Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08 décembre 2013

Silence.

crâne,cigarette,van gogh, post-impressionisme

Taceo.

10:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)

19 décembre 2008

Danger !

jpkpolice.jpg

Quand la police censure deux photographes de l'AFP

L'intersyndicale et la société des journalistes (SDJ) de l'Agence France presse ont publié mercredi des communiqués pour protester après que deux de ses  journalistes ont été empêchés de travailler, mardi, par des CRS et des policiers. Les deux photographes suivaient une manifestation lycéenne de faible ampleur dans le centre de Lyon. "Dès le début, raconte Jean-Philippe Ksiazek, des gradés nous ont dit qu'on ne pouvait pas faire de photos cette fois, que c'était interdit. J'ai montré une carte de presse et une policière a pris toute mon identité, très longuement, puis elle m'a dit de me tenir à l'écart car c'était interdit de photographier, pour des questions de droit à l'image des policiers"...

La cinquantaine de lycéens se trouvant place Bellecour a ensuite été chargée par les CRS. "J'ai alors fait mon métier", poursuit le photographe. Mais un policier lui aurait fait une clef de bras pour le conduire à une voiture. Le deuxième photographe, Frédéric Dufour, également salarié de l'AFP, s'est retrouvé dans le même temps bloqué contre un mur, une matraque sous le cou. "Ils m'ont demandé mon appareil, continue Jean-Philippe Ksiazek. J'ai bien sûr refusé. Ils me l'ont arraché et ont effacé les photos et la disquette".

Pour l'intersyndicale (CFDT, CGC, FO, SAJ-Unsa, SNJ, CGT et Sud) de l'AFP, il s'agit d'un "acte de censure intolérable dans une démocratie" et d'une "atteinte grave à notre mission et au droit à l'information pour tous les citoyens". (...) Le comportement des policiers, juge-t-elle, "n'est que le reflet d'une volonté, au plus haut niveau, d'étouffer les mouvements sociaux et leur retransmission dans les médias". L'intersyndicale appelle la direction de l'AFP à "déposer une plainte contre ces agissements qui portent atteinte à la liberté de travailler".

Dans un communiqué séparé, la SDJ "s'inquiète de ces énièmes entraves à la liberté de la presse, à un moment où s'accumulent les pressions de responsables politiques de tous bords envers les journalistes".

Olivier BERTRAND

 

http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2008/12/quand-la-police.html

24 octobre 2007

N'être qu'un mort...

Ah ! ce bruit affreux de la vie !   
Et que dormir serait meilleur   
Dans la terre où le caillou crie   
Sous la bêche du fossoyeur !  

Le soleil a toute ma haine ;   
Je suis rassasié de voir    
Sa lumière quotidienne   
Se rire de mon désespoir.  

Ah ! pouvoir donc enfin m'étendre   
Dans le seul lit où l'on soit seul,   
Et dans l'ombre attentive entendre   
Les vers découdre mon linceul !  

Et, quand en moi l'être qui pense   
Sera dissous lui-même, alors,   
Au coeur de l'éternel silence   
N'être qu'un mort entre les morts !  

   

 Charles GUÉRIN, L'homme intérieur

25 septembre 2007

Toujours là

67e721fab29e16d4718a324105ea255a.jpg
 
Le Triomphe de la mort, G. Borlone (détail)
 
Les années passent, les niveaux baissent mais tout va très bien ! 

08:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

11 juillet 2007

Soleil noir

dc684b5cb4a88af80917763427a78a4b.jpg

 

Baudelaire a toujours été une lecture rassurante pour moi.

12:05 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Littérature

06 avril 2007

L'ineptie consiste à vouloir conclure

1850. Flaubert écrit à Louis Bouilhet de Damas :

« J’ai lu à Jérusalem un livre socialiste (Essai de philosophie positive, par Auguste Comte). Il m’a été prêté par un catholique enragé, qui a voulu à toute force me le faire lire afin que je visse combien, etc. J’en ai feuilleté quelques pages : c’est assommant de bêtise. Je ne m’étais du reste pas trompé. Il y a là dedans des mines de comique immenses, des Californies de grotesque. Il y a peut-être autre chose aussi. Ça se peut. Une des premières études auxquelles je me livrerai à mon retour sera certainement celle de toutes ces déplorables utopies qui agitent notre société et menacent de la couvrir de ruines. Pourquoi ne pas s’arranger de l’objectif qui nous est soumis ? Il en vaut un autre. À prendre les choses impartialement, il y en a eu peu de plus fertiles. L’ineptie consiste à vouloir conclure. Nous nous disons : mais notre base n’est pas fixe ; qui aura raison des deux ? Je vois un passé en ruines et un avenir en germe ; l’un est trop vieux, l’autre est trop jeune. Tout est brouillé. Mais c’est ne pas comprendre le crépuscule, c’est ne vouloir que midi ou minuit. Que nous importe la mine qu’aura demain ? Nous voyons celle que porte aujourd’hui. Elle grimace bougrement et par là rentre mieux dans le romantisme.
(…)    Oui, la bêtise consiste à vouloir conclure. Nous sommes un fil et nous voulons savoir la trame. Cela revient à ces éternelles discussions sur la décadence de l’art. Maintenant on passe son temps à se dire : nous sommes complètement finis, nous voilà arrivés au dernier terme, etc., etc. Quel est l’esprit un peu fort qui ait conclu, à commencer par Homère ? Contentons-nous du tableau ; c’est aussi bon. »

Et quelques jours plus tard d’Athènes :
«La loi sur la correspondance des particuliers par voie électrique m’a étrangement frappé. C’est pour moi le signe le plus clair d’une débâcle imminente. Voilà que par suite du progrès, comme on dit, tout gouvernement devient impossible. Cela est d’un haut grotesque que de voir ainsi la loi se torturer comme elle peut et se casser les reins à force de fatigue, à vouloir retenir l’immense nouveau qui déborde de partout. Le temps approche où toute nationalité va disparaître. La "patrie" sera alors un archéologisme comme la "tribu". Le mariage lui-même me semble vigoureusement attaqué par toutes les lois que l’on fait contre l’adultère. On le réduit à la proportion d’un délit. »
 
 
Flaubert et de Musset ont partagé le lit d'une maîtresse commune : Louise Colet. Dans un style différent, ils se rejoignent et semblent se marrer de ces fameux "désirs d'avenir" qui ont pourri le XIXème siècle. Le pire est que ça continue au XXIème !
 

22 mars 2007

Pardon

medium_grunewald.jpg

07:22 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (19)

20 mars 2007

La dévoration du vide

L’angoisse

Je ressens toujours une angoisse lorsque, entrant chez des gens, je remarque l’absence abyssale de livres. Bien souvent d’ailleurs, la place sur les étagères est occupée par des DVD ou CD. C’est ce qui m’est arrivé ce weekend, ma copine et moi étions invitées chez nos voisins, parents de deux enfants de cinq et deux ans.

L’ameublement est minimal, les murs nus : jusque là, je trouvais cela au premier regard surprenant mais compréhensible. Et puis la petite visite de l’appartement se déroule, le salon comprend une table basse (aucune revue ou journal) et un canapé placé devant un écran plat pendu au mur entouré de grandes enceintes avec sur la droite une immense tour de DVD : je remarque l’absence de photos, tableaux et cadres sur les murs. Nous continuons la visite, cuisine moderne, salle de bain moderne aussi. Enfin, nous découvrons les chambres : un grand lit et un bureau avec ordinateur dernier cri. Pas de table de nuit, pas de livres… Les chambres d’enfants sont grandes, les caisses sont remplies de jouets, les housses de couettes, les rideaux ont les motifs de SpiderMan ou Dora l’exploratrice. Je suis frappée par le peu de livres pour enfants : c’est à ce moment que monte l’angoisse.

Le vide, le néant m’effraie : bien plus lorsqu’il s’agit des livres. J’avais l’impression d’être chez des « morts ». Je comprends, j’admets que certaines personnes ne lisent jamais ou très peu. Une maison dans laquelle aucune lecture n’est possible est un cimetière, tout du moins, c’est ainsi que je la vois. Le livre est synonyme de vie, de liberté : même si on ne les ouvre pas, les livres sont nécessaires dans une maison, c'est pour moi ce qui en fait un lieu de vie. Je n'aime pas la Mort.

Je ne sais quoi en penser, finalement.
 
medium_mort-sculpt2.jpg
 

18 mars 2007

Détails

La politique et la poésie (II)
 
medium_triomphe_inconnu2.2.jpg


La pensée de Maistre, Rivarol et Louis de Bonald ont influencé la vision de l’histoire de Michelet, Augustin Thierry, Guizot, Gobineau, Maurras, Lamennais, (Lamartine) mais qu’en est-il de la pensée sociale et de l’héritage des Lumières ?

A la fin du XVIIIème, Condorcet, dans l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain est convaincu que le progrès de la science aboutit au bonheur de l’esprit : une belle utopie. Sébastien Mercier, lui, publie le premier roman d’anticipation français, L’An 2440, qui prend un caractère prophétique également.

Dans le domaine scientifique, Auguste Comte en 1830 et Frédéric Le Play en 1855 jettent les bases de la sociologie et des sciences sociales en général sans se priver de jouer les prophètes au passage. Les sciences deviennent les religions de l’avenir : il s’agit d’éduquer la masse d’ouvriers et la libérer du sentiment religieux catholique. Ces philanthropes, souvent socialistes, laïcs, utopistes, communistes prétendent transformer les mentalités et viser la dictature du prolétariat afin de faire de la solidarité sociale la nouvelle religion. C’est Leroux en 1840 avec De l’humanité, son principe, son avenir, c’est Villermé la même année avec Tableau physique et moral des ouvriers, c’est Proudhon en 1851 avec L’Idée générale de révolution au XIXème siècle et Marx-Engels avec Le Manifeste du Parti communiste en 1848 : la pensée « humanitaire » et idéaliste se répand.

C’est une époque étrange de l’histoire littéraire du siècle : Fourier en 1835 fait paraître La Fausse Industrie, dans lequel il affirme que la morale se libère dans l’assouvissement des passions et critique allègrement ce qu’il pense être fausses et contre-morales régissant la société : il invente la morisophie (science des mœurs). En littérature, les Romantiques ne sont pas spécialement des acharnés de la défense du peuple, ce qui rend donc possible la naissance du roman social et des romans « populistes » entre 1840 et 1870 avec Hector Malot, Sand, Féval et Vallès. Ce mélange de sciences et de pensées sociales nourriront Zola.

Toutefois, à la fin d’un XIXème foisonnant, se croisent plusieurs courants réactionnaires.
Edouard Schuré en 1889 dans son ouvrage Les Grands Initiés critique la Science et prône le retour au règne de l’Esprit : cette forme de « réaction » est plutôt philosophique.
Bloy, électron libre, réactionnaire catholique, incarne la pensée religieuse et critique le Bourgeois et la pensée agnostique et l’athéisme répandus comme une traînée de poudre dans la population. Il se développe également un courant réactionnaire régionaliste comme par exemple le Félibrige, en Provence, de Frédéric Mistral : en effet, le patrimoine culturel et identitaire de certaines régions se trouve menacé par l’avancée uniformisante d’un pays aux pouvoirs centralisés. Enfin, il naît une contre-révolution, réaction nationaliste soutenue par Maurras et alimentée par un groupe très actif et noyau dur de l’Action Française.
 
Lisons Maurras : « Le nationalisme réagit contre l’égoïsme du vieux parti républicain, en même temps qu’il réagit contre l’indifférence de ce parti aux grands intérêts nationaux. Un nationaliste conscient de son rôle admet pour règle de méthode qu’un bon citoyen subordonne ses sentiments, ses intérêts et ses systèmes au bien de la patrie. Il sait que la patrie est la dernière condition de son bien-être et du bien-être de ses concitoyens. Tout avantage personnel qui se solde par une perte pour la patrie lui paraît un avantage trompeur et faux. Et tout problème politique qui n’est point résolu par rapport aux intérêts généraux de la patrie lui semble un problème incomplètement résolu. Le nationalisme impose donc aux questions diverses qui sont agitées devant lui un commmun dénominateur, qui n’est autre que l’intérêt de la nation. Comme pour ce Romain dont parlait Bossuet, l’amour de la patrie passe en lui toute chose. »
 
Maurras sympathisera dans les années trente avec un régime fasciste !
 
…/… à suivre.

16 mars 2007

L'ampoule poétique de la Réaction

La politique et la poésie (I)

Il n’est pas grossier d’associer ces deux concepts : certains poètes expriment leurs idées dans leurs écrits : de Staël, Baudelaire, de Musset, Hugo, Flaubert, Tardieu, etc.
J’imagine que des thèses ont dû être écrites sur le sujet : rappelons-nous que le dix-neuvième siècle est le siècle de grands bouleversements politiques, la nation française se cherche après la Révolution, la Terreur et l’Empire. Les révolutions industrielles et la condition des ouvriers vont enfanter le socialisme et toutes sortes d’idées « humanitaires ». C’est aussi le siècle des Réactionnaires, des Royalistes, des Ultras, des anarchistes, des Légitimistes, etc., un siècle d’instabilités politique et sociale…

Les écrivains observent, et parmi eux des poètes, et si tous portent un regard critique sur le monde de leurs contemporains, certains n’hésitent pas à l’exprimer dans certains de leurs textes. L’influence de Louis de Bonald et de Joseph de Maistre —voire de Chateaubriand— n’est pas absente de l’œuvre baudelairienne.
Alfred de Musset publie en 1850 Poésies nouvelles : le poème intitulé « Dupont et Durand », à l’intérieur duquel il moque deux écrivaillons animés de grands sentiments pour le bien de l’humanité, est un texte extrêmement satirique et terriblement actuel (Musset était-il un voyant ?). Voici un passage : Dupont dit à Durand :


« L’univers, mon ami, sera bouleversé,
On ne verra plus rien qui ressemble au passé ;
Les riches seront gueux et les nobles infâmes ;
Nos maux seront des biens, les hommes seront femmes,
Et les femmes seront tout ce qu’elles voudront.
Les plus vieux ennemis se réconcilieront,
Le Russe avec le Turc, l’Anglais avec la France,
La foi religieuse avec l’indifférence,
Et le drame moderne avec le sens commun.
De rois, de députés, de ministres, pas un
De magistrats, néant ; de lois, pas davantage.
J’abolis la famille et romps le mariage ;
Voilà. Quant aux enfants, en feront qui pourront.
Ceux qui voudront trouver leurs pères chercheront.
Du reste, on ne verra, mon cher, dans les campagnes,
Ni forêts, ni clochers, ni vallons, ni montagnes
Chansons que tout cela ! Nous les supprimerons,
Nous les démolirons, comblerons, brûlerons.
Ce ne seront partout que houilles et bitumes,
Trottoirs, masures, champs plantés de bons légumes,
Carottes, fèves, pois, et qui veut peut jeûner,
Mais nul n’aura du moins le droit de bien dîner.
Sur deux rayons de fer un chemin magnifique
De Paris à Pékin ceindra ma république.
Là, cent peuples divers, confondant leur jargon,
Feront une Babel d’un colossal wagon.
Là, de sa roue en feu le coche humanitaire
Usera jusqu’aux os les muscles de la terre.
Du haut de ce vaisseau les hommes stupéfaits
Ne verront qu’une mer de choux et de navets.
Le monde sera propre et net comme une écuelle ;
L’humanitairerie en fera sa gamelle,
Et le globe rasé, sans barbe ni cheveux,
Comme un grand potiron roulera dans les cieux.
Quel projet, mon ami ! quelle chose admirable !
A d’aussi vastes plans rien est-il comparable ?
Je les avais écrits dans mes moments perdus.
Croirais-tu bien, Durand, qu’on ne les a pas lus ?
Que veux-tu ! notre siècle est sans yeux, sans oreilles
Offrez-lui des trésors, montrez-lui des merveilles
Pour aller à la Bourse, il vous tourne le dos.
Ceux-là nous font des lois, et ceux-ci des canaux ;
On aime le plaisir,l’argent, la bonne chère ;
On voit des fainéants qui labourent la terre ;
L’homme de notre temps ne veut pas s’éclairer,
Et j’ai perdu l’espoir de le régénérer.
»

 .../... à suivre ce soir ou demain.

15 mars 2007

Sombres abîmes

Je me frotte jusqu’au sang à ton silence et ton indifférence, my love, depuis quelques jours. De nouveau, après une semaine paisible, tu retrouves tes défauts abominables, les pires que je te connaisse, qui s’accentuent pour ma douleur involontaire. J’ai en aversion cette odieuse manie, la tienne, de provoquer  la répétition de ce que j’abhorre.

Nous nous éloignons. Je ne veux pourtant pas t’exécrer.

L'aquilon du désespoir

Je me sens diminuée, affaiblie, fatiguée, épuisée, abattue.

14 mars 2007

Une honteuse blessure

« La tolérance ? Il y a des maisons pour cela ! »

Paul Claudel

Les mots sont suspects.

Mon ire a désigné sa cause dans la faillite de la langue. Je veux parler de cette grande langue française défendue et illustrée par les rigolos de La Pléiade, par Montaigne, Maurice Scève, Bossuet, Racine, Diderot, Montesquieu, Lamartine, Vigny, Bloy, Apollinaire, Proust, etc. Les siècles précédents ont été féconds et riches de littérature sans cesse renouvelée, imaginative, puissante et rayonnante. Au point même que, ne l’oublions pas, la langue française fut considérée pendant quelques siècles à travers l’Europe comme une langue supérieure, élégante et intarissable. Dans certaines cours, y compris dans des pays ennemis de la France, le français était la langue officieuse, parfois officielle, tout du moins une langue nécessaire à qui voulait être ou paraître un bel esprit. Rayonnante, irradiante, cette belle langue tant admirée et nourrie de latin et de grec fut celle qui engendrait une grande et majestueuse littérature. Elle devînt la langue de la diplomatie internationale : non pas innocemment mais bien parce qu’elle offre un champ inépuisable de possibilités et de nuances.

Il est effrayant aujourd’hui de constater à quel point le français évolue, je tenterais même « s’appauvrit ». Dans mon précédent billet, je parlais du respect, je tentais de le ramener à une définition précise. Mal m’en prit ! Qui fait la différence entre « respect » et « tolérance » aujourd’hui ? J’ai pu remarquer que souvent les deux allaient ensemble, comme un couple impérissable et foudroyant. Je vais tenter une interprétation toute personnelle, qui m’attirera des foudres d’injures mais tant pis, je me dois d’être intolérante concernant la défense et l’illustration de la langue française.

Orwell démontre très bien dans ce livre (ma deuxième bible) 1984 (édité en 1948 après les périodes totalitaires et sanglantes de Staline, Mussolini et Hitler !) comment la langue se pervertit et se transforme au point d’empêcher la masse de penser et de sentir : les idées s’expriment par des mots, sans les mots, vous n’avez pas d’idées ; sans idées, vous n’avez aucun moyen de réfléchir et de juger ; sans jugement, vous êtes incapables de vous révolter : vous êtes alors mûr pour vivre sans problème dans une pure dictature muselant sans l’usage de violence toutes les oppositions, toutes les révoltes : il n’y a donc aucune liberté d’expression.

Ce livre ne fut pas écrit au hasard. Orwell avait certainement lu Victor Klemperer : un universitaire linguiste allemand, âgé d’une cinquantaine d’année sous la montée du nazisme. D’origine juive, il ne peut prétendre à continuer d’enseigner (il est interdit de séjour dans les bibliothèques également) : il prend donc la décision de tenir des carnets intimes dans lesquels il note, relève, analyse, constate, dissèque tous les mots ou expressions pervertis par la propagande nazie. Les sous-fifres hitlériens manipulent la langue et les mots qui la constituent, en créent de nouveaux, afin de faciliter les esprits dans l’acception des pires horreurs : le peuple allemand ne doit pas se révolter. Cette nouvelle langue, Klemperer l’appelle la L.T.I ( la Lingua Tertii Imperii c’est-à-dire, la Langue du Troisième Reich), nouvelle langue au service de l’horrible violence nazie. Plus précisément, le fameux linguiste, fin connaisseur de la littérature française, remarque que les mots ne désignent plus ce qu’ils devraient désigner ; un mot renvoie à une autre réalité. Ainsi, le pouvoir odieux peut mieux s’infiltrer dans les esprits et manipuler à la source les idées : toute possibilité de lutte, d’insurrection est tuée dans l’œuf, le peuple est soumis. Cette idée n’était pas nouvelle puisqu’avant Hitler, Staline avait déjà eu l’idée.

Il est frappant de remarquer chez nos contemporains combien la langue semble se pervertir également. J’en ai fait la démonstration avec le mot « respect » ; il semble que le même phénomène s’instaure avec d’autres mots ressassés à longueur de journées et en particulier le mot tolérance. Ces mots nouveaux, désignant d’autres réalités qu’il ne faudrait ne relèvent pas d’une simple évolution de la langue propre à toutes les langues, je parle d’une accélération précise depuis à peine une décennie, véhiculée par la publicité en premier chef mais aussi par les politiques et surtout ces horribles media toujours disposés à vendre de la publicité. « Tolérance » désigne ce que l’on admet alors que l’on aurait le pouvoir et le droit de l’empêcher. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais m’offusquer lorsque l’on me crache ce mot à la figure alors que j’ai quand même le droit de réfléchir et de m’opposer à une idée ou un concept ou une situation. Je n'ai absolument pas à avaler tout cru sans m'interroger n'importe quelle idiotie que l'on voudrait me faire avaler : je refuse que l'on m'empêche de penser.

Je ne sais plus qui disait que la tolérance était une charité de l’intelligence…

 

à suivre : la pauvreté de la littérature contemporaine ? 

11 mars 2007

La quérulence des saltimbanques

Nous ne parlons pas la même langue.

« Nous avons vu que ce monstrueux amas de chimères n’est pas sorti tel qu’il est de la tête des hommes; il s’est formé par degrés : l’ignorance grossière en a été la base. »

Fontenelle

J’ignorais l’autre versant du respect. Il existe –j’en ai eu la preuve hier- une infrangible dictature de la langue des pauvres qui veulent nous imposer le respect à longueur de journées. Combien de fois pouvons-nous entendre ou lire ce mot en une seule journée ? Ce mot est désincarné à force de répétitions bégayantes et dénuées d’intérêt. Cette battologie effrayante et inesthétique me pousse à l’énervement. Que peut produire un mot asséné continuellement par tous et pour tous comme des coups de marteaux sonores et sans intérêt constructif ? Nous pouvons légitimement nous interroger : le respect est-il la nouvelle religion ?

Hier soir, je n’ai pas regardé la télévision mais je l’ai entendue gerber ses inepties fatigantes avant de m’isoler définitivement au lit avec un livre généreux. Il s’agissait de fêter les « Victoires de la musique » (j’ai déjà beaucoup de mal à accepter cet étrange concept consistant à faire avaler un peu plus de Bêtise à des cerveaux disponibles, la bouche béante et baveuse.) sur une chaîne du service public : quel service rend l’Etat ? Réciter le respect comme un verset biblique ?

En une demi-heure, j’ai entendu le mot respect une bonne vingtaine de fois, chaque participant ravi d’en user et d’y mettre sa petite touche. Nous étions visiblement entre gens bien-pensant, et persuadés d’être dans la subversion bienfaitrice et pourtant mortifère. A force de vouloir nous imposer le respect, n’est-ce pas le résultat inverse qui sera obtenu : un mépris arrogant ? Le respect ressassé me semble plutôt synonyme d’admiration forcée dans la bouche de ces monstres imbéciles (ne dit-on pas forcer le respect ?). Un porte-respect est une arme qui justement tient en respect un personnage dont l’on voudrait se défendre !
 
Chacun des saltimbanques et troubadours hurlant dans le poste hier soir avait l’air de cultiver une insolente insurrection très convenue, très convenable : il est de bon ton aujourd’hui d’être un insurgé ou un résistant (notez une fois de plus la désincarnation de ce dernier mot lancé à tout-va pour signer un acte de soi-disant bravoure avec soixante-ans de retard…) Bref ! J’en étais dépitée et je déteste que l’on m’impose quoi que ce soit à part peut-être les règles fondatrices d’une urbanité distinguée et nécessaire qui m’inscrit dans l’humanité délicate. Mais au fait, le respect, qu’est-ce ?

Il y a le respect que l’on éprouve naturellement et le respect qu’un tyran impose à un soumis. Le respect synonyme d’hommages et d’égards polis que l’on présente à une personne que nous trouvons digne de considération. Dans ce cas, le respect répond à une conviction personnelle, un choix intime, une volonté libre : je suis et reste libre de juger qui ou quoi suscite mon respect. Nous abordons dans cette définition un versant du sens de respect qui est nettement plus productif et efficace : le respect est une force agissante et positive.

Il y a l’autre aspect de respect, le respect passif et obligatoire : le respect imposé, le respect de la force, le respect conformiste. Le respect serait alors une flatterie nécessaire et inévitable. N’avons-nous jamais entendu parler de ces jeunes qui brandissent du respect perpétuellement et en font un synonyme de soumission à la loi du plus fort, la loi de la jungle ? C’est ce respect que j’ai entendu hier soir et qui me révolte. Celui qui force la vénération, la révérence qui deviendrait subitement un dû. Je pourrais résumer les propos des clowns grotesques d’hier par « Respecte-moi ou crains-moi ». Le respect devrait être tout d’un coup le sentiment au monde le mieux partagé. Je n’ai pas le droit de griffer une pensée au nom du sacro-saint respect, règle religieuse à laquelle je dois me plier sans réfléchir. Je m’émancipe.

Je choisis alors l’irrespect.

08 mars 2007

Paraclet jouissif

Verbigération perpétuelle vs poésie lyrique

Antonin Artaud ne trouvant plus dans la langue les mots pouvant exprimer son état en inventa d’autres souvent proches de l’onomatopée obscure. Dans ces glossolalies transperce le cri d’un homme fragmenté. A chaque cri répond une particule de son corps. Ce personnage étrange au langage amaurotique m’a fascinée entre 16 et 17 ans : j’avais toujours dans ma poche ce recueil L’ombilic des limbes suivi du Pèse-nerfs (Gallimard, Poésie, nrf) que je connaissais presque par cœur. La lecture de Van Gogh suicidé de la société me déchira, son Héliogabale tout autant. Je sentais comme un prolongement de sa pensée en mon être. Dans le malaise adolescent, j’avais trouvé en Artaud la formulation de mes émotions, de mes pensées : je m’identifiais à tel point que j’étais capable de réciter des pages entières sur feuille pendant les longues heures de cours de sciences en Terminale. La découverte d’Artaud me poussa à mener l’enquête sur les Surréalistes, sur Breton (je voulais savoir pourquoi Breton et Artaud s’étaient brouillés), sur Aragon, Desnos et toute la clique… Ce fut une période bouillonnante de recherches pointues, de lectures effrénées, d’interrogations palpitantes. Je dévorais tous les articles, tous les livres qui citaient de près ou de loin le nom d’Artaud.

Aujourd’hui, ma culture littéraire est un peu plus élargie (mais reste très modeste) et me permet de frotter son œuvre à d’autres productions. Je suis déçue, cette passion adolescente pour Artaud et sa poésie s’est évaporée. Seuls me restent en mémoire certains de ses textes, certains passages. Je suis incapable aujourd’hui d’écouter « Pour en finir avec le jugement de Dieu » sans repousser loin de moi l’appareil électrique de reproduction sonore ( !). Et mine de rien, c’est une grande partie de l’œuvre surréaliste qui me dégoûte aujourd’hui. (J’utilise bien le verbe « dégoûter » !).

Le seul écrivain qui me reste, un descendant perdu sans doute mais original, c’est Olivier Larronde, une sorte de fils spirituel de Jean Cocteau. (J’avais lu son nom quelque part dans une biographie de Cocteau).
Ce grand garçon, poète, mort jeune, un Rimbaud fulgurant, manipulait une langue classique, pure et nette : un phénomène déroutant dans les années 50/60 qui n’avait rien à voir avec toute la poésie que j’avais pu lire avant (peut-être Maurice Scève…).

Rien voilà l’ordre, anagramme de son nom, est un recueil de poèmes éparpillés paru à titre posthume en 1984. Ce jeune homme eut une vie incroyable. Il osa à 17 ans harceler Jean Cocteau pendant des mois afin qu’il donne son avis sur les poèmes du jeune Olivier. Jean Cocteau intrigué et sans doute lassé finit par céder. Une véritable chance que l’audace de cet adolescent car Cocteau fut ébloui et décida d’aider Olivier Larronde à la publication de son premier recueil Les Barricades Mystérieuses en 1946 chez Gallimard. Dans le sillage de Cocteau, Larronde va rencontrer de nombreux personnages littéraires importants de l’époque dont Barbezat, patron de la maison d’édition Arbalète qui deviendra un ami très proche et lui fera rencontrer Jean Genet avec lequel il nouera une profonde amitié.

Né en 1927 et mort en 1965, Larronde fut capable d’écrire des vers magnifiques : « Je voudrais faire l’amour à la mer comme un fleuve » ou encore « Ton silence est un cristal je le brise » et aussi « Je suis plein de papier dans ma cage de verre./ Les oiseaux ont des gants vides, ce sont les miens. ». Très lyrique, il pouvait aussi s’amuser : « A rat qui rit/ Souris qui pleure ».
 
Lisons et relisons Olivier Larronde.

07 mars 2007

Vêpres abouliques

Mes imperfections

Je lutte contre une inquisition bien-pensante qui craint encore pour l’humanité dans une grande volonté bienveillante : l’homosexualité est un problème, elle n’engendre pas, c’est l’anormalité. Cette Terre sur laquelle il y a bien trop de monde (population multipliée par six en un siècle !), nous devrions nous réjouir pour elle de l’homosexualité stérile qui préserve d’un avenir incertain des enfants innocents.

Il y a encore peu de temps être homosexuel (notez bien la composition du mot : homo : semblable et sexuel : le sexe est sale !) c’était être bon pour la camisole en hôpital psychiatrique. Comme si les homos ne passaient leur temps qu’à penser au sexe : c’est débile et je préfère encore le mot inverti, bien plus joli, vieilli, rare et très proustien, délicieusement.

L’autre imperfection détestable est la cigarette : « je fume au nez des dieux, de fines cigarettes ». Vous imaginez le profond désespoir qui m’envahit ce 1er février 2007 : obligée d’aller sur le trottoir pour céder à la tentation savoureuse : j’étais si bien dans ma salle de prof fumeur ! Il est très mauvais genre de fumer en général, bien plus pour une femme, en particulier. Je n'ai pas envie de vivre dans un monde aseptisé : je hais.

 Au nombre de mes faiblesses, j’oublie la plus importante, la meilleure : ma solitude et ce goût frénétique pour le silence...

06 mars 2007

Contemporaine oaristys

medium_meurtregood.jpg
Que choisir ? 

L'avenir maléolent

Roulez jeunesse !

Le pourrissement n’est jamais loin, il guette à peine tapi dans l’ombre dès que la centration s’estompe. L’épée de Damoclès dévorante peut s’abattre d’un instant à l’autre. Elle est là, derrière notre propre épaule, au-dessus de notre tête, l’estoc résolu chatouillant le cœur déjà dilacéré. Il m’est impossible à ce moment d’émerger de ces sordides profondeurs. Dans cet ahurissement bathyal, je rampe vers l’irradiation salvatrice, fuyant la dévoration inquiétante et suréminente. La tristesse mélancolique se dresse.

J’entends un De Profundis latent dans ces moments de dépression, cet état de faiblesse et d’impuissance, je sens l’aspect monolithique de ce cerveau et de tout ce qu’il contient. De plus, le cœur paraît avoir été plongé dans l’azote liquide le cristallisant instantanément et crevant la mécanique, figeant toute volonté d’entraînement. Je suis descendue dans un globe colossal : l’absence de tout frémissement. Plus de plissements, plus de mouvements, plus rien ne règne dans ce vide imposant. Je suis dans une solitude absolutrice et pénible.

Je hais cette situation dans laquelle j’échappe à moi-même. Je n’envisage plus rien, je me sens usée à l’instant précis de l’acmé de cette damnation. Aujourd’hui, je sens bien qu’à l’ère du tout zapping, le bonheur est un impératif, peu importe qu’il soit vide de sens, il n’est pas permis de se laisser aller et l’exaltation hédoniste est la règle absolue. La faiblesse fait de nous un vulgaire gravat.

 Quiconque cède à la tentation de l’examen intérieur est un paradoxe incarné dans cette période de jouissances enchaînées et continuelles. Il suffit de bien regarder les couvertures et les grands titres de certains magazines féminins ou spécialisés dans la psychologie : « Les secrets du bonheur », « comment être heureux », « être toujours en forme », « être toujours zen ». Je hais et je m’énerve ! J’aime glisser parfois dans cette putréfaction passagère faisant de moi un être humain absolument faible, faillible et irrégulier.

Je ne peux pas être toujours heureuse et je m’en sens ravie, je m'éloigne un peu plus de la superficialité généralisée. Cette distinction réfractaire à l’ambiance générale fait de moi un monstre. Un jour, dans cet état que je cultivais certainement, je fis à une personne qui demandait de mes (bonnes) nouvelles, une description de mon état avec une petite touche évidente de romantisme excessif. Cette personne s’empressa de téléphoner à un psychiatre pour comprendre ce qui pouvait bien m’occuper ainsi ! Cette anecdote véridique me permit de réaliser que dans ce monde cochon, nos contemporains ont fait un tabou de toutes les formes de perturbation. Il est interdit de n’être pas heureux sinon c’est la cure psy !

Cette camisole hermétique m’énerve. Relisons Laforgue et ses délicieuses complaintes...

10:45 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (6)

04 mars 2007

L'attrition parfaite

L’altruisme morbide en général et en particulier.

L’altruisme morbide désigne une pathologie psychiatrique qui interdit à une personne de penser, de ressentir, de vivre par elle-même : elle dépend en effet d’une autre personne, souvent son conjoint ou sa conjointe, elle vit à travers cette autre personne et ne peut s’imaginer seule, assumant pleinement son autonomie. Cette maladie procède effectivement d’un effacement total de la personnalité au profit d’une dépendance complète de l’autre. Cette personne autre est volontairement sacrifiée sur l’autel de la disposition. C’est une simple hystérie, une névrose. A éviter.

Le dictionnaire courant nous explique que l’altruisme est une tendance à s’intéresser à la vie des autres, de manière bienveillante. Altruisme vient du latin alter, qui également donne en français moderne autre, autrui, alternatif, alterité, etc. Tout ce qui fait différence à soi-même, (est autre celui qui n'est pas moi) le second élément dans une énumération, autrui, tout ce qui n’est pas nous-même ou qui n’appartient pas à notre intériorité, notre communauté, etc, est autre ou à autrui. La philanthropie est souvent donnée en guise de synonyme, les nuances proposées insistent sur la générosité et l’extrême bienfaisance du philanthrope oeuvrant sans attente de retour pour le seul bien de l’humanité. Son antonyme direct est égoïsme (ou égotisme ou égocentrisme) qui rappelle que certaines personnes, à certains moments ne sont intéressées que par leurs propres intérêts, parfois au mépris d’autrui. A éviter.

Où en venir ? A Sartre et son « l’enfer c’est les autres » ? Non, l’altruisme n’est pas un humanisme. A Freud et la psychanalyse? Non : nous refusons l’arnaque de ces regrattiers décérébrés… Autrui influe sur nous, nous influons sur autrui. En se confrontant à autrui, j’aiguise ma propre opinion et devine et éprouve mes limites de tolérance. J’ai appris beaucoup d’autrui, j’ai appris à parler, à écouter, à partager, à deviner aussi parfois… Autrui m’enrichit, m’écoute, me parle, me devine aussi parfois…

C’est très bien tout ça mais la solitude m’appelle : mettons autrui de côté et cette désagréable maniaquerie qui veut le désigner avec une majuscule incongrue et ronflante : l'Autre

Trois engueulades nous ont emportées aujourd’hui, my love… C’est trop pour rien. Tu m'écorches.

Fière et sans reproche !

La culture de la mort.
 Nemini tamen nihil satis est.
 
Effrayant ! Il y a encore un siècle, n’importe quel étudiant présentant une thèse le faisait en latin : aujourd’hui écrire une simple citation latine sur un blog minable laisse accroire que vous êtes élitiste ! Est-ce une honte impardonnable de faire part de connaissances de toute façon obsolètes (obsolètes : j’espère que ce mot n’est pas trop compliqué, toutefois, je ne vois pas pourquoi j’utiliserais un mot différent si celui-ci désigne parfaitement ma pensée. Passons…) ?

J’ai fait du grec et du latin dès la quatrième et mes parents ne me l’ont absolument pas imposé : c’était une évidence, un choix naturel. J’ai grandi dans les livres, je n’avais pas le droit de regarder la télévision (lorsque mes parents ont décidé d’en acheter une) et encore moins des débilités. Très vite, j’ai appris qu’il fallait lire, se distinguer dans le bon sens. J’écoutais les conversations des grands, de mon père, mes oncles, mon grand-père… La culture, la connaissance : c’est la vraie liberté. Je ne manie pas non plus la férule, je n’ai jamais autant haï les pédants aux relents cyniques de mauvais aloi qu’à la Sorbonne. Toutefois, j’aime la faune curieuse et je méprise l’esprit corporatiste s’accrochant à ses pauvres petits idéaux avec un acharnement touchant.

Qui disait que les enseignants ne peuvent avoir que des bienfaits posthumes ? Bon sang, niveler par le bas c’est ôter tout dynamisme à n’importe quelle société.

Je n’aime pas la culture de la mort.

Abondance verbale et pauvreté des termes dans notre époque me font pleurer. Et je rejette l’intellectualisme. Ah ! L’esprit ne doit pas tuer l’âme, j’aime l’enthousiasme de mon métier, je le garde et il me préserve en échange du pessimisme sans limite de mes contemporains.

Où est passé le goût de l’effort ? Noyé certainement dans de sombres considérations sceptiques et douteuses pleines de venin. Tout cela est guindé et superficiel. Nous devons avant tout, enseignants, préparer les jeunes gens à devenir des femmes et des hommes capables de penser.

Je ne me sens pas en dehors de l’existence moderne parce qu’il n’y a plus d’esprit d’entr’aide et qu’elle tue un peu plus l’humanité... C'est pire ! J’ai connu les incertitudes douloureuses, les relâchements obscurs lors des longues et pénibles préparations d’examen, je me sentais sans force et là, le travail et l’effort dans leur pudeur m’ont permis de gagner. N’est-ce pas cela que je dois transmettre ? Le renouvellement dans l’effort et dans une certaine joie du travail accompli ?
Je n’aime pas les mandarins aux allures étriquées qui sont malheureux de vivre et débitent des monstruosités sur l’enseignement comme de vieux marchands sur une vieille marchandise. Certains révoltés soixante-huitards ont fait vaciller toutes les convictions fondatrices, aujourd’hui il n’en reste que la mort.


medium_mort.3.jpg

08:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

03 mars 2007

Orogenèse de l'extase

La culture de l’ennui

L’ennui est un heureux bienfait : on ne le répètera jamais assez.

Je ne conçois pas l’ennui comme la mélancolie ou un mal du siècle, mais peut-être comme un manque d’énergie momentané disposant à des langueurs sublimes et des rêveries utiles et inutiles, uniques et semblables : ce n’est pas rien, ce n’est pas indéfini…
L’ennui se cultive. Quand je m’ennuie effectivement, je ne me dis pas que je m’ennuie, je ne l’éprouve pas. Pourtant, je sens sur mes épaules le poids de toute chose à l’entour, le moindre craquement du parquet me semble un grondement orageux dans ce silence prodigue de l’ennui, cette perpétuelle confrontation de mon intime et d’un agréable et indifférent désespoir sans objet. J’accepte de me laisser aller à la nostalgie.

Pendant cette ère d’ennui, rien n’est hostile, je passe des heures à ouvrir des livres au hasard et je peux relire dix fois un seul et même passage. Je me laisse envahir et les mots, l’image de ces pages s’imprègnent en moi très paisiblement. Et si l’ennui était tout simplement une paix intime submergeant le reste en moi (« comme une mer ») ? Une réelle liberté domine mon indétermination, fixe et calme.

Est-ce que je m’ennuie lorsque mon travail est terminé et que d’autres loisirs qui s’offrent ne captivent aucune de mes envies ? Je veux rester immobile dans ce vieux fauteuil rouge devant la bibliothèque débordante et piocher dans l’abondance. Je vagabonde sans direction précise dans un vague mouvement de plaisir. Je n’ai pas de contrainte ni de but dans cet instant inexpressif et sans contour.

J’observe mon propre ennui comme un refus de toute aliénation. Le vide n’a aucun motif à cet instant, il n’existe pas, l’agitation enfiévrée s’estompe. Je prends possession de moi dans une immobilité indolente et doucereuse.

Le long ennui souverain m’émancipe.

 

medium_philoctetes.jpg

 

11:35 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (8)

02 mars 2007

L'agent crachoir

medium_crachoir.jpg
Carte postale Bergeret, Nancy
 
"C'est par humanité, passants, que je m'expose
A braver tout microbe et la tuberculose,
Aussi ne crachez plus jamais sur le trottoir,
Voici mon récipient, je suis l'agent crachoir.

20:47 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (3)

Le chapelet de la déliquescence

Fui, non sum, non curo.

Le plaisir avant toute chose.

Je distingue deux sortes de plaisirs : le plaisir enthousiasmant du travail, de la bonne société, et le plaisir funeste de la culture du  « moi-je » et du « tout est permis ».
A l’école, il faut favoriser l’expression personnelle de chaque élève et lui permettre de s’affirmer ; en contrepartie il sera judicieux de ne pas trop user des punitions et encore moins d’essayer d’appeler le spectre d’une quelconconque forme d’autorité.
Le plaisir est une culture, la seule qui intéresse les foules, le nouvel horizon indépassable véhiculé et prôné par l’école, au détriment de la connaissance et du savoir. Les marchands de plaisir ne manquent pas. La maison le démontre.

L’enfant se lève, il pleure, il gémit, il exige et est très soigneusement installé dans le canapé, entre un oreiller et une couette. La télévision s’allume immédiatement et vomit déjà ses images horribles et son bruit heurtant qui violent ma paix et mettent un terme à toute volonté de politesse. Deux minutes plus tard, l’enfant allongé est servi d’un petit déjeuner, à base de céréales ultra sucrées dont la publicité martèle ses bienfaits aux heures des dessins animés monstrueux pour enfants décapités. Ce premier et modeste repas de la journée doit être goûté, apprécié et à bonne température. Si maladroitement vous ne satisfaites pas les goûts de l’enfant, le crime est commis et les pleurs commencent : la journée commence mal. Plus tard, une fois que l’enfant est resté suffisamment longtemps devant l’écran géant, il referme la bouche et semble donner un signe de vie : il pousse un cri ou se lève. Je tente une question qui me vaut une volée de gémissements désagréables irritant ma maigre patience : je contiens l’énervement. La mère arrive et me demande de m’écarter : l’enfant obtient très bien ce qu’il voulait. L’enfant ne veut pas aller au bain, il préfère s’amuser : « d’accord, mais cinq minutes ! » : j’enrage !

Une heure après, je lance un « Au bain ! » stérile : l’enfant ne veut pas, je m’énerve, je l’attrape, les cris et les pleurs doublent de volume ! La mère arrive de nouveau et m’accuse de « violence » : l’enfant comédien a mal au bras !
Si l’enfant veut bien sortir du bain et s’habiller sans histoire, il se montre et exprime son envie de voir un dessin animé… Tentons de le rendre intelligent : « prends des crayons, des feuilles et tes mains et dessine ! ». Inutile : cela ennuie l’enfant qui préfère jouer à se maquiller, se coiffer et trouve ennuyeux de dessiner. La mère arrive : qu’ai-je fait ? il ne faut pas contraindre un enfant, il ne faut pas le traumatiser.

Cette mère d’enfant unique prétend qu’un enfant ne doit jamais s’ennuyer.

Je m’incline, je cède, je pars : cet enfant n’est pas le mien et aucun rapport d’autorité ne peut légitimement s’installer et l’autorité est un mot horrible ! On me dit fasciste.

Et cette culture morbide du plaisir égoïste commence déjà dans la famille, dès l’enfance.

01 mars 2007

Perfide inconstance

Les carnassiers en marche

L’ordre moral, le pour et le contre, les dits incontestables des commentateurs publics et des sociologues avertis, les compassions déplacées et troublantes : je hais !

Lorsque j’observe ma nudité dans le miroir, je détermine ce corps comme une masse de chair abstruse et simplement, j’y constate un cerveau un peu plus développé que les singes. Si mon corps lutte contre les microbes, mon cerveau se nourrit pour survivre, très modestement. Je ne prétends pas être un être supérieur doué de génie et capable de changer le cours de l’humanité certes, toutefois, l’envie me prend d’anéantir les idioties débilitantes servies du matin au soir dans la rue, dans les journaux, dans les chaumières que je visite, chez les gens qui m’entourent. Je me révolte sauvagement. Je veux vivre loin.

Je me rappelle mes cours de philosophie dans lesquels on disait que le bonheur est le but ultime de chaque société… Je me sens loin du bonheur, j’ai plus de passivité que de désirs, plus de craintes que de bonheur : j’étais plus romanesque durant mes cinq et six ans. Aujourd’hui, le dégoût de la vie peut venir sournoisement et éloigner l’envie de toute société ; l’ambition est moindre et le repli s’affirme.
 
Relisons Sénancour : « Depuis ce moment je ne prétends plus employer ma vie, je cherche seulement à la remplir : je ne veux plus en jouir, mais seulement la tolérer : je n’exige point qu’elle soit vertueuse, mais qu’elle ne soit jamais coupable. » (Oberman, Lettre IV)
 
Je n’ai plus d’espérance pour ce monde. A quoi sert-il de naître ?

19:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

28 février 2007

Epouvantable illation

Ad augusta per angusta

Je n’aime pas les euphémismes : ils sont laids et déformants. L’euphémisme, c’est un voile inutile destiné à ménager les sensibilités névralgiques de jeunes filles trop fragiles et qui s’effarouchent pour un poil de cul jusqu’à en faire des perruques ! Non décidément, l’euphémisme est tiède : je lui préfère mille fois l’exagération tragique, l’hyperbole généreuse et même l’hypotypose fulminante. L’euphémisme est un accessoire ridicule qui permet d’abaisser des sommets grandioses à la nullité d’une plaine désespérante et triste à y mourir.
Il s’agit d’une figure de pensée qui transfuse une réalité jugée difficile et heurtante vers une autre plus lénifiante en la désignant de manière trompeuse et réconfortante. L’euphémisme est un doux bercement pour agneaux et agnelles apeurés du loup trop vilain et rôdant dangereusement. L’euphémisme est un calmant pour névrosés et autres attardés endormis et coquettement accommodés du monde qu’on leur donne à ingurgiter et auquel on a très soigneusement ôté sa saveur piquante.
Il est très intéressant de relever le nombre d’euphémismes au cours d’une soirée mondaine et de les disséquer : ils se logent partout et plus personne ne semble affligé du symbole d’abrutissement qu’ils véhiculent. L’euphémisme est devenu une image d’urbanité incontournable que l’on s’approprie facilement et devient un us aussi courant que n’importe quel autre. Il faut voir l’air important que prennent les gens lorsqu’ils placent un de ces monstres dans leur phrase qui tout d’un coup devient majestueuse comme un cérémonial qu’on exécute avec un soin débordant. Mais l’euphémisme est traître et se dépense sans problème car il y en a toujours de nouveaux qui apparaissent quand certains sont trop éculés : l’on doit s’efforcer d’être neuf, tout de même, sinon c’est la faute de goût et signe de pauvreté langagière : et en soirée, c’est le ridicule assuré. Tâchons d’être pris au sérieux.
Ne dit-on pas : « sans emploi » pour chômeur ? « hôtesse de caisse » pour caissière ? « élève qui doit intensifier ses efforts » pour gros nul qui n’en fout pas une ? « élève bavard » pour p’tit con qui fout le merdier en cours ?  L’euphémisme est le révélateur des mythologies travaillées, sculptées à la mesure de la Bêtise et insidieusement établies dans ce monde. Il est hallucinant de remarquer la perversité d’appareil qui se cache derrière cet usage systématique de cette technique vieille comme Aristote.
 
Comment allons-nous saisir la réalité si l’on décapite les journaux quotidiens de leurs euphémismes ? N’est-il pas plus croustillant de désigner les choses dans leur cruauté ? N’est-il pas plus malin de dénoncer la douleur d’une réalité en plaçant les gens devant sa trivialité et son inhumanité plutôt qu’en les encourageant à croire que « tout va bien, madame la marquise » ? Comment prendre conscience de la gravité d’une situation (dans notre difficile monde actuel et cochon) si l’on use de ces tournures malsaines et s’use dans une grande maniaquerie collective à se voiler la face !
L’euphémisme, s’il était inoffensif, peu m’importerait (et encore !) son maniement excessif. Malheureusement, il est synonyme d’une culture morbide et constitue une autre puissance qui règle au pas la masse de veaux qui nous entoure et dont malheureusement nous faisons partie.
(Alors, à partir de demain je décrète une grève de quarante-huit heures reconductible de l’emploi de l’euphémisme ! Je dis stop à l’euphémisme qui cherche à nous étrangler et faire de nous des robots ! Pauvres de nous !)
 
Voilà un cri vespéral parmi tant d’autres…

22:50 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (5)

27 février 2007

La poétique de l'injure

Les podagres acéphales

L’injure c’est l’injustice et l’outrage gratuit. Mille fois plus blessante qu’une gifle, l’injure n’est pas l’insulte car cette dernière est une arme irrespectueuse et méprisante. Dans leur catégorie, l’injure altière est plus hautaine que l’insulte qui se met en lettres et n’instruit pas, malheureusement. L’insulte se crie et se répète, l’injure est plus froide et s’assène magistralement. L’insulte se crache et échange des coups tandis que l’injure viole et ôte le droit de l’esquive. J’en tiens pour preuve que l’injure se profère.
Je distingue l’injure noble et l’insulte sans nuance car ni l’une ni l’autre n’ont la même forme ni la même intériorité. Ce n’est pas la même pénibilité, ça ne s’accueille pas identiquement. En discours, les injures deviennent invectives et ne masquent plus l’énervement.
Je suis une énervée et j’ai souvent l’injure à la bouche : je tranche et domine. J’adore condamner et je me délecte de la contradiction. Souvent, j’affectionne les opposants minoritaires et les radicaux de tout poil : Léon Bloy est un iconoclaste dont je devrais suivre l’exemple. Toutefois, je ne supporte pas les idées étroites et j’estime qu’avoir de larges vues offre une certaine tendance à la discussion riche, parfois emportée et vive. Mais je m’égare. L’important est toujours de bannir cette imbécile ignorance qui de nos jours alimente les idées les plus sottes. Cela malheureusement ne suffit plus : même une prof d’histoire peut être homophobe et antisémite ! Il y a des interprétations de tel ou tel fait historique qu’on déforme et distend à sa guise, selon l’idée qu’on veut défendre, sans « virilité intellectuelle ».
Ce qui me choque encore c’est ce retour étrange des « collectifs » qui m’évoquent toujours ces malheureuses « fermes collectives » aux pires heures de la Russie. Dès que j’entends ce mot idiot, l’injure point au fond de ma gorge et elle n’est pas vulgaire. Je ne pense pas choquer les âmes sensibles en disant que je rejette la doxa dominante. Il me semble d’ailleurs que Bloy défendait l’idée qu’il n’y a pas d’égalité naturelle et qu’on ne pouvait donc en faire un « principe égalitaire » fondateur, et que la fameuse fraternité républicaine n’est que de la philanthropie pour énergumènes attardés. Ses mots sont plus durs dans mon souvenir trop flou mais l’idée est là.

Les descriptions des médiocres dans les œuvres de Bloy sont toujours très significatives comme par exemple ce passage à propos d’un écrivaillon nommé Dulaurier, vous remarquerez comme moi ce parfum d'actualité : « Il faut penser à l’incroyable anémie des âmes modernes dans les classes dites élevées—les seules âmes qui intéressent Dulaurier et dont il ambitionne le suffrage—, pour bien comprendre l’eucharistique succès de cet évangéliste du Rien. » (Le Désespéré, Première partie). Et ça continue trois pages plus loin, toujours à propos de Dulaurier et l'un de ses compères : « C'est peut-être l'effet le moins aperçu d'une dégringolade française de quinze années, d'avoir produit ces dominateurs, inconnus des antérieures décadences, qui règnent sur nous sans y prétendre et sans même s'en apercevoir. C'est la surhumaine oligarchie des Inconscients et le Droit Divin de la Médiocrité absolue. (…) Ils ne sont, nécessairement, ni des eunuques, ni des méchants, ni des fanatiques, ni des hypocrites, ni des imbéciles affolés. Ils ne sont ni des égoïstes avec assurance, ni des lâches avec précision. Ils n'ont pas même l'énergie du scepticisme. Ils ne sont absolument rien. »

Finalement, c’est l’injure aristocratique. Savoureuse !

23:10 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (3)

26 février 2007

Mon obduration infantile

Tu passes et te répands dans mes jours.

J’ai donné le meilleur de moi, et je voulais encore m’améliorer. Tu as su plier mes volontés à tes plaisirs mutins et tendre vers toi mon ardeur désirante. Ah ! My love, comment en sommes-nous arrivées à tant de déchirements de fournaise ? Les sentiments purs se sont-ils dissipés dans le flot des jours fétides ? Près de toi, tu me manques.

Je hais ces éruptions volcaniques chez moi que tu me sembles provoquer, toujours sans ferveur.

Ces trois jours avec toi ont montré nos limites et nos tolérances. Tu fus étonnée, comme je le fus, pourtant, de cet étrange cercle, favorable et préservé, dans lequel nous nous retrouvons, dénudées et mendiantes. Le plaisir généreux de ce moment intense nous unit : « on est soudées toi et moi… » me dis-tu. Et pourquoi alors cette indifférence ? ces barrières que tu refuses d’abaisser ? Tu me parles de l’enfant qui ne me parle pas, tu me demandes encore des efforts inhumains. Je ne peux pas exaucer ton désir et je m'endurcis.

Ce soir tu dis que tu as les boules.

Putain mais je t’aime !

25 février 2007

Distinction honorifique

Les vacances

Hier, à 16h30 a retenti la sonnerie espérée et émancipatrice. Les enfants ont hurlé et j’ai levé les bras au ciel. Enfin, les vacances et leur vacuité, le repos et ses rêveries, les flâneries et les mains dans les poches vont m’apporter les paisibles joies enfantines de l’ennui. J’ai été gâtée (comme les fruits ?) vendredi. Il paraît que certains élèves m’ont vue pleurer mardi dernier et la nouvelle s’est répandue parmi les quatrièmes et certainement dans le reste du collège. J’avais pris des mesures sévères que Dracon n’aurait pas mésestimées afin d'avoir la paix : j’ai décidé d’exclure les deux larrons de mardi des trois heures de cours que j’ai avec cette classe le vendredi. La punition la plus ingrate et ennuyeuse que j’ai trouvée en petit cadeau empoisonné consistait à recopier les pages de leçon de grammaire du livre (chapitre sur les subordonnées)… pendant trois heures ! Ni la C.P.E ni les collègues ne se sont opposés et beaucoup ont même été à me soutenir. J’ai été très contente du petit scenario que j’avais concocté depuis la veille : j’entrais dans la classe à neuf heures trente après le cours de maths, dans un silence pratiquement religieux, les élèves avaient tous les yeux grand ouverts et attendaient que j’arrive au bureau. Je sentais mon visage complètement fermé et évitais soigneusement de croiser le regard de mes deux cowboys de pacotille. J’attendis le silence total et fis l’appel, je lançai le fameux : « Bonjour ! Asseyez-vous ! ». Et à ce moment précis, quelqu’un frappe à la porte, le surveillant (un vrai dur qui prépare l’iufm !) entre, les élèves sont très étonnés, et il appelle les deux crapauds : « … Prenez un stylo et le livre de grammaire ! Vous venez avec moi… » Il n’y a même pas eu de « pourquoi ? » ou de « qu’est-ce que j’ai fait ? ». Ils sont sortis, un des deux s’est retourné vers moi avec son petit sourire narquois qui ne m’a pas ébranlée dans ma détermination. L’autre, que j’ai pourtant poussé à travailler et toujours voulu motiver et sur lequel je me suis particulièrement penchée avait l’air sincèrement désolé. Je l’ai compris plus tard lorsqu’il est venu me dire au revoir dans la cour à la fin de la journée : je n’ai pu m’empêcher de faire un large sourire, sincère : je me sentais juste.

Et voilà ! Le soulagement et le petit plaisir mesquin que j’ai ressentis à cet instant m’ont redonné du courage. Le cours a pu commencer et la classe, impressionnée, n’a posé aucun problème d’agitation. L’autre classe, idem mais un élève seulement a été exclu : un petit tyran pénible et qui a mauvais fond, même sa classe a du mal à le supporter (il a été exclu une journée prévue à la rentrée). Cette autre classe m’avait réservé une petite surprise très émouvante. En entrant une classe chaque élève avait le sourire et je sentais que quelque chose se complotait. En effet, après l’appel, un élève vient vers moi avec un petit cadeau : surprenant ! Puis un autre avec un bouquet de roses jaunes (se faire pardonner) vient vers moi. Encore une autre avec une carte, et enfin une dernière avec une lettre. J’étais très étonnée mais contente. Tous m’avaient écrit un petit mot qui en substance dit : « vous êtes dure avec nous, nous sommes durs avec vous mais vous nous apprenez plein de choses et on vous adore… ». Le petit cadeau était en fait un « diplôme de la meilleure prof » sous verre fait par un jeune sympathique et très fier de lui… J’ai été touchée comme jamais et je ne m’y attendais pas du tout ; j’étais persuadée d’avoir une réputation de « peau de vache » indigeste…Que dire de plus ?

« Au fond, ils ne sont pas si méchants ! » me dit ma collègue prof d’histoire...

 

08:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (15)

22 février 2007

Prof de français

Livraison fervide
 
« Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » (Beaumarchais). Et ce n’est pas tout encore. Il y a tant de choix, de décisions à prendre, difficiles toujours. Si j’écris là, c’est afin de me reposer de mes sentiments et de mes émotions. Jusqu’à l’année dernière j’utilisais encore des petits agenda avec une page par jour (c’est un excellent exercice : peu importe l’intensité de la journée, le nombre de lignes est limité.) J’en ai une pile poussérieuse que je ne déplace jamais : j’attends.
Je m’aperçois que la décision d’enseigner est venue tard ; je voulais devenir « artiste » ou « médecin » (la tendance familiale). Mon grand-père, peu avant de mourir, me conseillait fortement de devenir institutrice comme l’une de mes tantes et ma grand-tante. Je me souviens parfaitement de ma réaction à cet instant : un haussement d’épaules intérieur : jamais de la vie et pour rien au monde j’exercerai un métier pareil.
Et puis à la fac (je ne voulais pas faire prépa : mon côté un peu fainéant ne me disposant pas à la masse de travail exigée dans ces classes), je me suis vite aperçue que les Lettres Classiques n’offrent pas de vastes horizons. La lumière me guidait vers l’édition, la publicité ou la pige. J’ai tenté les trois mondes et j’ai détesté la faune désepérée et intrigante qu’on  y rencontre. Je n’ai guère le goût des contraintes et encore moins celui des muselières.
J’avais besoin de ces courtes expériences ataxiques après toutes les interrogations désordonnées qui m’ont hantée. Naturellement, je me suis retournée vers les uniques connaissances que je savais à peu près maîtriser: la lecture solitaire et la grammaire parfois inattendue mais toujours géniale. J’ai eu envie de partager, de transmettre ma passion, mon émerveillement, et toutes les émotions que j’eus à chaque nouvelle découverte ! On se souvient toujours d’un ou d’une professeur qui a su nous inoculer l’intérêt, nous transfuser l’envie d’approfondir un sujet et la curiosité pour tel ou tel domaine de connaissances. J’avais l’impression d’avoir fait « mes humanités » et qu’à présent, en retour, je devais en transmettre avec la meilleure ardeur toutes les ressources, ou plutôt le plus grand nombre possible. Répandre l'instruction comme une semence bénéfique.
 
La première fois que je suis entrée dans une salle de classe avec les trente monstres derrière moi qui frétillaient et murmuraient dans mon dos, j’étais malade, littéralement. Je fis l’appel en tremblant : j’étais impressionnée. Il fallut commencer le cours (un remplacement de congé maternité), j’avais le cerveau vidé : le néant cosmique. Et puis, de l’estrade, je les ai regardés, j’ai vu leurs regards, leur attente, j’ai compris ce que je devais faire, j’ai respiré un grand coup et j’ai foncé. Tout est venu très naturellement. J’avais raffolé de ces deux heures de cours, dévoré leurs questions, je me complaisais dans les explications, les éclaircissements et les digressions. J'ai depuis l'amour de la préparation des cours, des lectures, du suivi des élèves, de l'enrichissement permanent qu'offre ce métier.

Il n’y a plus que cela qui m’intéresse aujourd’hui. Je veux enseigner… le plus longtemps possible.

21 février 2007

Turpitudes macroscopiques

Tu m’as appelée ce matin pour me dire : « je voulais juste t’embrasser, t’entendre, te dire bonjour et te dire que je t’aime. »
C’est trop rare pour n’être pas émue… mais si tu savais ce qui se désagrège en moi depuis quelques mois, peut-être le ferais-tu plus souvent. Tu prendrais ce téléphone breneux et me parlerais de tes impressions légères, tes volontés futiles ou dogmatiques, tu m’appellerais à toi et je ne t’opposerais aucune résistance, j’accueillerais tes oukases comme des compliments parfaits, et déposerais à tes genoux toute mon admiration.
 
Il faut dire que tu ne me demandes même plus ces derniers jours comment se passent mes journées, si tout se passe bien avec mes élèves. Tu ignores ce qui s’est passé hier, et l’épuisement m’empêchait de te parler. J’ai adoré tes bras fugitifs et j’en avais besoin. Je m’enferme un peu plus et je m’irrite pour des détails : j’en fais des folies. Je deviens autiste et tu ne me fais pas de cadeaux dans ces moments-là. Tu dis que ce n’est pas la « bonne méthode » avec toi. Tout à l’heure, tu n’as même pas décollé de ton bureau, tu n’as pas remarqué que j’étais malade et épuisée. Peu importent les discussions que nous avons eues : tu replonges et je m’éloigne. Combien de temps allons-nous encore tenir ? Je n’ai plus de voix, mes bronches sont brûlées et ma gorge enflammée me fait mal. J’en perds le goût de toi et petit à petit, notre miracle se fatigue, les gestes n’entourent plus rien et la banalité devient ironique, insolente. Beauté flamboyante ou magma acide, je ne nous vois plus. Anacréon est parti.
 
Je me sens nue et désertée.
 
Ce soir, my love, plus que jamais, j’ai envie d’une vraie solitude, et ce n’est pas toi qui me l’imposeras.

La Naissance de Vénus

medium_Duval_La_Naissance_de_Venus.2.jpg
  
La Naissance de Vénus
par Eugène Amaury-Duval 

19:55 Publié dans Parabases | Lien permanent | Commentaires (4)

20 février 2007

Le règne de la gravéolence

La prof a craqué

J’ai très souvent entendu parler du « sacerdoce » du métier d’enseignant : le dévouement que ce « ministère » exige en est la raison. Ajourd’hui, j’ai craqué, j’ai pleuré. Le temps est long et les enfants sont survoltés. Deux élèves, auxquels j’avais rendu leurs copies (un zéro et un un sur vingt !), ont décidé de me le faire payer. Prévoyant la dernière heure de la journée plus détendue, je pensais relâcher un peu la pression et faire des exercices de vocabulaire sur l’étymologie latine, les suffixes et les préfixes. Le cours réclamant moins d’attention de la part des élèves, je tolérais un vague fond sonore de chuchotements et de rires, le provoquant parfois moi-même… Ces deux-là n’ont jamais travaillé, ne réfléchissent pas et s’agitent à la moindre perturbation. L’un des deux, retourné, discutant, jouant avec des ciseaux, et prévenu plusieurs fois, se mit à faire trop de bruit. Je lui demande donc de bien vouloir sortir cinq minutes dans le couloir. Il sort, vexé. Deux minutes après, je le fais rentrer. Il se tient correctement cinq minutes puis recommence à bavarder bruyamment et à lancer une règle en métal qui résonne et m’interrompt. Je m’agace et lui prends son carnet, mets un mot et le punis : il faut recopier vingt fois le chapitre sur le comportement du règlement intérieur. Là, il marmonne dans sa barbe, je fais semblant de ne pas entendre, il traîne dans l’allée, met un temps fou à sortir. Je commence à bouillir, je vais vers lui et lui demande avec fermeté de se presser. Il part en claquant la porte et en hurlant un « fait chier » insolent. Je passe et je continue le cours.
Le second, qui est son copain, à l’autre extrémité de la classe, se tient comme un veau, la tête posée dans sa main, la moitié du tronc sur son bureau ; visiblement, sa sale note et sa position ne l’empêchent pas de parler avec ses camarades. Je m’agace, lui demande de se tenir correctement et de cesser de parler. Il fait mine de se redresser et se tait cinq minutes. Le temps de noter au tableau quelques mots, je l’entends bouger sa chaise. Je me retourne : il était debout sur sa chaise en train de faire rire ses petits copains. Le même film se reproduit : carnet de liaison, mot, punition et il sort. Péniblement, la sonnerie salvatrice résonne, et les deux zouaves rentrent. Le premier me montre sa punition, m’explique qu’il n’a pu recopier que sept fois le chapitre, je lui demande de terminer cette punition pour vendredi, que c’est la moindre des choses, qu’il faut savoir se tenir convenablement en classe, qu’il faut respecter les adultes et en particulier le professeur, etc. Il se vexe, m’arrache sa feuille des mains et la froisse pour la jeter sous mes yeux à la poubelle. Je ne veux pas me démonter et lui réplique qu’il faudra donc tout recommencer pour vendredi, que c’est dommage. « J’m’en fous, je ne le ferai pas. J’en ai marre… » Je fais l’erreur de relever cette phrase malheureuse qui aurait dû rester sans réponse et lui crie que je demanderai deux heures de colle : « donnez-moi votre carnet de liaison ! ». Trop tard, il prend son sac et s’en va, la foule des élèves m’empêche de passer. Il hurle : « vivement vendredi !».
Je n’oublie pas le second et veux voir sa punition. Il prend son air le plus débile possible et m’interroge : il ne savait pas qu’il devait faire une punition, il était resté dans le couloir, il n’est pas allé au bureau de la C.P.E faire sa punition, blablabla… Je demande donc de faire sa punition pour vendredi. Et là, il me regarde, demande pourquoi et crie à l’injustice et répète en criant : « je n’ai rien fait, je n’ai rien fait, je n’ai rien fait… ». Je le questionne pour savoir s’il se sent bien et me regarde avec un sourire narquois d’une insolence éhontée, à tel point que j’ai senti pour la première fois de ma courte carrière une impression physique très étrange. J’avais envie de le frapper. Je me voyais en train de lui taper la tête contre son bureau. Et pendant que j’imaginais cela, il continuait ses petits sourires narquois… Je capitule, j’arrache son carnet et je sors pour aller en salle des profs.

Je prends une chaise sur laquelle je m’écroule et je fonds en larmes.  C’est la première fois que je pleure, la première fois que ce métier me fait pleurer.
Je parle à une sympathique prof de français qui me soutient et me réconforte : je suis certainement fatiguée, je ne suis donc plus capable de prendre le recul nécessaire, j’ai besoin de repos... Je me calme et décide de rentrer.
 
En attendant le train sur le quai, un élève de cette classe, un troisième larron, foireux et mesquin, vient sur le quai d’en face me provoquer en faisant de larges sourires et me faire des petits signes de la main. Je soutiens son regard...
 
Vivement vendredi, 16h30.

 

19 février 2007

Foirade érubescente

Une journée terminée.

Une de plus, bientôt la fin : encore quelques heures de cours, quelques copies à corriger et le rythme se brisera pour quelques jours. Quelques de jours de répit mérités, je reprendrai ensuite mon cartable plein à craquer, et tous les matins j’irai à l’école.
Le week-end pluvieux m’a presque permis d’oublier mes crapoussins : je m’imaginais déjà en vacances.
Je n’ai rien fait de particulier aujourd’hui. Le niveau de grammaire est vraiment faible : cela me rend imbécile et affolée.

Ils ignorent pour la plupart les fonctions grammaticales et les confondent avec les natures, ils ne savent pas faire une analyse logique simple du genre sujet-verbe-complément d’objet-complément circonstanciel. Une nette majorité des élèves n’ont absolument pas acquis les réflexes d’accord. Même si l’orthographe se fixe normalement à la fin de l’adolescence, beaucoup des jeunes qui arrivent sur la marché du travail ont et auront une orthographe amputée, à vie !  Exemples de phrases lues dans des rédactions d’élèves qui ont un niveau moyen : « il regrettai », « ils se battères », « il finirai ses etude de droit ». Tous ces exemples sont vrais : j’ai les copies sous les yeux et aucun de leurs auteurs n'est dyslexique ni étranger. C’est une classe de quatrième considérée comme « bonne » dans l’établissement. Tous ces élèves passeront en troisième, ils obtiendront leur brevet malgré des lacunes profondes et une absence totale de réflexes orthographiques, en ignorant les règles de grammaire les plus basiques.

D’où vient le problème ? La dyslexie n’explique pas tout : je pense que cela vient du primaire, car tous les profs de français en collège que je connais sont aussi affligés que moi. Il y a un moment dans l’enseignement de la grammaire et de l’orthographe dans les classes de primaire où la vigilance des instituteurs doit diminuer. Visiblement, l’exigence n’est plus la même et la médiocrité est considérée comme excellence. On prépare une génération cadavérique, en putréfaction et privée de la vue, ignorant sa propre détresse. Tous ces jeunes sont des décapités qui vivront dans un monde stérilisé, et ils ne le sauront même pas. Les âmes seront myopes et les esprits liquides iront s’abreuver aux mamelles de la Bêtise.

Ce soir, j’ai la rage de voir que nous privons toute une jeunesse des moyens de s’exprimer, de la même manière qu’on muselle un chien misérable.

20:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5)

18 février 2007

Pituiteux et empyréens


Si j’écrivais ces mots au tableau ou si je les plaçais dans une phrase en cours, il y aurait toujours une majorité d’élèves pour demander : « c’est français M’dame ? ».
Oui, c’est français ! « …et je trouve que cela vous désigne parfaitement ! ». Tout comme la conjugaison du passé simple ou celle du subjonctif imparfait, comme l’adverbe continûment (préférable à continuellement), etc. sont français !
Tous les jours, j’ai le droit à des mines allongées d’étonnement et d’interrogation. Quelques-uns notent sur le coin d’une feuille ce qu’ils apprennent lorsque je fais des petites digressions, les autres s’en contrefichent et ne comprennent toujours pas l’intérêt d’étudier les règles d’accord du participe passé ou de l’organisation d’un commentaire composé. J’ai beau leur répéter qu’une langue correctement exploitée et utilisée facilite largement l’organisation de ses propres idées et opinions et rend aisée leur formulation. Connaître sa langue c’est aussi comprendre ce qui se cache derrière et pouvoir en manier toutes les subtilités. Les cours de français, c’est aussi de la culture générale, c’est enrichir ses connaissances et être capable de suivre une discussion lors de dîners mondains, par exemple. C’est aussi essayer d’avoir le goût de la lecture, et acquérir cette fameuse « curiosité universelle » dont parlait Diderot. Bref, les cours de français, c’est se donner les moyens de réfléchir sur tout et rien, sur ce qui nous entoure et ce que nous propose le monde. Les cours de français sont utiles pour aiguiser son jugement.

Je me demande pourquoi ils refusent d’apprendre et préfèrent ingérer les déjections télévisuelles et d’internet ? En fait, je pense que je garde mes souvenirs de bonne élève, curieuse et lectrice. J’enseigne en me projetant à leur place : j’étais passionnée et toujours agréablement surprise d’apprendre… et aussi en privé catho.
Je ne peux évidemment pas demander à toute une classe de trente ados d’être disciplinés, attentifs, bien élevés, travailleurs, curieux, intelligents, sachant s’exprimer dans une langue correcte, contents de venir en cours, ayant toujours des notes aux alentours des dix-huit… Non ! C’est impossible : et puis, ce que je m’ennuierais si j’avais une telle classe ! Non, surtout que rien ne change et que je me résolve à la nullité d’une minorité à la traîne, la médiocrité de la majorité et l’intérêt d’une petite élite formée de deux ou trois élèves par classe !

Oui, la médiocrité est la nouvelle culture, elle est portée au rang de la réussite. Il suffiit pour cela de corriger des épreuves de français au brevet des collèges ou au baccalauréat pour s’apercevoir qu’il ne faut pas être exigeant et les maintenir dans un certain confort.

Lorsque les générations qui arrivent ne sauront plus s’exprimer, elles n’auront plus les moyens de penser, et certainement pas les moyens d’accepter ou refuser le monde qu’on leur propose…

10:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

17 février 2007

Les invertébrés à l'école

J’ai une journée représentative de ces derniers mois, hier.

Je m’étais couchée tôt, le réveil réglé à 5h30. Je bouquine dans le lit en attendant ma copine. Nous venions juste d’avoir une grande discussion sur la qualité de notre vie de couple : ça se délite. Elle ne fait plus attention et je la soupçonne de me mentir… Je réussis à m’endormir après une éternité. Je suis réveillée par ma copine qui vient au lit vers minuit. Je réussis à m’endormir. Je suis réveillée à 3h30 par la petite fille qui vient dans le lit. Impossible de retrouver le sommeil. Donc, je me lève. Je suis épuisée.

La journée de cours fut pénible : les élèves sont agités, énervés et les vacances n’arrivent que vendredi prochain. J’ai même donné deux heures de colle : ça doit être la deuxième fois que je le fais en deux ans. J’ai fait un cours de rappel à mes deux quatrièmes sur les natures et les fonctions et j’ai eu raison : combien confondent encore ces deux notions ? Plus évaluation sur les subordonnées que j’ai corrigée : il y a une moitié qui bosse et qui comprend, et l’autre moitié qui mélange tout et ne travaille pas, et ne travaillera pas de toute manière. J’avais même préparé une question de par cœur pour qu’ils obtiennent des points facilement, mais non rien ! Ce sont des larves et ça m’énerve ! Encore dix-huit heures de cours.


En fumant une clope sur le trottoir à la récré, hier, je parlais avec une prof d’histoire qui me ramène chez moi de temps en temps. Je lui parle de cette histoire du grand rabbin de Lyon qui prétend que les homosexuels ont des problèmes génétiques : je lui demande ce qu’elle en pense. Sa réponse fut aussi courte que précise : « Je crois qu’il a raison ! »…

10:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)