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28 février 2007

Epouvantable illation

Ad augusta per angusta

Je n’aime pas les euphémismes : ils sont laids et déformants. L’euphémisme, c’est un voile inutile destiné à ménager les sensibilités névralgiques de jeunes filles trop fragiles et qui s’effarouchent pour un poil de cul jusqu’à en faire des perruques ! Non décidément, l’euphémisme est tiède : je lui préfère mille fois l’exagération tragique, l’hyperbole généreuse et même l’hypotypose fulminante. L’euphémisme est un accessoire ridicule qui permet d’abaisser des sommets grandioses à la nullité d’une plaine désespérante et triste à y mourir.
Il s’agit d’une figure de pensée qui transfuse une réalité jugée difficile et heurtante vers une autre plus lénifiante en la désignant de manière trompeuse et réconfortante. L’euphémisme est un doux bercement pour agneaux et agnelles apeurés du loup trop vilain et rôdant dangereusement. L’euphémisme est un calmant pour névrosés et autres attardés endormis et coquettement accommodés du monde qu’on leur donne à ingurgiter et auquel on a très soigneusement ôté sa saveur piquante.
Il est très intéressant de relever le nombre d’euphémismes au cours d’une soirée mondaine et de les disséquer : ils se logent partout et plus personne ne semble affligé du symbole d’abrutissement qu’ils véhiculent. L’euphémisme est devenu une image d’urbanité incontournable que l’on s’approprie facilement et devient un us aussi courant que n’importe quel autre. Il faut voir l’air important que prennent les gens lorsqu’ils placent un de ces monstres dans leur phrase qui tout d’un coup devient majestueuse comme un cérémonial qu’on exécute avec un soin débordant. Mais l’euphémisme est traître et se dépense sans problème car il y en a toujours de nouveaux qui apparaissent quand certains sont trop éculés : l’on doit s’efforcer d’être neuf, tout de même, sinon c’est la faute de goût et signe de pauvreté langagière : et en soirée, c’est le ridicule assuré. Tâchons d’être pris au sérieux.
Ne dit-on pas : « sans emploi » pour chômeur ? « hôtesse de caisse » pour caissière ? « élève qui doit intensifier ses efforts » pour gros nul qui n’en fout pas une ? « élève bavard » pour p’tit con qui fout le merdier en cours ?  L’euphémisme est le révélateur des mythologies travaillées, sculptées à la mesure de la Bêtise et insidieusement établies dans ce monde. Il est hallucinant de remarquer la perversité d’appareil qui se cache derrière cet usage systématique de cette technique vieille comme Aristote.
 
Comment allons-nous saisir la réalité si l’on décapite les journaux quotidiens de leurs euphémismes ? N’est-il pas plus croustillant de désigner les choses dans leur cruauté ? N’est-il pas plus malin de dénoncer la douleur d’une réalité en plaçant les gens devant sa trivialité et son inhumanité plutôt qu’en les encourageant à croire que « tout va bien, madame la marquise » ? Comment prendre conscience de la gravité d’une situation (dans notre difficile monde actuel et cochon) si l’on use de ces tournures malsaines et s’use dans une grande maniaquerie collective à se voiler la face !
L’euphémisme, s’il était inoffensif, peu m’importerait (et encore !) son maniement excessif. Malheureusement, il est synonyme d’une culture morbide et constitue une autre puissance qui règle au pas la masse de veaux qui nous entoure et dont malheureusement nous faisons partie.
(Alors, à partir de demain je décrète une grève de quarante-huit heures reconductible de l’emploi de l’euphémisme ! Je dis stop à l’euphémisme qui cherche à nous étrangler et faire de nous des robots ! Pauvres de nous !)
 
Voilà un cri vespéral parmi tant d’autres…

22:50 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Vous oubliez la litote, chère amie, la reine des tartufferies...

Écrit par : Rosa | 28 février 2007

Bien sûr, Rosa ! C'est la mise en tropes, ce soir...

Écrit par : Boulon | 28 février 2007

Voilà bien un article que j'attendais sur ce blog! L'euphémisme est une plaisanterie, une aseptisation, une publicité pour maisons préfabriquées en Floride.
Je suis ta grève!

Écrit par : L.Myster | 01 mars 2007

Ben voilà, nous sommes déjà deux ! C'est un bon chiffre, on demandera les chiffres officiels au Ministère de l'Intérieur... On ne sait jamais...

Écrit par : Boulon | 01 mars 2007

La situation s'est encore aggravée depuis ce billet. L'euphémisme, c'est comme les algues vertes qui prolifèrent sous l'effet de la pollution.

Écrit par : Rosa | 28 mars 2014

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