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06 mars 2007

L'avenir maléolent

Roulez jeunesse !

Le pourrissement n’est jamais loin, il guette à peine tapi dans l’ombre dès que la centration s’estompe. L’épée de Damoclès dévorante peut s’abattre d’un instant à l’autre. Elle est là, derrière notre propre épaule, au-dessus de notre tête, l’estoc résolu chatouillant le cœur déjà dilacéré. Il m’est impossible à ce moment d’émerger de ces sordides profondeurs. Dans cet ahurissement bathyal, je rampe vers l’irradiation salvatrice, fuyant la dévoration inquiétante et suréminente. La tristesse mélancolique se dresse.

J’entends un De Profundis latent dans ces moments de dépression, cet état de faiblesse et d’impuissance, je sens l’aspect monolithique de ce cerveau et de tout ce qu’il contient. De plus, le cœur paraît avoir été plongé dans l’azote liquide le cristallisant instantanément et crevant la mécanique, figeant toute volonté d’entraînement. Je suis descendue dans un globe colossal : l’absence de tout frémissement. Plus de plissements, plus de mouvements, plus rien ne règne dans ce vide imposant. Je suis dans une solitude absolutrice et pénible.

Je hais cette situation dans laquelle j’échappe à moi-même. Je n’envisage plus rien, je me sens usée à l’instant précis de l’acmé de cette damnation. Aujourd’hui, je sens bien qu’à l’ère du tout zapping, le bonheur est un impératif, peu importe qu’il soit vide de sens, il n’est pas permis de se laisser aller et l’exaltation hédoniste est la règle absolue. La faiblesse fait de nous un vulgaire gravat.

 Quiconque cède à la tentation de l’examen intérieur est un paradoxe incarné dans cette période de jouissances enchaînées et continuelles. Il suffit de bien regarder les couvertures et les grands titres de certains magazines féminins ou spécialisés dans la psychologie : « Les secrets du bonheur », « comment être heureux », « être toujours en forme », « être toujours zen ». Je hais et je m’énerve ! J’aime glisser parfois dans cette putréfaction passagère faisant de moi un être humain absolument faible, faillible et irrégulier.

Je ne peux pas être toujours heureuse et je m’en sens ravie, je m'éloigne un peu plus de la superficialité généralisée. Cette distinction réfractaire à l’ambiance générale fait de moi un monstre. Un jour, dans cet état que je cultivais certainement, je fis à une personne qui demandait de mes (bonnes) nouvelles, une description de mon état avec une petite touche évidente de romantisme excessif. Cette personne s’empressa de téléphoner à un psychiatre pour comprendre ce qui pouvait bien m’occuper ainsi ! Cette anecdote véridique me permit de réaliser que dans ce monde cochon, nos contemporains ont fait un tabou de toutes les formes de perturbation. Il est interdit de n’être pas heureux sinon c’est la cure psy !

Cette camisole hermétique m’énerve. Relisons Laforgue et ses délicieuses complaintes...

10:45 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Il m'en faudra plus pour m'attirer dans ta chambre...
(Plus serieusement, est ce un pur concour de circonstances ou le signe d'une jeunesse rebelle ?)

Écrit par : J. | 06 mars 2007

Un des signes de ralliement de toute la descendance du Rock'n'Roll, baby !

Écrit par : Boulon | 06 mars 2007

C'est l'une des dérives dont ma gérération : avoir voulu interdire la souffrance...Or la souffrance est incontournable si l'on veut vivre pleinement
Pour notre défense : nos parents considérait la souffrance comme obligatoire, surtout celle qu'ils nous imposaient...
Comment trouver le juste équilibre...

Écrit par : Rosa | 06 mars 2007

Il faut être sain et... sage, à la façon des Anciens ! (encore une fois, je le répète : ils ont tout compris avant nous !)

Écrit par : Boulon | 06 mars 2007

D'où le retour régulier à ces fameux anciens.

Écrit par : L.Myster | 06 mars 2007

bonjour et merci du commentaire laissé sur mon blog.
Au sujet de votre reflexion,rien n'est plus normal,nous sommes ainsi faits, avec nos faiblesses et nos temps d'exhaltation intense.
J'ai connu l'épreuve douloureuse de la guerre civile, dans un tel contexte, tout se relativise, même le temps qui devient un présent permanent comme dans les rêves ou les cauchemards,la douleur,l'idée même de la mort.
La souffrance est le début de la conscience et l'apprentissage d'une certaine sagesse.

Écrit par : gilles | 07 mars 2007

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