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27 février 2007

La poétique de l'injure

Les podagres acéphales

L’injure c’est l’injustice et l’outrage gratuit. Mille fois plus blessante qu’une gifle, l’injure n’est pas l’insulte car cette dernière est une arme irrespectueuse et méprisante. Dans leur catégorie, l’injure altière est plus hautaine que l’insulte qui se met en lettres et n’instruit pas, malheureusement. L’insulte se crie et se répète, l’injure est plus froide et s’assène magistralement. L’insulte se crache et échange des coups tandis que l’injure viole et ôte le droit de l’esquive. J’en tiens pour preuve que l’injure se profère.
Je distingue l’injure noble et l’insulte sans nuance car ni l’une ni l’autre n’ont la même forme ni la même intériorité. Ce n’est pas la même pénibilité, ça ne s’accueille pas identiquement. En discours, les injures deviennent invectives et ne masquent plus l’énervement.
Je suis une énervée et j’ai souvent l’injure à la bouche : je tranche et domine. J’adore condamner et je me délecte de la contradiction. Souvent, j’affectionne les opposants minoritaires et les radicaux de tout poil : Léon Bloy est un iconoclaste dont je devrais suivre l’exemple. Toutefois, je ne supporte pas les idées étroites et j’estime qu’avoir de larges vues offre une certaine tendance à la discussion riche, parfois emportée et vive. Mais je m’égare. L’important est toujours de bannir cette imbécile ignorance qui de nos jours alimente les idées les plus sottes. Cela malheureusement ne suffit plus : même une prof d’histoire peut être homophobe et antisémite ! Il y a des interprétations de tel ou tel fait historique qu’on déforme et distend à sa guise, selon l’idée qu’on veut défendre, sans « virilité intellectuelle ».
Ce qui me choque encore c’est ce retour étrange des « collectifs » qui m’évoquent toujours ces malheureuses « fermes collectives » aux pires heures de la Russie. Dès que j’entends ce mot idiot, l’injure point au fond de ma gorge et elle n’est pas vulgaire. Je ne pense pas choquer les âmes sensibles en disant que je rejette la doxa dominante. Il me semble d’ailleurs que Bloy défendait l’idée qu’il n’y a pas d’égalité naturelle et qu’on ne pouvait donc en faire un « principe égalitaire » fondateur, et que la fameuse fraternité républicaine n’est que de la philanthropie pour énergumènes attardés. Ses mots sont plus durs dans mon souvenir trop flou mais l’idée est là.

Les descriptions des médiocres dans les œuvres de Bloy sont toujours très significatives comme par exemple ce passage à propos d’un écrivaillon nommé Dulaurier, vous remarquerez comme moi ce parfum d'actualité : « Il faut penser à l’incroyable anémie des âmes modernes dans les classes dites élevées—les seules âmes qui intéressent Dulaurier et dont il ambitionne le suffrage—, pour bien comprendre l’eucharistique succès de cet évangéliste du Rien. » (Le Désespéré, Première partie). Et ça continue trois pages plus loin, toujours à propos de Dulaurier et l'un de ses compères : « C'est peut-être l'effet le moins aperçu d'une dégringolade française de quinze années, d'avoir produit ces dominateurs, inconnus des antérieures décadences, qui règnent sur nous sans y prétendre et sans même s'en apercevoir. C'est la surhumaine oligarchie des Inconscients et le Droit Divin de la Médiocrité absolue. (…) Ils ne sont, nécessairement, ni des eunuques, ni des méchants, ni des fanatiques, ni des hypocrites, ni des imbéciles affolés. Ils ne sont ni des égoïstes avec assurance, ni des lâches avec précision. Ils n'ont pas même l'énergie du scepticisme. Ils ne sont absolument rien. »

Finalement, c’est l’injure aristocratique. Savoureuse !

23:10 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

quel gloubiboulga
et c'est une prof d'Histoire.......
02/20 pour l'encre...

Écrit par : captainwhat | 27 février 2007

Vous êtes généreux : pour l'encre, je mets 1 ou 0,5 généralement !

Écrit par : Boulon | 27 février 2007

Si le Catholicisme revendicateur de Bloy m'indiffère pas mal, j'aime l'ambivalence de ses révoltes. Je me sens souvent trop sociable. Moi tu me fais sourire... Continue!

Écrit par : L.Myster | 28 février 2007

Les commentaires sont fermés.