poliment , dire les choses à son employeur est de l'irrespect.... évidemment je leur ai expliqué que je ne leur devais pas le respect, être poli suffisait, mais nous ne devons pas vivre dans le même monde...
je découvre votre blog et je continue cette balade.
à bientôt.

Écrit par : azazel | 11 mars 2007

D'après le Robert "liseuse" se dit de quelqu'un qui lit beaucoup...
Mais pour moi ça évoque la petite veste tricotée au crochet que ma grand-mère enfilait quand elle avait froid...

Écrit par : Rosa | 11 mars 2007

Sorti de la bouche de la candidate du PS : "il faut construire la France du respect".
Quand je vous dis que ce mot est utilisé n'importe comment, n'importe quand pour dire n'importe quoi ! ...

Écrit par : Boulon | 11 mars 2007

Parce que le mot est plus doux ...

Écrit par : "liseuse" de certains blogs | 11 mars 2007

J'ai enfin trouvé ma première liseuse/lectrice qui soit aussi mon électrice... Merci beaucoup !
Je m'amuse beaucoup à écrire ce blog et j'apprécie aussi d'en lire certains. D'être liseur de belles aventures, en quelque sorte, mais elles sont rares !
Pour l'anecdote, j'ai beaucoup "déliré" à une période en écrivant à mes lecteurs et lecteuses....

Sauf le respect que je dois à une enseignante, de surcroît de français.

Écrit par : MOI | 11 mars 2007

difficile à suivre pour mes vieux neurones....Même si je les "brique" consciencieusement tous les matins...
Un peu de clarté et laissez le jeu de masques....

Écrit par : Rosa | 12 mars 2007

Je ne suis pas, à mon grand regret, prof. de français, mais de com' et de marketing, moins glorieux, mais alimentaire évidemment . Mais, même dans ces matières, on peut y trouver du plaisr à enseigner, quand on sait leur donner à réfléchir, créer, et croire en des lendemains où ils pourront s'épanouir et essayer d'être eux-mêmes . Enseigner n'est pas anodin, on y donne beaucoup de ce qu'on est, et de cela, on en trouve le reflet, dans les échanges avec ces adolescents en construction, qui vous font confiance, ce qui fait que j'aime encore ce métier, en tout cas, pour cette relation avec eux . Mon credo en tant que prof. : "apprendre à apprendre" , pas facile !!

Écrit par : "liseuse" de certains blogs | 12 mars 2007

Entendu ce matin sur France Inter les expressions de "respect" de Sarko vis-à-vis de Chirac... A défaut d'être du bois dont on fait les flûtes le respect ne serait-il pas de celui dont on fait la langue de bois ?

Écrit par : Rosa | 12 mars 2007

Bravo Liseuse et bienvenue au club
Je ne vous aurais certainement pas imaginée prof de marketing
Ce pseudo est-il pour vous dédouaner ?
Enseigner c'est aussi apprendre à être...
Très important aujourd'hui...Et votre discipline peut être très précieuse car précisémment vous pouvez apprendre aux Ados à se libérer de l'emprise du marketing
Tout le monde devrait pouvoir suivre des cours de marketing...

Écrit par : Rosa | 12 mars 2007

merci pour ce bref passage, il m'a permis de decouvrir votre blog... et de faire un lien à ma maigre prose...

Écrit par : ashab | 12 mars 2007

Où es-tu Boulon?...

Écrit par : L.Myster | 13 mars 2007

Pardon ? Où je suis ? Je ne saisis pas.

Écrit par : Boulon | 13 mars 2007

Ton article date du 11/3. Je te croyais perdue! Tu me manques, que veux-tu.

Écrit par : L.Myster | 14 mars 2007

Cette après-midi, j'en publierai deux ou trois pour rattraper le retard... J'avoue être un peu sur les genoux en ce moment... La rentrée sans doute ! Il ne faudrait jamais s'arrêter finalement pour ne pas avoir à subir les reprises : les changements de rythme épuisent.

Écrit par : Boulon | 14 mars 2007

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