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08 mars 2007

Paraclet jouissif

Verbigération perpétuelle vs poésie lyrique

Antonin Artaud ne trouvant plus dans la langue les mots pouvant exprimer son état en inventa d’autres souvent proches de l’onomatopée obscure. Dans ces glossolalies transperce le cri d’un homme fragmenté. A chaque cri répond une particule de son corps. Ce personnage étrange au langage amaurotique m’a fascinée entre 16 et 17 ans : j’avais toujours dans ma poche ce recueil L’ombilic des limbes suivi du Pèse-nerfs (Gallimard, Poésie, nrf) que je connaissais presque par cœur. La lecture de Van Gogh suicidé de la société me déchira, son Héliogabale tout autant. Je sentais comme un prolongement de sa pensée en mon être. Dans le malaise adolescent, j’avais trouvé en Artaud la formulation de mes émotions, de mes pensées : je m’identifiais à tel point que j’étais capable de réciter des pages entières sur feuille pendant les longues heures de cours de sciences en Terminale. La découverte d’Artaud me poussa à mener l’enquête sur les Surréalistes, sur Breton (je voulais savoir pourquoi Breton et Artaud s’étaient brouillés), sur Aragon, Desnos et toute la clique… Ce fut une période bouillonnante de recherches pointues, de lectures effrénées, d’interrogations palpitantes. Je dévorais tous les articles, tous les livres qui citaient de près ou de loin le nom d’Artaud.

Aujourd’hui, ma culture littéraire est un peu plus élargie (mais reste très modeste) et me permet de frotter son œuvre à d’autres productions. Je suis déçue, cette passion adolescente pour Artaud et sa poésie s’est évaporée. Seuls me restent en mémoire certains de ses textes, certains passages. Je suis incapable aujourd’hui d’écouter « Pour en finir avec le jugement de Dieu » sans repousser loin de moi l’appareil électrique de reproduction sonore ( !). Et mine de rien, c’est une grande partie de l’œuvre surréaliste qui me dégoûte aujourd’hui. (J’utilise bien le verbe « dégoûter » !).

Le seul écrivain qui me reste, un descendant perdu sans doute mais original, c’est Olivier Larronde, une sorte de fils spirituel de Jean Cocteau. (J’avais lu son nom quelque part dans une biographie de Cocteau).
Ce grand garçon, poète, mort jeune, un Rimbaud fulgurant, manipulait une langue classique, pure et nette : un phénomène déroutant dans les années 50/60 qui n’avait rien à voir avec toute la poésie que j’avais pu lire avant (peut-être Maurice Scève…).

Rien voilà l’ordre, anagramme de son nom, est un recueil de poèmes éparpillés paru à titre posthume en 1984. Ce jeune homme eut une vie incroyable. Il osa à 17 ans harceler Jean Cocteau pendant des mois afin qu’il donne son avis sur les poèmes du jeune Olivier. Jean Cocteau intrigué et sans doute lassé finit par céder. Une véritable chance que l’audace de cet adolescent car Cocteau fut ébloui et décida d’aider Olivier Larronde à la publication de son premier recueil Les Barricades Mystérieuses en 1946 chez Gallimard. Dans le sillage de Cocteau, Larronde va rencontrer de nombreux personnages littéraires importants de l’époque dont Barbezat, patron de la maison d’édition Arbalète qui deviendra un ami très proche et lui fera rencontrer Jean Genet avec lequel il nouera une profonde amitié.

Né en 1927 et mort en 1965, Larronde fut capable d’écrire des vers magnifiques : « Je voudrais faire l’amour à la mer comme un fleuve » ou encore « Ton silence est un cristal je le brise » et aussi « Je suis plein de papier dans ma cage de verre./ Les oiseaux ont des gants vides, ce sont les miens. ». Très lyrique, il pouvait aussi s’amuser : « A rat qui rit/ Souris qui pleure ».
 
Lisons et relisons Olivier Larronde.

Commentaires

On se retrouve sur votre jugement de l'oeuvre surréaliste...
Je ne connaissais pas Olivier Larronde : merci de nous le faire découvrir.

Écrit par : Rosa | 08 mars 2007

Gare ! Bientôt, nous allons nous tutoyer, Rosa ! Un vrai rapprochement des générations, du concret !

Écrit par : Boulon | 08 mars 2007

Moi non plus je ne connaissais pas Larronde. Bigre, un "Rimbaud fulgurant", je trouvais déjà Rimbaud fulgurant moi!
Petit ajout : si tu tutoies Rosa, je te vouvoierai.

Écrit par : L.Myster | 09 mars 2007

Il a très peu écrit dans sa vie, c'est pour cette raison que je le compare à Rimbaud... Et il est vraiment excellent ! Achète un recueil, tu seras très surpris ! Il y a au choix :
1 : Les Barricades mystérieuses.
2 : L'Arbre à lettres.
3 : Rien voilà l'ordre.

ll a été publié il y a quelques années maintenant un gros livre faisant office d'"oeuvres complètes" de Larronde...

Écrit par : boulon | 09 mars 2007

Je parlerai bientôt d'un autre grand poète rescapé du Surréalisme et que j'admire par dessus tout : René Char ! (je kiffe !).

Écrit par : Boulon | 09 mars 2007

Je sais je suis ringarde dans la blogosphère avec mon vouvoiement...
Pourtant je tutoie plutôt facilement dans la vie...
Enfin comme tu veux Boulon
C'est vrai que sur le Blogue de L.Myster je me sens un peu déplacée au milieu de ses groupies dont les messages clignotent de partout...
Ai-je le droit sur ce blogue de me moquer des groupies de L.Myster que Boulon doit connaître un peu aussi....

Écrit par : Rosa | 09 mars 2007

Les groupies de L. Myster : j'en suis !

Écrit par : Boulon | 09 mars 2007

Oh Rosa , tu exagères! Mais j'avoue que certains messages, bon, euh, j'y reponds gentiment mais... Sauf Boulon, c'est ma groupie préférée! ;-)

Écrit par : L.Myster | 10 mars 2007

En voyant la rubrique "Baguenauder", j'ai été quelque peu surprise. Ce terme n'est-il pas péjoratif ?

Écrit par : Léa | 10 mars 2007

Non, pas du tout, c'est familier certes mais en rien péjoratif... Baguenauder c'est flâner, se promener...

Écrit par : Boulon | 10 mars 2007

Les commentaires sont fermés.