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18 février 2007

Pituiteux et empyréens


Si j’écrivais ces mots au tableau ou si je les plaçais dans une phrase en cours, il y aurait toujours une majorité d’élèves pour demander : « c’est français M’dame ? ».
Oui, c’est français ! « …et je trouve que cela vous désigne parfaitement ! ». Tout comme la conjugaison du passé simple ou celle du subjonctif imparfait, comme l’adverbe continûment (préférable à continuellement), etc. sont français !
Tous les jours, j’ai le droit à des mines allongées d’étonnement et d’interrogation. Quelques-uns notent sur le coin d’une feuille ce qu’ils apprennent lorsque je fais des petites digressions, les autres s’en contrefichent et ne comprennent toujours pas l’intérêt d’étudier les règles d’accord du participe passé ou de l’organisation d’un commentaire composé. J’ai beau leur répéter qu’une langue correctement exploitée et utilisée facilite largement l’organisation de ses propres idées et opinions et rend aisée leur formulation. Connaître sa langue c’est aussi comprendre ce qui se cache derrière et pouvoir en manier toutes les subtilités. Les cours de français, c’est aussi de la culture générale, c’est enrichir ses connaissances et être capable de suivre une discussion lors de dîners mondains, par exemple. C’est aussi essayer d’avoir le goût de la lecture, et acquérir cette fameuse « curiosité universelle » dont parlait Diderot. Bref, les cours de français, c’est se donner les moyens de réfléchir sur tout et rien, sur ce qui nous entoure et ce que nous propose le monde. Les cours de français sont utiles pour aiguiser son jugement.

Je me demande pourquoi ils refusent d’apprendre et préfèrent ingérer les déjections télévisuelles et d’internet ? En fait, je pense que je garde mes souvenirs de bonne élève, curieuse et lectrice. J’enseigne en me projetant à leur place : j’étais passionnée et toujours agréablement surprise d’apprendre… et aussi en privé catho.
Je ne peux évidemment pas demander à toute une classe de trente ados d’être disciplinés, attentifs, bien élevés, travailleurs, curieux, intelligents, sachant s’exprimer dans une langue correcte, contents de venir en cours, ayant toujours des notes aux alentours des dix-huit… Non ! C’est impossible : et puis, ce que je m’ennuierais si j’avais une telle classe ! Non, surtout que rien ne change et que je me résolve à la nullité d’une minorité à la traîne, la médiocrité de la majorité et l’intérêt d’une petite élite formée de deux ou trois élèves par classe !

Oui, la médiocrité est la nouvelle culture, elle est portée au rang de la réussite. Il suffiit pour cela de corriger des épreuves de français au brevet des collèges ou au baccalauréat pour s’apercevoir qu’il ne faut pas être exigeant et les maintenir dans un certain confort.

Lorsque les générations qui arrivent ne sauront plus s’exprimer, elles n’auront plus les moyens de penser, et certainement pas les moyens d’accepter ou refuser le monde qu’on leur propose…

10:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

« …et je trouve que cela vous désignent parfaitement ! »

désignent madame la prof de français ?
J'aurais écris "désigne".
Une faute d'inattention certainement...
Je vous embrasse.

V.

Écrit par : Venus | 18 février 2007

Je crois que vous avez parfaitement mis le doigt sur l'origine de votre problème
"ancienne bonne élève"
Essayez de l'oublier ! Essayez de voir d'autres qualités chez vos élèves pour vous sentir en situation de les estimer et de les apprécier
Attention de ne pas vous enfermer dans le mépris
Tous les collègues méprisants (Ils sont tous nuls) avaient des problèmes de fonctionnement avec leurs classes
Moi qui avait été par le passé une "élève à problèmes", je peux dire que l'expérience de ces difficultés m'a énormément servi

Écrit par : Rosa | 18 février 2007

Je ne montre aucunement mon mépris aux élèves ; j'imagine qu'il n'y a rien de pire pour compliquer les rapports avec eux et pour les braquer et les écoeurer définitivement du français.
C'est surtout à la fin d'un cours que je sens le fossé, lorsque la sonnerie retentit, je me demande ce que je viens de leur apprendre et je me demande pourquoi ils l'ignoraient ou ne l'avaient pas compris...
Mais, en règle générale, je crois que les élèves m'apprécient, je les écoute, ils se confient et ils savent à peu près ce que j'attends d'eux... ils l'acceptent très bien.

Écrit par : Boulon | 18 février 2007

Analyse d'une classe de quatrième en ZEP: aujourd'hui, ce qui fait qu'on est respecté c'est de parler vulgaire, n'avoir aucune culture et s'habiller déchiré. Eh oui, en plus ils le revendiquent, alors on est pas sortis de l'auberge.
Merci pout ton commentaire sur mon blog.

Écrit par : mot a mot | 18 février 2007

Et oui. Même les profs de français font des fautes d'inattention...(Il est plus facile de se corriger sur une feuille que sur un écran)

Écrit par : Boulon | 18 février 2007

Bravo pour votre blog et merci pour vos commentaires sur le nôtre !

Écrit par : Le Hussard | 18 février 2007

c'est tout à fait bien vu...
mais quel dommage que ce constat
consternant autant que navrant !!!

Écrit par : bernard | 19 février 2007

Les commentaires sont fermés.